Le prince du gin genevois ouvre un beau troquet à alambics

Fines gueulesCréateur du subtil LVX Gin, Quentin Verne inaugure un bar-distillerie à Plainpalais.

Jeune distillateur inspiré et entreprenant, Quentin Verne, son gin LVX en main, dans son tout nouveau bar-labo de Plainpalais.

Jeune distillateur inspiré et entreprenant, Quentin Verne, son gin LVX en main, dans son tout nouveau bar-labo de Plainpalais. Image: STEEVE-IUNCKER GOMEZ

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Un aveu en préambule. La semaine dernière encore, on n’aimait pas le gin. Pas du tout. Ou plutôt – nuance – on pensait que le gin, c’était pas bon. On voyait ce truc-là comme la lie des tord-boyaux, de l’eau-de-feu industrielle tout juste bonne à brûler la luette des idiots et à s’estourbir les soirs de botellón. Tout ça à cause d’une sombre nouba entre ados qui, il y a quatre décennies de ça, s’était achevée de manière peu glorieuse. Mais passons.

Bref, on en était là avant de s’accouder, il y a deux ou trois soirs à peine, au comptoir de La Distillerie Bar/Lab, toute nouvelle enseigne de Plainpalais à l’élégant décor industriel chic. Et d’y siroter une larme du gin baptisé LVX (prononcez lux comme dans Post Tenebas Lux), produit artisanalement entre Genève et Féchy par le jeune et entreprenant Quentin Verne.

Bouche fraîche

Ce gin-là, il fleure bon les herbettes; l’attaque se montre assez suave; la bouche ronde, fraîche et parfumée; la finale gentiment épicée. Oui, ça brûle tout de même un brin la glotte. Normal: c’est de la gnôle à 42°, pas du lait de Bisounours. Mais l’ingurgitation se montre bien plus voluptueuse que prévu. Nous voilà réconcilié avec le gin. Après quarante ans de brouille. Merci LVX.

Quelques présentations s’imposent. Voilà donc Quentin, artisan à la fois du breuvage sus-décrit et de la toute fraîche adresse plainpalaisienne. Il a un peu une tête adolescente au saut du lit, le bouillonnant bouilleur. «Euh… désolé. Je dors pas beaucoup ces jours-ci», sourit-il. Bon, et cette histoire, elle a commencé comment? «J’ai toujours aimé le gin. Mais ça s’est précisé en Angleterre au tout début des années 2010, où je suivais des études universitaires. À l’époque naissaient des microdistilleries et de nouveaux gins très intéressants. J’étais aux premières loges; ça m’a donné des idées…»

La salle secrète

Rentré à Genève, le jeune homme s’installe avec un «coloc dans une petite maison à côté de Balexert». Les deux copains se mettent à bricoler leur propre gin, en douce, dans le garage. «C’était notre salle secrète. Personne, absolument personne n’était au courant de nos expériences. Pas même les proches. On s’imaginait assis sur une mine d’or. On voulait garder notre projet pour nous. Et puis, ce n’était pas très légal…» Une fois les études achevées, les apprentis distillateurs s’engouffrent pourtant dans la vie professionnelle, en oubliant vite leurs spiritueux desseins de jeunesse.

«Au bout de six ans, ma carrière dans la finance est tombée à l’eau. Le gin s’est rappelé à moi. J’ai retrouvé le vieux fichier dans lequel j’avais consigné toutes les recettes.» Reste toutefois à apprendre le métier pour de vrai; ses gestes, ses ficelles, ses techniques. Deux bonnes fées se penchent alors sur l’alambic de Quentin. Deux fées à moustache. René Wanner, d’abord, habile distillateur de Saconnex-d’Arve, dont les absinthes raflent les médailles en cascade. «Il m’a pris sous son aile et m’a appris les techniques de clandestin que seul lui connaît.» Le second mentor, c’est Alex Paccot, phénix vaudois de la distillerie à façon. C’est chez lui, à Féchy, que le jeune Genevois va affiner sa formule magique puis lancer sa production.

Bar et école

L’an passé, 3000 bouteilles de LVX sont sorties de l’alambic. «Ce n’est pas assez pour vivre. Mais les débuts sont encourageants. Je voulais me passer de distributeur; livrer tout seul sur mon vélo-cargo pour avoir un contact direct avec les clients. À Genève, bars, restos et cavistes m’ont soutenu. Il faudrait maintenant que je m’attaque à d’autres villes.»

En attendant de s’exporter, Quentin a donc créé sa propre enseigne, à la fois bar branché, distillerie et atelier, où brille son gin, forcément, mais aussi maintes bières artisanales, alcools de petits producteurs, vins locaux et autres denrées de proximité. Au fond du café, une pièce vitrée accueillera sous peu un gros alambic et compte déjà six petits alambics destinés aux ateliers que proposera sous peu Quentin. Le principe? Sous sa houlette, les participants créent leur recette en mariant les épices à leur goût, distillent puis repartent avec une bouteille de leur gin personnel, étiquetée à leur nom. Seul un tampon administratif manque encore, mais d’ici au printemps, la Gin Academy devrait se mettre à bouillonner.

La Distillerie. Boulevard Carl-Vogt 77. Mardi-samedi, 17h-1h

Créé: 08.02.2020, 10h47

Une formule alchimique

On le sait, le gin se parfume avant tout à la baie de genièvre. Mais maintes autres essences peuvent participer à son élaboration. L’élixir de Quentin marie ainsi neuf ingrédients aromatiques: graines de coriandre, cardamome, racine d’angélique, graines de paradis, écorces de citron et d’orange, fleurs d’hysope et de sureau. Manque plus que trois poils pectoraux de crapaud roux. Oui, il y a un alchimiste du Moyen Âge qui dort dans chaque distillateur de gin. J.EST

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