Les Grangettes passent en mains zurichoises

Cliniques privéesLe groupe Hirslanden, qui appartient au géant anglo-saxon Mediclinic et exploite déjà La Colline, rachète cette clinique centenaire située à Chêne-Bougeries.

Philippe Glatz, Gilles Rüfenacht, Ole Wiesinger et Stéphan Studer, aux Grangettes (de g. à dr.).

Philippe Glatz, Gilles Rüfenacht, Ole Wiesinger et Stéphan Studer, aux Grangettes (de g. à dr.). Image: Mentha Frank

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La Clinique des Grangettes a été rachetée par le groupe zurichois de cliniques privées Hirslanden, qui appartient lui-même au géant anglo-saxon Mediclinic International, coté à la Bourse de Londres. Plus précisément, Philippe Glatz, propriétaire unique des Grangettes jusqu’à mardi, a reçu 68 millions de francs pour céder 60% du capital des Grangettes. Il garde encore le solde et l’immobilier.


Lire aussi l'éditorial: Des cliniques vendues à des prix fous


La transaction s’est nouée en région zurichoise, où siège Hirslanden, premier groupe hospitalier helvétique. Mais où réside aussi désormais Philippe Glatz. L’homme d’affaires a mis à profit la faible distance qui sépare son nouveau domicile de Freienbach (SZ) de la capitale financière de la Suisse pour régler certains aspects liés à l’opération. Le courant est passé entre lui et l’Allemand Ole Wiesinger, CEO du groupe Hirslanden. «J’ai aussi été convaincu par ce groupe en me rendant notamment dans leur clinique historique de Zurich. Dans les couloirs, les gens vous disent bonjour. Ils ont l’air content. Nous sentons tout de suite si l’ambiance est bonne ou pas au sein d’une entreprise.» Philippe Glatz a donc signé, la joie dans l’âme, le contrat de vente.

Emplois maintenus

Les 500 emplois des Grangettes seront repris, aux conditions usuelles de la branche, par la nouvelle entité, qui doit encore obtenir l’aval de la Commission de la concurrence. Les deux directeurs actuellement en poste au sein des cliniques, Gilles Rüfenacht aux Grangettes et Stéphan Studer à La Colline, ont été confirmés, et Philippe Glatz siégera au conseil de la nouvelle holding qui coiffera les deux établissements.

Peu de précisions chiffrées ont transpiré du point de presse organisé à Grange-Canal. Ole Wiesinger a simplement indiqué que tant la Clinique La Colline, qui appartient déjà à la société zurichoise, que celle des Grangettes étaient bénéficiaires. Cette clinique a bouclé l’année 2017 avec un bénéfice avant impôts de 22 millions de francs. Quant à La Colline, elle a dégagé un revenu net de 13 millions de francs. «Les cliniques doivent être rentables et gagner de l’argent», a insisté Ole Wiesinger. À côté de lui, Philippe Glatz acquiesçait: «C’est notre bonne santé économique qui nous permet de faire des investissements.»

Cette opération ne devrait cependant pas déboucher sur d’importantes économies dans le domaine médical. Les deux établissements sont très complémentaires. Les Grangettes sont surtout reconnues dans le domaine de la pédiatrie, de la cardiologie et de l’oncologie. La Colline s’est davantage spécialisée dans la neurochirurgie, la chirurgie viscérale, l’orthopédie et la médecine du sport.

Les économies d’échelle seront surtout réalisées dans le domaine administratif. Les Grangettes pourront aussi bénéficier de coûts réduits en s’adossant au groupe Hirslanden, qui contrôle désormais en Suisse 18 hôpitaux disposant de 1800 lits et employant 9635 collaborateurs. Ce groupe peut aussi compter sur une armada de près de 1700 médecins. «Les seuls espaces vides où nous ne sommes pas présents se trouvent au sud de la Suisse», a ajouté Ole Wiesinger, en évoquant le Tessin, le Valais et les Grisons.

Que va faire Philippe Glatz de son pactole? «Je ne vais pas acheter un château. Ce qui me motive, c’est d’investir dans des sociétés notamment actives dans le domaine médical.»

Il y a deux ans, Philippe Glatz s’était lancé dans une grosse bagarre pour tenter de racheter la Clinique Générale-Beaulieu, qui lui a été finalement soufflée par Swiss Medical Network, challenger de Hirslanden sur le plan national. Est-ce facile de passer d’une démangeaison d’acheteur à la mentalité de vendeur d’une clinique qu’il avait rejointe il y a trente ans? «J’ai beaucoup réfléchi après avoir essayé de racheter Beaulieu. Ce qui a prévalu dans ma décision d’aujourd’hui, c’est la responsabilité que j’ai vis-à-vis de la Clinique des Grangettes. J’aurais pu garder encore le contrôle quatre ou cinq ans, mais après? Maintenant, son avenir est assuré.»

