Le triomphe de la gauche accentue la crise à droite

Élection du Conseil des ÉtatsÀ Genève, le second tour n’a fait que confirmer le résultat du 20 octobre. Lisa Mazzone et Carlo Sommaruga sont loin devant les deux candidats de l’Entente.

Les deux élus, Carlo Sommaruga et Lisa Mazzone.

Les deux élus, Carlo Sommaruga et Lisa Mazzone. Image: Frank Mentha

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Tous les astres étaient alignés pour que la Verte Lisa Mazzone soit élue ce dimanche au Conseil des États: la grève des femmes du 14 juin avait été précédée durant tout le printemps par des marches climatiques, faisant déferler le 20 octobre une vague verte, jeune et féministe sur la Suisse. Si on ajoute la division des adversaires de droite – l’UDC faisant cavalier seul – et l’Entente se chamaillant comme un vieux couple, ce n’est pas une surprise si le verdict des urnes a été clair.


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Celle qui était jusque-là conseillère nationale rejoindra donc le Conseil des États avec son colistier, le socialiste Carlo Sommaruga. Son score en dit long: avec 45 998 suffrages, elle devance le socialiste de plus de mille voix et, surtout, le PLR Hugues Hiltpold de 18 701 voix.

Dimanche, le suspense a en fait été de courte durée. À 12 h 45 sont tombés les résultats des votes par correspondance (plus de 95% des suffrages). Et ils étaient suffisamment nets pour que, moins d’une heure plus tard, Lisa Mazzone et Carlo Sommaruga fassent une entrée triomphale au 6, rue de l’Hôtel-de-Ville, entourés de leurs nombreux partisans.

«L’Entente a vécu»

La gauche est donc parvenue à conserver les deux sièges genevois du Conseil des États. Ce monopole se perpétue pour la quatrième législature, après le règne de douze ans du Vert Robert Cramer et de la socialiste Liliane Maury Pasquier. Sur la base du seul poids électoral de la gauche et de la droite dans le canton, et alors qu’il fallait remplacer deux sortants, ce n’était pas une issue évidente, voire logique. Mais les divisions et les crises se paient toujours comptant à l’heure des élections.

Arrivée quatrième dimanche avec 22 960 voix, la PDC Béatrice Hirsch a été la première à répondre aux médias. Et elle n’a pas mâché ses mots. «L’Entente a longtemps très bien fonctionné, mais je pense qu’elle a vécu. Je crois à une grande alliance au centre. Nous devons avoir cette discussion, mais ce sera après les élections municipales.»

Jean-Luc Forni, le chef du groupe PDC au Grand Conseil, confirme: «L'Entente est fissurée. On a senti l’absence de mobilisation au cours de ces quinze derniers jours. Il est possible qu’à l’avenir nos partis fonctionnent comme au niveau national, avec des alliances ponctuelles et non plus une alliance privilégiée.»

Pour ce qui est de remettre en question les alliances, l’UDC ne serait évidemment pas contre. Arrivée cinquième dimanche, la conseillère nationale Céline Amaudruz se désole de ce nouvel échec de la droite. «Notre problème est évident, explique-t-elle. Regardez ce qu’a fait le PLR Olivier Français dans le Canton de Vaud. Il était troisième au premier tour et, grâce à une alliance large, il est premier ce dimanche au second tour.»

Elle s’adresse clairement en priorité au PLR quand elle parle d’alliance: «Je déplore que la droite genevoise ne puisse travailler ensemble, et ce malgré l’appel du pied que j’ai fait depuis le début de ma présidence, et rappelé encore (et encore) au soir du premier tour au président du PLR, Bertrand Reich», ajoute-t-elle.

On soulignera néanmoins que s’il n’y a pas eu d’alliance officielle, les jeunes PLR et UDC ont appelé à choisir le ticket Hugues Hiltpold et Céline Amaudruz. Et que le comité de soutien du candidat PLR a publié des encarts publicitaires laissant le choix à l’électeur pour la seconde croix. Cela a sans doute aidé Céline Amaudruz à réaliser le meilleur score jamais obtenu aux États, à Genève, par un candidat de ce parti. Avec 21 926 voix, elle n’en a que 1000 de moins que Béatrice Hirsch.

