Les bords du Rhône atteignent déjà des pics de plongeons

Plein airUne foule impressionnante colonise, de midi jusqu’à la nuit, les rives et les pontons. Le pont Sous-Terre est pris d’assaut par les sauteurs périlleux. Reportage.

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Le plongeon de minuit remplace le bain de la même heure. Sur le pont Sous-Terre, les habitudes diurnes inspirent désormais celles de la nuit. Il est 23h55, ce mercredi, veille de messe papale. Deux garçons athlétiques se présentent sur ce plongeoir très prisé. «Détendez-vous Monsieur, on ne risque rien», lâchent-ils d’une voix aimable à leur contradicteur du soir (vous, moi, passant à pied d’une rive à l’autre).

Le tandem embarque avec lui un matelas pneumatique et une bouée portant la marque d’une fameuse bestiole préhistorique. Il se jette dans l’eau noire, avant d’entamer sa croisière nocturne jusqu’au Lignon.

Scène inédite? Pas vraiment. Ce pont, jadis privé, reconstruit en 1967, n’a jamais attiré autant de monde que cette année. Il renseigne, à la vue de tous, et d’abord des automobilistes, sur l’engouement grandissant pour la baignade fluviale. Les nageurs de tous âges n’ont jamais été aussi nombreux. Les seniors occupent la tranche du matin. Les étudiants s’installent à partir de midi; les adolescents assurent le spectacle dès le milieu de l’après-midi; ils enchaînent les sauts sans s’arrêter, varient à l’infini les figures synchronisées, le «jump» en bande aérienne étant le plus prisé sur les réseaux sociaux.

Le fleuve n’est pas une fosse à plongeon

Scène interdite? Oui, deux panneaux accrochés au garde-corps le rappellent sans quiproquos graphiques: un plongeur, style classique, bras et jambes tendus, se retrouve enfermé dans un cercle rouge. Il n’a rien à faire là. C’est dessiné et c’est écrit noir sur blanc dans le règlement cantonal. On n’a pas le droit de sauter du pont Sous-Terre – le Rhône n’est pas une fosse à plongeon sécurisée - comme on n’ose pas non plus nager en amont de cet ouvrage.

Il en faut plus pour décourager ces corps bondissants qui se brûlent les pieds avant de les envoyer en l’air. La météo au beau fixe, le calendrier de la fin des classes encouragent les vocations transgressives, sur le mode: «Laissez-nous nous amuser, on ne met pas en péril l’ordre public…» Soit. La police finit quand même par se manifester. En deux temps. D’abord acoustiquement pour tenter, mercredi sur le coup de 18h, de disperser l’attroupement impressionnant qui déborde de la partie piétonne.

La police passe

La circulation est au ralenti comme un soir de critical mass. Une patrouille actionne le haut-parleur de son véhicule de service. L’injonction est entendue. On la respecte pendant dix minutes avant de reprendre la session de sauts. Peu avant 19h, piqûre de dissuasion, sur l’eau cette fois, le bateau de la police de la navigation remonte le fleuve à contre-courant et vient se positionner en aval du pont.

Le trafic fluvial est à son comble. Une armada de paddles arrive du débarcadère du Seujet, pendant qu’une barque de pontonniers longe la rive droite en cherchant l’ombre. Entre les deux, à fleur d’eau, les baigneurs qui se comptent par dizaines. Ils semblent évoluer dans le bassin géant d’une piscine naturelle chauffée à 23 degrés. Un groupe se laisse dériver, pendant qu’un autre se lance dans un kilomètre olympique.

La cadette a douze ans

Au milieu de cette animation aquatique continue, les deux policiers paraissent un peu seuls sur leur embarcation. Ils finissent d’ailleurs par rejoindre leur port d’attache. Le mal nommé Pont Sous-Terre reprend du service gratuit. Les sauteurs périlleux font la queue au point le plus haut. La cadette attend son tour. Elle enjambe la barrière sans trembler. «J’ai douze ans, Monsieur. Je sais nager comme un adulte. Regardez…»

Plouf dans l’eau couleur jade, six mètres plus bas. La tête blonde file dans le courant. Sa sœur aînée l’attend sur la plage éphémère aménagée au pied du sentier des Falaises. Ce jeudi, à 16h, la plateforme sur pilotis affiche complet. Au jugé, près de 70 personnes. Pas de quoi étendre son linge de poche. Sur la rive en face, un défilé ininterrompu de baigneurs se disputant chaque coin d’herbe jusqu’à la pointe de la Jonction.

Affluences record

Au meilleur de la saison, on compte près de 5000 passages à la journée. Les affluences record des années précédentes sont déjà en train d’être atteintes. La popularité des bords du Rhône passe avant les écrans géants de la fan zone et les scènes de la Fête de la musique.

Ce week-end, on nagera à guichets fermés, sans plus se repérer avec les îlots de sécurité testés en 2017. Ils ont disparu, noyés sous des pages écrites à l’encre judiciaire. A défaut de sécuriser tant que faire se peut ce plan d’eau courtisé comme jamais, on l’instruit. Une nage typiquement genevoise.

(TDG)

Créé: 21.06.2018, 20h14

Jeux dangereux en milieu aquatique

Les jours se suivent et se ressemblent en amont et en aval du pont Sous-Terre. Ce point de rencontre stratégique pour tous les amateurs de plongeons sauvages attire des adeptes de plus en plus jeunes.

Ce jeudi, en début de soirée, ils surgissent de partout. Les plus téméraires se jettent à l’eau avec élan, pratiquant ces sortes de sauts à l’aveugle en survolant les barrières.

Celles du pont, faciles à effacer, en utilisant le garde-corps comme un agrès de gymnaste. Celles du quai du Seujet, qui remontent vers le barrage du même nom. Car le nombre fait la témérité. Le public est là, jeune et réceptif, pour encourager les audaces et les prises de risque.

Les adultes, eux, brillent par leur absence. Pas la plus petite présence dissuasive à l’horizon. Les consignes, les recommandations, bref le vocabulaire de base de la prévention n’est soutenu par personne. Les heures de sensibilisation à la baignade en eau vive, c’est pour plus tard en juillet, quand les gens seront en vacances. Même chose pour les flyers de mise en garde, qu’il faudrait pouvoir distribuer dès à présent.

On s’étonne enfin de ne croiser aucune de ces patrouilles pédestres, qui vont par deux, quatre ou six, si actives par ailleurs dans les parcs et les rues commerciales. Récemment, la Ville a formé ses agents municipaux aux gestes qui sauvent lorsqu’une personne est signalée en détresse sur l’un de nos plans d’eau urbains.

Elle pourrait aujourd’hui prolonger cet apprentissage pratique en déroutant ses collaborateurs vers ce terrain de jeu investi par des dizaines d’adolescents de 15 ans à peine, histoire de dialoguer avec eux sur fond de danger bien réel. Histoire de donner un cadre à cette expression saisonnière qui joue avec l’eau comme d’autres avec le feu.

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