Les familles SDF existent bel et bien sur le territoire genevois

PrécaritéDix jours à peine après son ouverture, l’accueil mis en place aux Pâquis par l’Armée du Salut s’avère vraiment essentiel. Il héberge déjà plus de 30 personnes dont de nombreux bébés.

Dans l'abri PC des Pâquis, l'Armée du Salut accueille des familles sans domicile fixe. Les enfants disposent d'une salle de jeux.

Dans l'abri PC des Pâquis, l'Armée du Salut accueille des familles sans domicile fixe. Les enfants disposent d'une salle de jeux. Image: Laurent Guiraud

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Au seuil de l’hiver, les lieux d’hébergement d’urgence permettent d’identifier des réalités sociales que les beaux jours ont tendance à masquer. L’habitude veut que l’on attende le printemps pour faire le bilan de l’accueil dans les abris. Or, celui de l’Armée du Salut, ouvert depuis le 30 octobre déjà sous le préau de l’école des Pâquis, sis au 50, rue de Berne, confirme cette première réalité: il existe bel et bien des familles SDF à Genève, des parents survivant dans la rue avec des enfants en bas âges.

«Le lundi 30 octobre, à l’ouverture, 22 personnes se sont présentées, dont trois familles que nous hébergions jusque-là dans nos locaux de Galiffe», souligne Valérie Spagna, la directrice de l’Accueil de nuit (ADN) à l’Armée du Salut. Des chiffres qui se sont encore étoffés: «Avant-hier mardi, 34 personnes ont mangé et dormi aux Pâquis, poursuit-elle. Soit 19 adultes, 15 mineurs, dont huit bébés et quatre enfants scolarisés au niveau primaire.» Pendant que ces derniers vont à l’école, leurs parents sont dehors, à la recherche d’un toit et d’un emploi.

Structure pérenne

La nécessité d’une structure d’accueil pour les familles, en surface et à l’année, s’impose plus que jamais. La voici donc à nouveau enfouie, mais habitée par une considération et une chaleur humaine qui se vérifient chaque soir à l’heure du repas communautaire. «Le mode de vie se veut participatif, rappelle la responsable de l’abri, Anaïs Casada. Certains arrivent avec des habitudes de couples, des codes et des rites qui se rapprochent davantage du canapé que de la cuisine. On se fait un malin plaisir de casser cela, d’envoyer les garçons à la vaisselle. Ils finissent d’ailleurs par proposer spontanément leur service.»

Signe que la dynamique instaurée brasse les cultures et rapproche les manières de vivre, quand de surcroît la nécessité d’être là, et pas dehors, s’impose à tous. Il n’y a pas que les chiffres qui s’étoffent (la jauge est fixée à 50 places pour les six mois d’ouverture, chaque famille recevant une carte de séjour de trois semaines); les prestations mises en place profitent de l’expérience acquise. Samedi et dimanche, parents et enfants peuvent se rendre au 66, rue de Monthoux, dans les locaux de la Croix-Rouge. Bénéfice réel: une mise à l’abri dans la continuité du week-end, hors sous-sol durant la journée.

Femmes à la rue

«L’abri des Pâquis est clairement une annexe de l’ADN à Galiffe, insiste Valérie Spagna. Par deux fois en octobre, nous avons dû refuser des femmes, faute de lit disponible. Nous avons pu ainsi libérer des chambres, alors que chez les hommes, c’est complet tous les soirs.»

Cette complémentarité dans l’accueil d’urgence permettra également de soulager les deux abris gérés par la Ville de Genève, Vollandes pour les hommes, Richemont pour les plus vulnérables, qui ouvriront à leur tour le 15 novembre. Les admissions, ici, viennent de commencer. Mais certains, parmi les plus vulnérables justement, dorment déjà chaque nuit depuis le 1er novembre à Richemont.

Promiscuité difficile

«Mardi soir, 17 hommes et six femmes ont été accueillis par notre équipe», précise Murièle Lasserre, adjointe de direction au Service social de la Ville de Genève. Des grands précaires, souvent atteints dans leur santé physique et mentale. Il fut un temps hivernal pas si ancien où ils devaient cohabiter avec les familles et les enfants. Cette promiscuité difficile, ingérable et indéfendable dans la durée, s’est considérablement améliorée depuis la mise en place de l’accueil familles par l’Armée du Salut. (TDG)

Créé: 08.11.2017, 19h59

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