Légitime ou choquante, la grève de la fonction publique?

InterviewLa socialiste Carole-Anne Kast et le PLR Alexandre de Senarclens commentent le mouvement des fonctionnaires.

Carole-Anne Kast trouve la grève légitime, tandis qu'Alexandre de Senarclens la considère comme choquante.

Carole-Anne Kast trouve la grève légitime, tandis qu'Alexandre de Senarclens la considère comme choquante. Image: Lucien Fortunati / Laurent Guiraud

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«La grève est parfaitement légitime»

Présidente du Parti socialiste genevois, Carole-Anne Kast est aussi conseillère administrative de la commune d’Onex.

– Carole-Anne Kast, en quoi cette grève est-elle, selon vous, totalement légitime?

– Parce qu’à partir du moment où le Conseil d’État lance une multitude de projets qui ont un impact important sur la fonction publique, il est légitime qu’elle se mobilise pour faire entendre son point de vue.

– La situation et les réformes sont-elles si catastrophiques?

– Tout n’est pas à jeter dans ce qui est proposé, mais il y a des points qui ne vont pas du tout. Prenez la réforme de la caisse de prévoyance de l’État. Le Conseil d’État ne respecte pas le principe des droits acquis et présente sa solution comme la seule et unique. Ce n’est absolument pas le cas. Il essaie clairement de passer en force et de changer le plan de prévoyance sans négocier avec les représentants du personnel.

– Le Cartel qualifie le projet de budget 2018 de «budget d’austérité». Votre avis?

– Si l’on parle du budget 2018 sorti de la Commission des finances, je pense que le Cartel a un temps de retard, car il a été significativement amélioré. Il a été retouché et ainsi porté par une majorité PS, Verts, PDC et MCG. En effet, il prévoit désormais l’annuité complète au lieu d’une demi-annuité, l’engagement de nouveaux collaborateurs, et le subside de 30 francs pour l’assurance-maladie a été sauvé par un projet de loi d’Ensemble à Gauche. Cela dit, il n’est pas surprenant que le PLR et son président s’étranglent quand on le qualifie ainsi. Pour eux, c’est tellement peu un budget d’austérité qu’ils ne le voteront pas. Dernière précision: s’il est un document qui mérite ce qualificatif, c’est clairement le plan financier quadriennal 2018-2021.

– Selon vous, comment le mouvement de la fonction publique va-t-il évoluer?

– Je pense que le timing n’est désormais plus centré sur le budget. Ce qui va devenir central, c’est la discussion sur la réforme de la caisse de pension et sur le nouveau système d’évaluation des rémunérations (Score). Maintenant que le budget est porté par le centre gauche, il me semble que la question budgétaire prendra moins d’importance. Ce qui ne décrédibilise pas le mouvement, au contraire! C’est grâce à cette mobilisation que nous avons pu faire bouger les fronts. La mobilisation reste donc importante pour la suite.


«Cette grève, c’est de la posture idéologique»

Alexandre de Senarclens est le président du Parti libéral-radical (PLR) genevois et député au Grand Conseil.

– Pourquoi cette grève agace-t-elle autant le PLR?

– Je dirais même que nous la trouvons choquante. Je ne remets absolument pas en question le droit de grève, mais cet outil des syndicats doit être utilisé à bon escient. Or, là, le Cartel est en déconnexion totale avec la réalité. Comment peut-on parler pour 2018 d’un budget d’austérité? Les charges augmentent de 2,5%, 300 postes sont créés dans le petit État et l’excédent de charges se monte à 186 millions! Ces personnes sont complètement déconnectées de la réalité budgétaire. Nous ne sommes pas en période de vaches grasses où l’on peut se battre pour obtenir des forces supplémentaires ou une amélioration des conditions de travail. Financièrement, la situation du Canton n’est pas bonne.

– Ce n’est de loin pas le seul dossier critiqué.

– Oui, mais c’est la même chose concernant la Caisse de prévoyance de l’État. Le Conseil d’État propose de mettre 4,7 milliards pour la refinancer et préserver au maximum les futures retraites. C’est énorme. Je comprends mal l’opposition. Quant à Score, les bras m’en tombent. L’objectif est de moderniser l’État et la réforme va augmenter les charges.

– Le Cartel a-t-il réellement d’autre choix pour se faire entendre, les décisions étant prises par les institutions politiques?

– Une fois de plus, je ne nie pas le droit de grève. C’est le moment qui me choque. Le budget tout comme les autres réformes en cours sont favorables à la fonction publique. À la limite, je peux entrer en matière si un service se met en grève car il est manifestement sous-doté. Mais là, c’est global. Et j’estime que, globalement, la situation de la fonction publique ne justifie pas une grève. C’est de la posture idéologique. Ce que le Cartel tente d’imposer, c’est un mode de négociation assez éloigné du partenariat social tel qu’il s’est développé en Suisse.

– Les grèves sont rares en Suisse. N’est-ce pas ce qui explique les fortes réactions?

– La grève fait partie des armes des syndicats. Mais il y a des conditions à remplir pour qu’elle soit justifiée. Ici, on est très loin de la volonté de concertation qui doit animer le partenariat social. (TDG)

Créé: 04.12.2017, 20h17

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