Les affaires politiques occuperont la justice

Prospective 2020Jamais autant d’élus n’ont été visés par des procédures pénales à Genève.

Image: Herrmann

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Il faudrait être devin pour prévoir les grosses affaires en 2020. Mais les dossiers ouverts au Ministère public sont la promesse d’une année riche en matière de procédures dirigées contre des personnalités politiques. Elles n’ont jamais été aussi nombreuses à Genève. Aucun autre canton ne voit autant d’élus empêtrés dans des affaires judiciaires. En attendant les développements et d’éventuelles sanctions, la République vacille.

L’affaire Maudet, bombe politique

L’affaire Maudet a occupé l’année écoulée et il ne fait aucun doute qu’elle s’étalera sur 2020. À ce jour, le procureur général Olivier Jornot et les premiers procureurs Yves Bertossa et Stéphane Grodecki poursuivent l’instruction dirigée contre le conseiller d’État PLR.

Prévenu d’acceptation de plusieurs avantages, Pierre Maudet a été interrogé sur son invitation à Abu Dhabi, sur la note de son anniversaire à l’Escobar, sur le sondage payé par une société privée et sur la question des dons généreux du groupe hôtelier Manotel.

Le temps de la justice est imprévisible: aucune date ne peut être avancée quant à une décision rendue par le Parquet. Seule certitude: voilà près de dix-huit mois que l’immunité de l’enfant prodige de la politique genevoise a été levée. Depuis, la Genève politique retient son souffle.

Le don de Manotel à Dal Busco

Dans le sillage de Pierre Maudet, le conseiller d’État Serge Dal Busco doit lui aussi répondre de ses relations avec le groupe Manotel. En revanche, il a été entendu en tant que personne appelée à donner des renseignements (un statut hybride, entre le prévenu et le témoin).

À la fin de l’été, le démocrate-chrétien confirmait avoir reçu un don de 10 000 francs pour sa campagne électorale. La somme a été restituée, s’est défendu le conseiller d’État chargé des Finances. Pour l’heure, le dossier est encore ouvert et la justice sera amenée à qualifier ces mouvements financiers.

Simon Brandt menotté

En fin d’année 2019, une autre affaire politique éclate. Cette fois-ci, c'est le député et conseiller municipal PLR Simon Brandt, candidat à la Mairie de la Ville de Genève en 2020, qui est visé. Au petit matin, trois inspecteurs l’attendent au bas de son immeuble pour une série de perquisitions jusque dans sa chambre d’enfant. Il sera menotté et fouillé à nu.

Si les conditions de l’ouverture de l’instruction semblent a priori floues, ses liens avec Pierre Maudet pourraient être à l’origine de sa mise en prévention pour violation du secret de fonction. Le jeune candidat, 35 ans, aurait correspondu avec son mentor politique dans le cadre de son travail à la police pour lui transmettre des informations. Celles-ci concernent deux épisodes qui ont alimenté la presse: une affaire de harcèlement au sein du PLR et le rapport des notes de frais de l’administration de la Ville de Genève.

Les dépenses des magistrats

L’année devra également apporter des réponses à la bombe politique qui touche la première commune genevoise. En pleine année électorale (les élections municipales ont lieu au printemps) les conseillers administratifs sortants Rémy Pagani (Ensemble à Gauche) et Guillaume Barazzone (PDC) sont toujours prévenus aux dernières nouvelles pour des dépenses personnelles injustifiées.

Au départ, c’est un audit de la Cour des comptes en 2018 qui a mis en lumière «une organisation opaque couplée à une exemplarité vacillante». Sévères, les auditeurs relevaient par ailleurs que «la Ville de Genève n’a pas défini de règles permettant de gérer de manière appropriée les frais professionnels des conseillers administratifs».

Quelques mois plus tard, le volet pénal est enclenché, entre perquisitions et interrogatoires. Tous deux particulièrement visés, Guillaume Barazzone a dû s’expliquer sur l’utilisation de sa carte de crédit professionnelle et des frais particulièrement élevés de téléphonie, tandis que les ennuis de Rémy Pagani portent sur des frais de repas et de voyages.

Dans cette affaire éclaboussant les conseillers administratifs de la Ville, seule la socialiste Sandrine Salerno a été épargnée, puisque Sami Kanaan et Esther Alder ont également été entendus, mais en tant que personnes appelées à donner des renseignements.