Philippe Glatz, 65 ans, a eu un parcours peu banal. Après avoir grandi à Lausanne puis au Maroc, ce fils de fonctionnaire onusien s’est frotté à la politique communale au sein des Verts. «J’étais très proche de Daniel Brélaz», lâche-t-il. À Genève, il a siégé sept ans comme député dans les rangs du PDC, et a présidé cette formation politique.

Un temps résident au Brésil, où il possède aussi une clinique, Philippe Glatz habite désormais à Freienbach (SZ), l’une des communes suisses à la fiscalité la plus douce. «Je réside à vingt minutes de Zurich, où je peux développer mes choix d’investisseur», dit celui qui caresse aussi un projet de résidence pour seniors, avec l’aide de la bourgeoisie de Wollerau (SZ).

Aujourd’hui, Philippe Glatz peut palper 68 millions de francs, en tout cas sur le papier, ce type d’opérations étant généralement plus complexe. Mais cet homme d’affaires a dû aussi éponger, l’an dernier, la faillite du Swiss Development Group (SDG). Cette société, active dans l’immobilier alpin de prestige, a été dissoute en janvier de cette année. «J’ai perdu environ 3,5 millions de francs avec ce rachat», résume-t-il. Dans les affaires, c’est connu: on ne gagne pas à chaque coup.


Cliniques privées: du quatuor au trio

L’absorption par fusion de la Clinique des Grangettes par le principal opérateur hospitalier privé de Suisse renforce la consolidation du secteur, en tout cas parmi les grands de la branche. Hirslanden, créé en 1990, est détenu depuis 2007 par le mastodonte Mediclinic International, qui exploite 75 hôpitaux, 28 cliniques et 411 salles d’opération. Et emploie 31 504 personnes.

Avec un effectif d’environ 800 collaborateurs et l’appui de 900 médecins, la nouvelle société qui sera issue des cliniques des Grangettes et de La Colline sera comparable au premier groupe privé genevois, La Tour. Ce dernier, dont la famille milliardaire Latsis représente l’un des principaux actionnaires, comprend l’hôpital de Meyrin, son vaisseau amiral, mais aussi la Clinique de Carouge et le Centre médical de Meyrin. Et il est très rentable: 204 millions de francs de recettes, 163 millions de francs de dépenses, un résultat avant impôts et amortissements de 22%… Si, en fin de compte, cette société déclare une petite perte, elle s’enorgueillit de verser, bon an, mal an, 100 millions de francs de salaires et charges sociales. La concentration entre grandes cliniques privées s’accélère. Il y a quatre ans, La Colline était absorbée par Hirslanden, qui faisait alors une entrée tonitruante dans le marché genevois. Et au prix fort: 130 millions de francs pour un chiffre d’affaires de 55 millions de francs! Et sans l’immobilier, le site de La Colline appartenant toujours à la Communauté des religieuses trinitaires.

En 2016, c’est la clinique de Florissant Générale-Beaulieu qui était rachetée à son tour, pour près de 190 millions de francs, par Swiss Medical Network, la division hospitalière du groupe romand Aevis Victoria. D’un quatuor d’acteurs de poids, on est passé à un trio.

À côté de ces géants, la poignée de petites cliniques genevoises qui restent font figure de naines condamnées à des activités plus spécialisées. R.R. (TDG)

Créé: 04.09.2018, 09h03

Poggia réagit

Interrogé mardi matin, le conseiller d’État Mauro Poggia, responsable de la Santé, réagit à l’annonce de ce rapprochement.
«Ce n’est ni une bonne ni une mauvaise nouvelle. On sentait une volonté de rapprochement entre les cliniques. L’idée de créer une masse critique importante semble assez logique. Les Grangettes se sont beaucoup agrandies ces dernières années. Ces ambitions étaient-elles trop grandes par rapport au marché? Pour l’emploi, je n’ai pas de crainte a priori.
Ce qui m’inquiète davantage, c’est la volonté des Grangettes de créer un service de soins intensifs. On ne peut pas multiplier à l’infini le nombre de patients. Je crains que l’on ne procède à des opérations plus facilement.»
S.D.

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