Les EMS genevois sont les plus remplis de Suisse

AînésLe taux d’occupation moyen des établissements médico-sociaux du canton a dépassé 100% en 2016.

Plusieurs centaines de Genevois attendent une place dans un établissement médico-social.

Plusieurs centaines de Genevois attendent une place dans un établissement médico-social. Image: DR

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Une analyse des statistiques des établissements médicaux sociaux révèle que Genève détient le record de Suisse du taux d’occupation. Les données de 2016, les plus récentes, indiquent que l’occupation moyenne des EMS du canton a dépassé les 100%. Un chiffre qui peut s’expliquer par l’ajout de lits temporaires. Tous les cantons romands affichent un taux extrêmement élevé, entre 98% et 100%, largement au-dessus de la moyenne suisse de 94%.


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Si la saturation des EMS genevois n’est pas nouvelle, elle n’en est pas moins préoccupante. L’une des conséquences: actuellement 180 personnes séjournent aux Hôpitaux universitaires (HUG) en attendant leur transfert en EMS. Des personnes trop faibles pour être renvoyées chez elles, mais qui n’auraient pas besoin d’être à l’hôpital. Une cinquantaine d’entre elles occupent des lits dévolus aux personnes nécessitant des soins aigus. Les autres ont été placées dans des sortes d’EMS temporaires, créés au sein des HUG. À titre de comparaison, dans le canton de Vaud, le CHUV n’héberge «que» 21 personnes en attente d’un transfert en EMS.

Le Canton se montre serein

De nombreux autres Genevois attendent chez eux une place en EMS. Il n’existe pas de liste d’attente centralisée, mais la Fédération genevoise des établissements médico-sociaux (FEGEMS) estime qu’ils seraient environ 200. «Le problème, c’est que si ces personnes attendent trop longtemps, leur entrée en EMS ne se fera pas dans des bonnes conditions», explique la secrétaire générale Anne-Laure Repond.

La situation ne semble pas préoccuper le Département de la santé (DEAS), qui met en avant une récente création de lits, pas encore prise en compte dans les statistiques fédérales. «Avec 106 nouveaux lits en 2016 et 132 en 2017, l’accroissement du nombre de lits correspond actuellement au besoin de la population âgée», chiffre Laurent Paoliello, secrétaire général adjoint. Une évolution bienvenue, mais insuffisante pour la FEGEMS. «À chaque ouverture d’établissement, la situation se détend pendant deux ou trois mois, mais cela ne dure pas», observe Anne-Laure Repond. Et surtout, aujourd’hui, il n’y a pas ou peu de nouveaux projets – alors qu’il faut facilement compter une dizaine d’années pour les réaliser.

Impact des soins à domicile

«La densification urbaine et le coût foncier élevé du canton de Genève freinent les projets d’investissements immobiliers. En particulier dans le secteur des EMS qui sont des institutions sans but lucratif et pour lesquelles existent des contraintes architecturales», souligne le DEAS. Le besoin en lits sera réévalué lors de la rédaction de la planification sanitaire 2020-2023. Un exercice particulièrement complexe puisque ce développement doit aussi tenir compte du désir d’un nombre important de personnes de pouvoir vieillir à domicile et intégrer le développement des structures dites «intermédiaires», comme les immeubles avec encadrement.

En matière de soins à domicile ainsi que de structures intermédiaires justement, Genève, et plus généralement la Suisse romande, fait figure de pionnière. «D’un côté, c’est un exemple, souligne Andreas Christen, économiste à Credit Suisse et auteur d’une étude sur le secteur des EMS. D’un autre côté, il y a des voix plus critiques qui estiment qu’une occupation trop élevée peut empêcher une concurrence entre établissements du point de vue de la qualité de la prise en charge. Pour les personnes âgées, c’est évidemment mieux d’avoir une certaine liberté de choix.»

La situation genevoise contraste avec celle régnant en Suisse alémanique, où plusieurs cantons ont vu leur taux d’occupation baisser ces dernières années. Selon les experts, c’est encore à Genève que l’offre devrait croître le plus fortement au niveau suisse ces prochaines années. «Avec près de 4000 lits supplémentaires, nous estimons que la région économique de Genève enregistrera la plus grande extension de l’offre d’ici à 2040», écrit Credit Suisse. (TDG)

Créé: 02.04.2018, 20h00

Vaud manque de personnel qualifié

Les EMS vaudois possèdent l’une des dotations en personnel soignant qualifié la plus basse du pays. Avec l’équivalent de 26 postes pour 100 résidents, ils sont largement en dessous de la moyenne suisse de 37. C’est ce que révèle notre analyse des statistiques des établissements médico-sociaux publiées par l’Office fédéral de la santé publique. La dotation en soignants qualifiés est un critère primordial pour assurer la meilleure prise en charge des résidents, estiment les experts.

Comment expliquer la faible proportion de personnel qualifié en terres vaudoises? Les autorités invoquent le contexte historique. «Le canton a notamment été touché par des mesures d’économie jusqu’au début des années 2000», rappelle Fabrice Ghelfi, chef de service au Département cantonal de la santé. La priorité a ensuite été d’augmenter le nombre de places disponibles qui faisait cruellement défaut, puis d’améliorer les conditions de travail du personnel.

Une directive datée de 2014 prévoyait pourtant de faire grimper le taux de personnel qualifié à 40% dès le 1er janvier 2018. Or, quelques jours avant cette échéance, le 22 décembre 2017, le ministre de la Santé Pierre-Yves Maillard signait un avenant qui assouplit cette directive et donne davantage de temps aux EMS pour augmenter leur quota de personnel qualifié. Au lieu des 40% espérés initialement, le seuil minimum exigé pour l’année 2018 a reculé à 29,3%.

Pourquoi le Canton a-t-il décidé d’accorder un délai supplémentaire aux EMS? «Ces dernières années, mille personnes ont été recrutées pour mettre en service 25 nouveaux établissements et augmenter le taux de personnel qualifié. Pour aller plus loin, les EMS ont demandé un délai et des moyens», répond Pierre-Yves Maillard.

«Les EMS vaudois et leur faîtière sont en faveur d’une augmentation de la qualification du personnel», se défend François Sénéchaud, secrétaire général de l’Association vaudoise des établissements médico-sociaux (AVDEMS). Voilà pour la volonté, mais dans les faits c’est un peu plus compliqué. «Le nombre de personnes qualifiées sur le marché du travail n’est pas illimité et les EMS doivent faire face à la concurrence d’autres acteurs du système sanitaire», poursuit François Sénéchaud.

Pour favoriser l’augmentation du personnel qualifié, le choix s’est porté sur le développement d’une formation en cours d’emploi. «Il s’agit de valoriser les compétences des gens qui travaillent déjà dans les EMS, justifie Pierre-Yves Maillard. Mais il n’y a pas de miracle, cela va prendre un peu de temps.» Cette solution évite que les établissements ne soient tentés de remplacer des employés expérimentés mais non qualifiés par des personnes plus jeunes qui viennent d’obtenir leur CFC d’assistant en soins communautaires et qui coûtent moins cher en début de carrière.

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