Olivier Jornot n’a toujours pas d’adversaire

Se dirige-t-on vers une élection tacite du procureur général le 26 avril? À quelques semaines du délai de dépôt des candidatures – les éventuels candidats ont jusqu’au 3 février pour se manifester – seul Olivier Jornot (PLR) est en lice. Et un silence assourdissant règne au sein de tous les autres partis, particulièrement à gauche. Qu’il s’agisse du PS ou des Verts, on renvoie à des discussions qui doivent se tenir en début d’année, mais les déclarations des présidents de parti paraissent résignées. «Nous aimerions présenter quelqu'un, mais personne ne se presse au portillon», avouent en chœur Gérard Deshusses (PS) et Nicolas Walder (Les Verts).

En 2014, l’avocat Pierre Bayenet (Ensemble à Gauche) s'était lancé dans la course, récoltant un résultat plus qu'honorable (33% des voix). Si sa candidature ne faisait pas l'unanimité parmi les formations de gauche, elle avait donné lieu à un débat salutaire sur la politique judiciaire. Deux visions s’opposaient: la ligne dure d’Olivier Jornot et une approche dite «humaniste» de Pierre Bayenet. Ce dernier étant en lice pour l’Exécutif de la Ville de Genève, il ne répétera pas l’expérience.

Les partis de gauche, aux prises avec les élections municipales, n’ont-ils pas suffisamment préparé le terrain pour présenter un candidat crédible? Mais surtout, cette même gauche peut-elle se permettre d’ouvrir une voie royale au PLR Olivier Jornot?

Observateur averti de la politique judiciaire, Thierry Tanquerel, ancien professeur de droit à l’Université de Genève et membre du Parti socialiste, n’est pas étonné par l’absence de duel qui se profile. «Pour qu’une élection soit disputée, il faut que le procureur général soit contesté dans la maison. Or, ce n'est pas le cas. Olivier Jornot tient le Ministère public. Chacun peut avoir un avis sur le personnage et son caractère rugueux, mais personne ne peut contester ses compétences et sa force de travail.»

Le professeur à la retraite résume ainsi l’absence de candidats à gauche: «Qui aimerait se lancer dans un duel avec la perspective d’une victoire écrasante de son adversaire?»

Créé: 02.01.2020, 20h41

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Des brigands «comme dans les films» et une série de meurtriers au prétoire

En 2020, la justice pénale doit également se pencher sur une série de faits divers ayant défrayé la chronique.

Le 20 janvier s’ouvre devant le Tribunal criminel le procès des braqueurs de la Coop des Palettes. Une caissière avait été blessée par balle et le Parquet entend requérir des peines supérieures à dix ans de prison ferme pour tentative d’assassinat. Dans ce procès, ils seront cinq au total, âgés de 21 à 26 ans, à faire face aux juges. Deux d’entre eux ont participé au hold-up du supermarché au cours duquel des coups de feu ont été tirés «comme les voyous dans les films», selon un témoin. Selon l’accusation, ces mêmes hommes ont recommencé deux mois plus tard dans une station-service de la route de Saint-Julien. Puis, l’un d’eux récidive encore avec l’aide de deux autres complices dans une autre station-service de la même route. Enfin, le fournisseur de l’arme, un calibre 9 mm, comparaît également.

En avril, c'est le meurtre d’un Portugais de 25 ans, écrasé sur le parking du Centre sportif de Meyrin, qui sera jugé par le Tribunal criminel. Le prévenu, un Suisse de 23 ans, est suspecté d’avoir roulé sur un rival dans une affaire de cœur. Meurtre ou assassinat? La question de la préméditation sera au centre de l’audience.

Dans un parking toujours, le meurtre commis dans les profondeurs du centre commercial de Planète Charmilles, en janvier 2019, pourrait être renvoyé en jugement avant la fin de l’année. La victime est un jeune Portugais de 22 ans poignardé au cœur au petit matin. Si ce fait divers pose une série de questions, c’est que l'auteur présumé du coup fatal a été impliqué dans la terrible agression de deux trentenaires à Saint-Jean, en 2017, alors qu’il était mineur (les deux majeurs de la bande ont été condamnés en appel à 15 et 12 ans de prison au mois de décembre).

Avant la tenue du procès, il revient au Tribunal fédéral de trancher la question de savoir si le jeune homme doit passer devant une juridiction pour mineurs ou devant la justice ordinaire.

Trois autres homicides sont en cours d’instruction à l’heure de débuter l’année. En 2016, un homme était abattu de plusieurs coups de feu dans une épicerie du quartier des Libellules. L’année suivante, une jeune femme perdait à son tour la vie en pleine rue, à la rue Baudit, dans le quartier des Grottes, tuée par des coups de feu à bout portant. Autre procès attendu: celui de l’assassinat d’une jeune femme de 26 ans, enlevée à la vie dans son appartement du boulevard Carl-Vogt en mars 2018.

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