Le projet d’attentat à Vernier questionne à nouveau la dangerosité de ses citernes

SécuritéUne cellule genevoise de l’État islamique visait le site industriel. Pourquoi est-il toujours là? Éléments de réponses.

En 2018, les États-Unis avaient transmis à la Suisse des documents détaillant le funeste projet.

En 2018, les États-Unis avaient transmis à la Suisse des documents détaillant le funeste projet. Image: Lucien Fortunati

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Le récit est glaçant. Celui d’une cellule genevoise de l’organisation terroriste État islamique (EI) qui avait décidé de faire imploser les citernes situées sur la commune de Vernier, à une poignée de kilomètres seulement de l’Aéroport de Genève. Ce récit-là, c’est «Le Temps» qui le livre, fruit d’une enquête de plusieurs mois. Un projet qui aura finalement échoué, notamment grâce à l’échange d’informations entre les services de renseignement américains et suisses.

À Genève, la divulgation de cette affaire relance, une nouvelle fois, la question de la dangerosité du site industriel. Chargé de l’aménagement du territoire, le président du Conseil d’État Antonio Hodgers reconnaît aisément l’«absurdité» de la présence de ces citernes dans une zone désormais plutôt urbaine. Mais la situation semble plus compliquée qu’il n’y paraît. D’abord, la Confédération exigerait du canton qu’il conserve sur son sol des réserves stratégiques d’hydrocarbures. «On ne peut pas dire, dans ce dossier, que Berne nous affiche un soutien sans faille. Par ailleurs, on ne peut pas dire non plus que les locataires concernés font preuve d’une envie de collaborer avec le Canton», avance le magistrat pour expliquer les obstacles à une relocalisation des citernes. Une chose est sûre, le Canton a décidé de ne plus accorder de droit de superficie des parcelles dont il est propriétaire en 2032.

Un déménagement partiel en 2032

C’est encore trop loin aux yeux de l’UDC Stéphane Valente, pour qui la situation n’est plus tenable. Le candidat au conseil municipal peut se targuer de ne pas profiter de l’actualité pour faire parler de sa personne, lui qui avait déjà tiré la sonnette d’alarme en 2012 en entamant une grève de la faim pour dénoncer la présence de citernes sur sa commune. «Et à l’époque, la question terroriste ne se posait pas encore, commente le Verniolan. Il faut constater que huit ans plus tard, nous sommes toujours au même point.» Ce dernier dit réfléchir à une nouvelle action pour faire bouger les choses. «Je ne lâcherai pas le morceau.»

Maire de Vernier, le socialiste Martin Staub concède avec amertume son impuissance à négocier un départ plus rapide des citernes, qu’il considère comme une «aberration d’aménagement qui grignote malheureusement notre territoire». «Mais nous n’avons pas ce pouvoir-là», rappelle le socialiste, renvoyant canton et Confédération à leurs responsabilités.

L’affaire révèle également que le nouveau patron de la Sécurité à Genève, le conseiller d’État Mauro Poggia, n’avait pas été mis au parfum de l’alerte terroriste. Alors que son prédécesseur Pierre Maudet se voyait dépossédé à l’automne de ce département, l’édile MCG reprenait donc le flambeau en septembre 2018 sans avoir connaissance de l’événement. «J’aurais apprécié que l’on me transmette ce type d’information, répond poliment le magistrat. Même s’il est apparu, à l’époque où j’ai pris en main le département, que le risque sécuritaire venait d’être abaissé.» À l’image de la cheffe de la police genevoise Monica Bonfanti, Mauro Poggia ne souhaite pas faire preuve aujourd’hui d’alarmisme, surtout qu’aucune information en ce sens ne lui a été transmise. «En termes de risques, on s’attend probablement plus à des attaques ciblant des lieux plus symboliques et ne nécessitant pas de moyens logistiques importants.»

Comment l’attentat a-t-il été déjoué?

Personnage central de ce projet d’attentat qui n’aura jamais vu le jour: Daniel D. ou Abu Ilias al-Swisri selon son nom de guerre au sein de l’EI. Âgé aujourd’hui de 25 ans, ayant grandi au Lignon, il se serait converti à l’islam en 2013 avant de rejoindre le groupe terroriste deux ans plus tard. Désormais, le jeune homme serait détenu dans une prison du Kurdistan syrien où il nierait, selon «Le Temps», le rôle important qu’il aurait joué et la dangerosité qu’on lui prête. Daniel D. aurait fréquenté la mosquée du Petit-Saconnex, où il aurait rencontré «P.F. et Ramzi». Le trio ainsi formé se serait radicalisé.

À la fin de l’année 2015, P.F. qui est resté à Genève veut aussi rejoindre ses compagnons d’armes. Daniel D. l’en aurait dissuadé, affirmant que la priorité pour l’EI étant de cibler des pays étrangers et «semer le chaos au cœur de l’Europe». La hiérarchie de l’organisation terroriste aurait alors demandé au trio de fomenter un attentat en Suisse, en définissant les cibles et la manière d’opérer. Ce premier projet serait tombé à l’eau, suppute le quotidien, évoquant des dissensions de nature idéologique entre P.F. et Daniel D.

La suite? Daniel D. aurait établi d’autres relations avec des djihadistes suisses. Selon «Le Temps», il est difficile d’établir quand l’idée de cibler les citernes de Vernier est née et avec qui Daniel D. aurait planifié l’attentat. Mais à la fin de l’été 2018, les services de renseignement américains auraient transmis à leurs homologues suisses des documents, lesquels détaillent ce projet d’attentat dans le canton de Genève. Une menace prise au sérieux par les autorités genevoises. La cheffe de la police cantonale Monica Bonfanti aurait ainsi pris des mesures pour protéger les sites à risque du canton. L’attentat était apparemment planifié pour «fin avril ou début mai 2019».

Pourquoi l’attentat a-t-il échoué? Le quotidien n’y répond pas, pas plus qu’il n’explique en détail comment Daniel D. aurait été arrêté en juin 2019. Mais rappelle (ndlr: ce qui pourrait être une explication) que l’arrestation de deux ressortissants albanais appréhendés alors qu’ils se dirigeaient vers Genève aurait pu jouer un rôle dans le non-aboutissement du projet. Les nombreux revers essuyés par l’EI pourraient aussi avoir contribué à faire avorter l’attentat.

Créé: 14.02.2020, 20h51

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