Les HUG croyaient être leaders en robotique

Fact-checkingAvec ses 2500 opérations au robot, l’Hôpital se flattait d’être numéro un en Europe. D’autres centres l’ont largement dépassé.

Une opération chirurgicale a l'aide d'un robot Da Vinci S1 HD aux HUG.

Une opération chirurgicale a l'aide d'un robot Da Vinci S1 HD aux HUG. Image: Laurent Guiraud.

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La nouvelle a été annoncée avec fierté, à la mi-juin. «Le cap des 2500 interventions chirurgicales robotiques vient d’être franchi aux Hôpitaux universitaires de Genève qui ont ainsi réalisé la plus grande série d’interventions de chirurgie robotique viscérale et urologique d’Europe.» Les HUG s’affirmaient ainsi «leaders européens» du robot Da Vinci. Ce journal s’est fait l’écho de cette «première» (notre édition du 14 juin), avant de découvrir qu’elle n’en était pas une. Ce seuil de 2500 procédures a largement été dépassé en Europe, nous a vite fait remarquer l’Ordre des chirurgiens genevois.

Soixante centres en Europe

Pour les chirurgiens genevois, «les chiffres annoncés par les HUG ne font de loin pas d’eux un leader européen. Il existe une soixantaine d’établissements en Europe ayant réalisé plus de 2500 interventions avec le Da Vinci, dont 20 se situent entre 3500 et 11 000 procédures.» «Ce n’est pas vrai! bondit Philippe Morel, professeur de chirurgie viscérale aux HUG. Il n’y a même pas soixante centres qui font de la robotique en Europe. Je le conteste formellement!»

Vérification faite auprès d’une source proche du fabricant, il apparaît que durant les cinq dernières années, en Europe, quinze institutions ont dépassé les 4000 procédures avec le robot Da Vinci; vingt ont franchi le cap des 3000 opérations et 50 celui des 2000.

La première européenne des HUG ne semble même pas une première suisse. Interrogé, le chef du Service de chirurgie de l’Hôpital universitaire de Zurich, le professeur Pierre-Alain Clavien – qui reste critique quant aux avantages du Da Vinci en chirurgie viscérale – rapporte que Zurich a réalisé 2858 opérations avec le robot, la plupart en urologie, mais pas uniquement.

Des téléphones en France confirment que plusieurs centres publics et privés ont dépassé les HUG. A la clinique Belledonne de Grenoble, 2530 opérations ont été réalisées avec le Da Vinci – 70% en urologie, le reste en gynécologie. A Paris, l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière annonce plus de 3000 interventions. Le CHRU de Nancy, près de 4000 opérations. A Créteil, le CHU Henri Mondor cumulerait 6000 actes, entre chirurgie urologique et digestive. Enfin, à Bordeaux, la Clinique Saint-Augustin s’approcherait des 10 000 interventions – plus de 95% en urologie, le reste en ORL.

Dans cette liste non exhaustive, le record semble allemand: le Center for Robotic Medicine Germany de Gronau annonce plus de 11 000 procédures au Da Vinci! Soit quatre fois plus que le «record» des HUG.

Fake news?

Comment cela est-il possible? La parole universitaire n’est-elle plus digne de confiance? Dans leurs communiqués de presse quasi quotidiens, les HUG déclarent régulièrement une première suisse, européenne, voire mondiale. Sur quelles bases se fondent-ils pour affirmer leur prééminence?

«Nous travaillons étroitement avec les professionnels concernés, médecins et chercheurs, et nous nous appuyons sur leur appréciation et connaissance du domaine, ainsi que sur leur lecture de la littérature scientifique et des contributions lors des congrès de la branche», répond le porte-parole des HUG Nicolas de Saussure.

Ces précautions ne suffisent pas toujours, visiblement. Dans ce cas précis, l’institution ne reconnaît pas son erreur. Interrogé, Philippe Morel admet au mieux «une maladresse» mais campe sur ses positions. «Les autres centres ont surtout travaillé en chirurgie urologique. En chirurgie viscérale, nous sommes bien en pole position: aucun centre n’a publié davantage de cas que nous (1185 cas). De plus, nous avons donné 27 cours internationaux de chirurgie robotique, qui ont attiré 199 chirurgiens; 11 d’entre eux ont été complètement formés. Et nous avons signé 54 publications scientifiques.»

(TDG)

Créé: 30.06.2017, 18h06

Da Vinci?

Les HUG ont dépensé trois millions de francs pour acquérir deux nouveaux modèles de robot Da Vinci en 2015. Mais de quoi s’agit-il? D’un bijou de technologie, qui permet au chirurgien d’opérer assis, en manipulant des manettes, la tête plongée dans une console. Ces manipulations dirigent les bras articulés du robot qui «opèrent» le patient. Cette technique offre un grand confort au chirurgien, qui n'a plus à rester des heures debout. Elle permet aussi des gestes plus précis. Selon les HUG, elle bénéficie au patient, en réduisant les complications postopératoires et les durées de séjour hospitalier. Des avantages que contestent le CHUV et l’Hôpital universitaire de Zurich: pour eux, aucune étude scientifique n’a encore prouvé la supériorité du robot. S.D.

Une guerre public-privé?

Ce n’est pas la première fois que la politique de communication des HUG fait sourire ou agace. Certains professeurs de l’institution la jugent hyperactive, comme des acteurs de la médecine privée genevoise et d’autres centres universitaires du pays. Ce n’est pas nouveau, mais cette fois, la querelle éclate publiquement.

Ouvertement, personne ne veut pourtant alimenter la polémique. Le président des cliniques privées, Gilles Rufenacht, choisit l’ouverture. Il précise que les trois grandes cliniques genevoises ont réalisé, au total, 3780 procédures avec le Da Vinci. «Nous pourrions constituer un pôle de formation commun en chirurgie robotique sur nos trois sites opératoires. Nous avons suffisamment de volume en privé pour développer un centre d’expertise ainsi que des programmes d’enseignement par spécialité. La participation des HUG à ce projet serait évidemment un atout supplémentaire.»

Aux HUG, le professeur Philippe Morel se dit «enchanté que la médecine privée pratique beaucoup de chirurgie robotique. Nous devons travailler ensemble, publier ensemble!» Conscient de la guerre qui couve entre secteurs public et privé, le chirurgien des HUG appelle ses confrères à dépasser les jalousies et à ne pas déclarer une guerre ouverte. Les uns et les autres y parviendront-ils? S.D.

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