Hugues Hiltpold abattu

Les plus désemparés, ce dimanche, semblaient bien être les libéraux-radicaux. Même des politiciens chevronnés comme le conseiller national Christian Lüscher refusaient de livrer à chaud leurs commentaires. Hugues Hiltpold ne s’est, lui, pas dérobé, ne masquant pas sa déception. «C’est mon premier échec électoral en dix-huit ans, rappelait-il. Nous avons tenté d’avoir une réaction piquante, mais ça n’a pas fonctionné. À Genève, la gauche est minoritaire. Je regrette que la majorité de la population ne soit pas représentée au Conseil des États.» En revanche, il a refusé de se prononcer sur le futur de l’Entente.

Au-delà des péripéties locales, il convient de ne pas oublier que ces élections fédérales ont été l’expression d’un phénomène plus fondamental. Selon Sandrine Salerno, conseillère administrative PS en Ville de Genève, «nous avons assisté à un moment politique et social important où les revendications climatiques et sociétales, d’égalité entre les sexes, de reconnaissance des sexualités minoritaires, se sont mieux imposées. Ces revendications ne sont en elles-mêmes ni de gauche ni de droite, mais elles ont été mieux portées par les candidats de gauche.»


La participation

Le taux de participation se situe à 32,81%, un taux extrêmement faible puisqu’il faut remonter à 1931 pour trouver une participation aussi basse. Le 20 octobre, le taux était de 39%, soit plus de six points au dessus. En 2015, la différence entre les deux tours n’était que de quatre points.

EBY

Créé: 10.11.2019, 19h09

Vainqueurs ou vaincus, les candidats analysent leurs résultats

Lisa Mazzone




Verte
45 998 voix

«C’est un grand honneur d’être élue sur la base d’une campagne marquée par des engagements environnementaux et sociaux, d’assurance maladie et de question climatique. Notre score indique une forte adhésion de la population, ce qui était pressenti par l’acceptation par le peuple genevois des trois initiatives fédérales vertes. Par ailleurs, soucieux du lien de confiance à maintenir entre élus et citoyens, nous nous sommes engagés en faveur de la transparence de nos campagnes et cette volonté a convaincu.»




Carlo Sommaruga




PS
41 839 voix

«Les préoccupations sociales et environnementales que nous portons avec Lisa Mazzone ont été entendues par les électeurs genevois. Le succès de nos candidatures contraste avec l’échec de candidatures sociales libérales ailleurs en Suisse. Au Conseil des États, nous nous attacherons à représenter tous les Genevois, ce qui ne sera pas difficile vu la large convergence de la plupart de nos votes avec ceux du peuple. Nous travaillerons en collaboration avec le Conseil d’État pour porter à Berne ses attentes, notamment sur la Genève internationale.»




Hugues Hiltpold




PLR
27 297 voix

«J’adresse mes félicitations aux élus. Unis et porté par la vague verte, il leur a été plus facile de mobiliser. À la différence de la gauche, nous présentions un ticket centriste, dont l’échec indique que le Conseil des États risque de devenir un Conseil national bis. Nous n’avons pas réussi à changer la dynamique du premier tour. Nous avons payé les affaires et avons fait l’objet d’un vote sanction de la part de nos électeurs. Il y avait trop de candidats à droite et des discussions devront se dérouler au sein de l’Entente pour évaluer la suite.»




Béatrice Hirsch




PDC
22 960 voix

«Les résultats de dimanche sont conformes à ceux du premier tour. Les électeurs du centre ne se sont pas mobilisés et nous n’avons pas enregistré d’apport des Vert’libéraux. Les discours du PLR et du PDC n’ont pas fait rêver nos électeurs et il va falloir qu’on examine pourquoi. Peut-être qu’ils ne se retrouvent pas dans notre alliance actuelle. De fait, le PLR penche vers l’UDC et nous avons une convergence vers le centre avec les Vert’libéraux, le PBD et les Évangéliques. Mais cela ne doit pas nous empêcher d’avoir des projets communs avec le PLR.»




Céline Amaudruz




UDC
21 926 voix

«Mon résultat est le meilleur jamais enregistré par l’UDC dans une élection aux États. Mais je suis déçue pour Genève: les électeurs ont élu les candidats les plus à gauche du Conseil national et ils ne pourront pas représenter Genève dans son ensemble. Cela aura des conséquences notamment pour les projets d’infrastructure routières. Notre défaite est liée à l’incapacité de la droite de s’unir, à la différence de ce qui se passe dans le canton de Vaud. Il y a à Genève un dogmatisme de rejet, alors que nous sommes les alliés naturels du PLR.»


M.BN.

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