Le soutien des élus PLR à Mark Muller s’effrite

Altercation au MàDLa majorité des élus PLR au Parlement attend les résultats de l’enquête en cours. Mais une minorité significative souhaite qu’il ne se représente pas au Conseil d’Etat dans deux ans.

L’avenir politique de Mark Muller (à dr.), ici avec ses collègues du Conseil d’Etat, va dépendre de l’enquête ouverte.

L’avenir politique de Mark Muller (à dr.), ici avec ses collègues du Conseil d’Etat, va dépendre de l’enquête ouverte. Image: G. CABRERA

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L’épisode de trop? La bagarre du conseiller d’Etat Mark Muller et d’un barman du Moulin à Danses le soir du 31 décembre reste sur l’estomac des députés du PLR au Grand Conseil. Pas question toutefois de demander sa démission: «Une enquête est en cours; si elle confirme la version de Mark Muller, le débat sera clos. Je ne peux pas douter une seule seconde de sa parole», affirme le chef de groupe Ivan Slatkine. Mais la semaine sera longue pour le patron du Département des constructions puisqu’il devra s’expliquer ce matin devant le comité directeur du parti et jeudi soir devant les délégués. Une chose est sûre: le crédit du magistrat auprès de ses troupes est entamé.

Selon un sondage réalisé par nos soins auprès des élus PLR du Parlement, seuls trois d’entre eux souhaitent qu’il se représente en 2013. Six souhaitent qu’il s’arrête à cette date et seize attendent pour voir. Une attitude d’attente positive dans le cas du député Christophe Aumeunier, qui énumère les réalisations du magistrat, ou d’attente tendue, voire amère pour d’autres: «Il y a beaucoup de points à éclaircir avant d’accepter une nouvelle candidature de Mark Muller en 2013», souligne un interlocuteur les dents serrées. «Je suis écœuré, on ne peut pas continuer comme cela», lâche un autre. A noter que sept élus PLR n’ont pas donné signe de vie hier malgré nos appels.

Mark Muller paye comptant l’épisode de la Saint-Sylvestre? Oui, mais ce dernier n’explique pas tout. En réalité, il semble n’être que la cerise sur le gâteau. Car le bilan du magistrat fait l’objet d’analyses très contrastées selon nos interlocuteurs. Et son évaluation politique va devoir se faire: «Comme pour n’importe quel conseiller d’Etat», explique le député Renaud Gautier, qui appelle, comme Alain Meylan, à respecter la vie privée du magistrat.

Stauffer candidat

Et les autres partis? Guère de Schadenfreude. Un élu PDC nous dit «observer avec stupeur le naufrage du navire PLR». «Un être humain a des émotions, plaide le député Fabiano Forte, même si on peut attendre qu’il les maîtrise.» Mark Muller doit-il se représenter? Il botte en touche: «Au PLR de se prononcer et à Mark Muller. Et, in fine, la population tranchera.» Même les Verts et le PS se gardent d’exploiter l’affaire: «Ce n’est pas agréable de voir un élu dans cette situation», observe Yvan Rochat, le président des Verts, qui souligne sur le fond «l’échec de sa politique». René Longet, le patron du PS, relève la «position critique du PLR face à Muller» et veut attendre l’établissement des faits. «Mais cette affaire n’est bonne pour personne, ni pour Mark Muller, ni pour le Conseil d’Etat», soupire-t-il.

Quant au président du MCG, Eric Stauffer, il se demande si le bilan de Muller lui permettra tout simplement de se représenter. «S’il démissionne, je serai candidat», ajoute le président du MCG qui annonçait la semaine passée vouloir également postuler si Isabel Rochat s’en allait.

Les deux visages du conseiller d’Etat

Décrit comme introverti, voire timide, le conseiller d’Etat aime aussi faire la fête U «Une des facettes moins connue de la personnalité de Mark Muller, c’est sa capacité à faire la fête, à s’amuser. Mais toujours dans un bon esprit. C’est pourquoi cette histoire me surprend beaucoup. Cela ne ressemble pas au Mark Muller que je connais.» Christophe Aumeunier n’est pas seulement député libéral-radical, et donc politiquement très proche du magistrat, il le définit comme un ami, «avec qui il est allé plusieurs fois en boîte».

