Les déficits des Fêtes rebattent les cartes

GenèveÀ douze semaines de la votation sur l’avenir de la manifestation, les déboires de Genève Tourisme auront sans doute une influence sur le résultat.

L’ampleur des pertes pourrait influencer la votation à même de redéfinir le format des futures Fêtes de Genève. Une manifestation qui éprouve un problème de positionnement selon les professionnels de l’événement et du spectacle.

L’ampleur des pertes pourrait influencer la votation à même de redéfinir le format des futures Fêtes de Genève. Une manifestation qui éprouve un problème de positionnement selon les professionnels de l’événement et du spectacle. Image: Laurent Guiraud

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La crise que traversent les Fêtes de Genève se heurte au calendrier des votations. Les éditions 2018 et futures sont en jeu dans deux processus parallèles à bien distinguer. D’une part, celle de 2018 est menacée faute de financement après les annonces faites lundi – pour rappel, un déficit 2017 porté à 3,2 millions sur un budget de 4,5 millions, entraînant le départ de deux dirigeants de Genève Tourisme. La fondation présentera en début d’année prochaine le scénario retenu pour l’été, allant de rien du tout à un service minimum incluant un équilibre financier obligatoire. Les éditions 2019 et futures dépendront, elles, du choix qu’effectueront les électeurs de la ville de Genève le 4 mars entre l’initiative de Jean Barth, qui réduit les Fêtes à une semaine sous tutelle municipale et déplace les forains à Plainpalais, et le contre-projet de la Ville, qui les maintient sur onze jours sans subventions (voir infographie). Le résultat du vote ne s’appliquera que l’été suivant.

Pour voir l'infographie en grand, cliquez ici.

Hôteliers et commerçants sont les premiers lésés par la situation. Genève Tourisme se finance grâce à la taxe de séjour, payée par les touristes, et la taxe de promotion sur le tourisme, payée par les entreprises qui bénéficient des retombées de ce secteur. Ces contributeurs réagissent aux dix millions de déficit consécutifs en deux ans.

«Ils ont perdu les pédales»

Propriétaire du Beau-Rivage, Jacques Mayer estime que Genève Tourisme «a complètement perdu les pédales. Il s’est étalé dans les grandes largeurs, la machine s’est emballée.» Mais il défend les Fêtes, attractives pour «la clientèle du Moyen-Orient qui programme ses vacances en fonction des dates des Fêtes, avec le feu d’artifice en priorité. Si elles étaient annulées, l’impact pourrait être catastrophique pour l’hôtellerie genevoise de luxe. Cette manifestation rapporte beaucoup à l’économie locale, en salaires, en fiscalité et indirectement en commandes chez les bouchers, boulangers, fleuristes. C’est cela que les riverains mécontents des nuisances ne comprennent pas.»

«Ce concept n’était viable ni en termes financiers ni en termes d’adhésion populaire. Il touchait à sa fin.»

Jean Barth, auteur de l’initiative populaire pour des Fêtes de Genève plus courtes et plus conviviales

«Ces déficits, ce n’est pas de l’argent gaspillé, estime de son côté Fabienne Gautier, présidente de la Fédération du commerce genevois. Enfin, tous les commerçants n’auront pas la même réaction que moi.» Elle espère «qu’on ne va pas supprimer les Fêtes cet été. Elles coûtent, mais l’économie en bénéficie.»

La solution, Willy Bourquin, doyen des forains genevois, affirme la détenir. «On peut réduire les coûts d’infrastructure en arrêtant d’aller chercher des gradins à l’étranger et de faire tourner des générateurs pour rien. Nous, les forains, serions même prêts à donner un coup de main pour déplacer les bateaux.»

Jean Barth se frotte les mains

Après l’enchaînement des scandales, l’auteur de l’initiative populaire communale, Jean Barth, a de quoi se frotter les mains. Concernant les déficits, il lance: «Cela ne nous concerne que très peu, il s’agit de l’argent de Genève Tourisme, à l’exception des prestations en nature offertes par la Ville.» L’éventualité d’une annulation de l’édition 2018 ne lui inspire-t-elle aucun regret? «Non, pas du tout. Tout cela arrive au bon moment. Ce concept n’était viable ni en termes financiers ni en termes d’adhésion populaire. Il touchait à sa fin. C’est pourquoi je suis très optimiste quant au résultat de la votation.»

Il rêve d’une reprise en main par les autorités communales, alors qu’il s’agit d’une manifestation d’importance cantonale. «Les autorisations sont délivrées par la Ville, pas par le Canton.» L’initiative est très floue sur le financement du nouveau modèle. S’agirait-il d’un comité bénévole, rémunéré? «Jamais une telle question ne m’a été posée pendant la récolte de signatures. Ce qui intéresse les Genevois, c’est le bruit, les incivilités.»

Tout de même, la question du budget va devoir se poser: où le trouver? Faut-il augmenter les impôts ou baisser des prestations? «Déjà, en diminuant la durée à une semaine, on réduit les frais, et la Ville pourrait percevoir les locations des emplacements.»

Jean Barth suggère d’ailleurs un rythme biennal qui ne figure pas dans le texte de son initiative. «C’est justement parce que le budget n’est pas extensible que je suggère d’organiser des Fêtes tous les deux ans, comme la Nuit de la science. Ainsi on pourrait concentrer les moyens et avoir le temps de bien tout préparer. Et pour compléter les subventions, je ne suis pas opposé à un financement public-privé. Genève Tourisme aurait tout intérêt à participer.» Un modèle sans subventions publiques, comme la Foire de Bâle, est-il aussi envisageable à ses yeux? «J’y crois totalement.»