L’homme que le député radical Gabriel Barrillier avait qualifié «d’antithèse de Robert Cramer» quitte donc parfois cette raideur un peu empesée, ce côté introverti qui peut passer pour de l’indifférence. Le socialiste Alberto Velasco n’apprécie pas ses idées politiques, mais il défend l’homme sur ce point: «C’est vrai qu’il n’a pas le contact facile. Mais il n’est pas imbu de sa personne. Il se mêle facilement à tous les milieux.»

L’homme public n’est donc pas l’homme privé. De même que le conseiller d’Etat n’est pas le député qu’il fut. Le second était un élu batailleur, toujours au front quand il s’agissait de pourfendre la politique du logement de gauche. On ne compte plus les assauts qu’il a donnés contre la Loi sur les démolitions, transformations et rénovations (LDTR). Alors secrétaire de la Chambre genevoise immobilière – un poste repris par Christophe Aumeunier – son mandat politique en était le prolongement.

Elu au Conseil d’Etat, son rôle a changé, l’homme politique aussi. Il a eu l’intelligence de chercher la négociation lors de son premier mandat, de tenter de bâtir des compromis avec ses adversaires: surélévation des immeubles, accords sur le logement. Puis sont venues l’affaire de la Gérance immobilière de l’Etat et son incapacité à accélérer la construction de logements. Là, Mark Muller a réagi difficilement, comme assommé par les coups qui pleuvaient et pleuvent encore.

Politiquement fragilisé, le conseiller d’Etat aurait sans doute dû faire profil bas, être irréprochable, y compris dans sa vie privée. Visiblement, il ne l’a pas fait. Le Mark Muller fêtard a joué un mauvais tour au Mark Muller politique. Son incapacité à voir que l’un pouvait faire du tort à l’autre s’apparente-t-elle à un comportement suicidaire? «Je pense qu’il n’est pas calculateur, répond Alberto Velasco. C’est peut-être ça, le problème. Il a pris parfois des risques en politique, un peu comme s’il était un électron libre.» Bizarre tout de même pour un homme qui a tout fait pour arriver à la place où il est.

En tous les cas, le socialiste ne demandera jamais la démission du conseiller d’Etat pour ce qui lui est reproché: «Pour ce que j’en sais, cela aurait pu arriver à n’importe qui.»

Eric Budry (TDG)

Créé: 16.01.2012, 23h43

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Zappelli instruira

L’usage et les directives internes veulent que le procureur général prenne en charge les procédures qui concernent les magistrats, les policiers, les avocats, les journalistes et les personnalités du monde politique. C’est donc Daniel Zappelli qui instruit l’affaire Muller. Le fait qu’il soit PLR comme le patron des Constructions pose-t-il problème? «Non, un magistrat est supposé perdre toute couleur politique lorsqu’il est élu. Il prête serment et doit respecter ce serment. Donc ça ne me choque absolument pas que le procureur général instruise cette affaire», explique le bâtonnier de l’Ordre des avocats, Vincent Spira. «On part du principe que les aspects politiques au sein de la magistrature sont oubliés. Il est normal que le chef du Ministère public et lui seul s’occupe de ce genre de procédure sous réserve d’un conflit d’intérêts personnel.»

Si la procédure judiciaire dispose d’un cadre, le comportement des conseillers d’Etat lorsqu’ils évoluent dans la sphère privée ne fait pas l’objet d’un règlement spécifique ou d’un code de bonne conduite. «Le conseiller d’Etat est un citoyen comme les autres, explique Nicolas Merckling, chef du Service information et communication de la Chancellerie d’Etat. Il n’a ni plus ni moins de droits qu’un autre. Il n’existe rien dans la loi qui dicte ses devoirs quand il n’agit pas dans le cadre de ses fonctions.»

 C.F./E.BY

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