Lire aussi: Le soutien au contre-projet est fragilisé


Les organisateurs de grands événements romands esquissent des scénarios pour relancer les Fêtes

Frédéric Hohl, député PLR au Grand Conseil et fondateur de New Events Production SA (NEPSA)

«Le trou de 3,2 millions dans le budget est important, mais il faudrait aussi relativiser sa portée, surtout si on compare les imposantes Fêtes de Genève à un événement plus ramassé comme la Fête de la musique, qui ne dure que trois jours et peut compter sur un budget de 3 millions. La question qu’on doit se poser aujourd’hui est la suivante: est-ce que la mission de l’Office du tourisme est d’animer les rues de Genève durant l’été? Je ne le crois pas. Je pense qu’il lui revient plutôt d’attirer les touristes du monde entier. L’événement qui nous concerne a très longtemps souffert d’une absence de clarté quant à sa gestion. Pour faire simple, on peut dire que personne ne sait qui est le patron à bord. Dès lors, j’estime que le futur des Fêtes de Genève – leur solidité et leur pérennité – s’inscrira nécessairement dans une gestion tripartite de la manifestation. Comment? En bâtissant un partenariat public-privé qui impliquerait les autorités de la Ville, celles du Canton, couplé avec la participation d’un entrepreneur. Si, au contraire, l’offre doit s’arrêter au feu d’artifice, alors on peut décider de maintenir la gestion actuelle, confiée à l’Office du tourisme.» Rocco Zacheo

Daniel Rossellat, syndic de Nyon depuis 2008, fondateur et directeur du Paléo Festival

«Le problème principal des Fêtes de Genève réside dans le fait que leurs organisateurs ont toujours voulu faire plaisir à tout le monde. Aux tenanciers des stands, par exemple, ce qui a conféré une orientation commerciale à l’événement. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette orientation a fini par générer les grands déficits que l’on sait. Au fil des éditions, on a en tout cas constaté une absence de clarté dans le positionnement de la manifestation. Voilà où réside le grand problème. C’est à cette question précise qu’il faudra répondre dans un avenir proche. Veut-on une manifestation pourvue de contenus artistiques et culturels? Préfère-t-on, au contraire, une approche plus commerciale? Est-ce qu’il faut un mélange des deux, en rendant une partie des contenus payante? L’équation est très compliquée. Dans les réponses qu’elle doit susciter, il me semble important que le politique reprenne la main et se saisisse de la gestion de l’affaire. Genève a démontré à plusieurs reprises, lors de la Saga des Géants par exemple, ou encore chaque année avec la Fête de la musique, qu’elle peut organiser ou accueillir de grands événements. J’estime que ce qui s’est produit là est un grand gâchis.» R.Z.

Michael Drieberg, directeur de Live Music Production, organisation de concerts et spectacles

«Le dérapage budgétaire des Fêtes est assez incroyable. De mon côté, j’ai soumis il y a une année à la Ville un projet très simple pour accompagner l’événement. Il s’agissait de proposer ce que nous savons faire, à savoir organiser et monter des concerts. Nous avions déjà œuvré par le passé dans ce magnifique écrin qu’est le parc des Eaux-Vives. Nous avons été les seuls à organiser là-bas des rendez-vous durant les Fêtes, en invitant par exemple Johnny Hallyday et Simple Minds. J’ai défendu auprès des autorités ce même scénario, mais malheureusement je n’ai jamais obtenu les réponses et les autorisations que j’attendais. Tout le monde se renvoie la balle, ce qui est hélas assez fréquent à Genève. Ailleurs, en Valais, je n’ai eu aucune peine à monter rapidement un festival comme Sion sous les étoiles. Les politiciens venaient vers moi spontanément pour me proposer des solutions… Je crois qu’aujourd’hui, Genève doit trancher et comprendre si elle veut continuer à répondre aux exigences des hôteliers, qui veulent attirer avant tout des touristes. À mon avis, il faudrait plutôt rendre toute la ville plus conviviale durant l’été, en aménageant des espaces et en octroyant des autorisations.» R.Z.

(TDG)

Créé: 19.12.2017, 21h58

Annus horribilis

21 février 2017
Le patron du Geneva Lake Festival, le Français Emmanuel Mongon, est licencié suite au déficit de 3,5 millions de francs de l’édition 2016, annoncé le 10 février.

7 novembre
La Tribune de Genève dévoile les conclusions de l’audit commandité par l’État sur les Fêtes. Il révèle l’amateurisme de Genève Tourisme dans l’organisation des Fêtes 2016. Le déficit passe de 3,5 à 6 millions de francs.

15 novembre
Dans nos colonnes, Philippe Vignon, directeur de Genève Tourisme, balaie les conclusions de l’audit, indiquant avoir déjà étendu le système de contrôle interne.

18 décembre
La Fondation Genève Tourisme annonce un déficit de 3,2 millions de francs pour l’édition 2017. Elle débarque dans la foulée Philippe Vignon et le patron des Fêtes, Christian Kupferschmid. J.D.W.

L’essentiel

Enjeux économiques
La descente aux enfers de la manifestation estivale consterne hôteliers et commerçants. Mais apporte de l’eau au moulin de l’initiative Jean Barth.

Politique
La situation de crise complique la campagne des partis politiques en faveur du maintien des Fêtes tel qu’aujourd’hui.

Experts
Les patrons des plus grandes manifestations romandes s’expriment sur la débâcle et avancent des pistes.

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