Le pont des Bergues s’affaisse, un long chantier s’ouvre pour le consolider

PatrimoineL’érosion a creusé des fosses dans le lit du Rhône. Les travaux de stabilisation du pont vont durer au moins un an.

Ouvert en janvier, le chantier va durer jusqu’en décembre, mais il ne nécessite pas de fermer le pont. Dans un premier temps, il faut combler l’érosion du lit du fleuve.

Ouvert en janvier, le chantier va durer jusqu’en décembre, mais il ne nécessite pas de fermer le pont. Dans un premier temps, il faut combler l’érosion du lit du fleuve. Image: Laurent Guiraud

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Une pelleteuse s’affaire sur la rampe qui descend dans l’eau depuis la place du Rhône. Les travaux démarrés en janvier sur le pont des Bergues, côté Rive gauche, ne sont pour l’instant pas très spectaculaires. Pourtant, ils revêtent une importance capitale, puisqu’il s’agit de consolider cet ouvrage du XIXe siècle, qui a tendance à s’affaisser.

L’ouvrage reste ouvert

Le chantier va durer jusqu’en décembre prochain, mais il ne nécessite pas de fermer le pont. Dans un premier temps, il faut combler les fosses creusées par l’érosion du courant en aval du pont, qui déstabilisent celui-ci. Si cela ne suffit pas, il faudra dans un second temps renforcer les fondations de la maçonnerie. La première phase des travaux est menée par les Services industriels de Genève (SIG). Pourquoi eux? Parce qu’en tant que propriétaires du barrage du Seujet, qui sert à réguler le niveau du lac et la force du courant dans le fleuve, ils jouent un rôle dans ce phénomène d’érosion.

«Des expertises pilotées conjointement par la Ville, l’État et les SIG ont montré que les fondations du pont devaient être renforcées, détaille la porte-parole des SIG, Isabelle Dupont Zamperini. Un tassement significatif du pont ayant été constaté ces dernières années, ces travaux sont à effectuer rapidement.» L’autorisation de construire, demandée en juillet dernier, a été accordée en décembre déjà. «L’ouvrage ne va pas s’écrouler», rassure toutefois Isabelle Dupont Zamperini.

Découverte récente

L’existence des fosses d’érosion n’a été constatée que dernièrement. «Elles ont été mises en évidence en 2014, dans le cadre d’une campagne de mesures destinées au projet GeniLac, précise la porte-parole. Des relevés sont réalisés régulièrement depuis les années 80 et rien de particulier n’avait été relevé à l’aval immédiat du pont des Bergues. Mais les nouvelles technologies, et notamment la 3D, ont permis de mettre en lumière ce phénomène.»

Les travaux, devisés à plus de 3 millions de francs, sont financés à parts égales par les SIG et par l’État, le fleuve étant sur le domaine public. Si le comblement des fosses ne suffit pas à stabiliser le pont, il faudra alors ouvrir un autre chantier pour consolider ses fondations. Cela serait à la charge de la Ville de Genève, propriétaire de l’ouvrage.

La fin des éclusées?

Les pêcheurs, ayant appris la nouvelle récemment dans le cadre de la Commission cantonale de la pêche, se sont enthousiasmés, car ils espèrent que ce sera l’occasion de remettre en cause les éclusées du barrage du Seujet, voire de les supprimer définitivement. Cela consiste à ouvrir grandes les vannes lors des pics quotidiens de consommation électrique, afin d’augmenter le débit du Rhône pour booster la production hydroélectrique en aval, au barrage de Verbois. Les pêcheurs n’ont de cesse de dénoncer l’impact négatif, pour les oiseaux d’eau, les batraciens et les poissons, de ces variations brutales de débit, qui peuvent faire baisser le niveau du fleuve de plus d’un mètre en quelques heures et se traduire par la destruction d’habitats et la mort de poissons ou invertébrés échoués sur les rives asséchées.

«Pendant les travaux, les SIG ne pourront plus réaliser d’éclusées, se réjouit Christophe Ebener, président de la Fédération des sociétés de pêche genevoises (FSPG). Évidemment, nous allons sauter sur l’occasion pour réaliser des études sur les gains réels de cette pratique. Les finances des SIG devront elles aussi s’habituer à la perte des quelques millions de francs que cela leur rapporte, donc ils n’auront plus cette excuse. Avec un peu de chance, les éclusées de ces derniers jours pourraient bien être les dernières du Rhône!»

Mais il semble que les pêcheurs se soient réjouis un peu trop vite. Il est vrai que les SIG ne pourront pas avoir recours aux éclusées pendant que les ouvriers travaillent. Pour des raisons de sécurité, le débit du fleuve doit alors rester relativement faible. Mais cela n’interdit pas de les pratiquer en dehors des heures de travail, ce qui sera le cas. De toute manière, les vannes doivent parfois être ouvertes pour réguler le niveau du lac, qui fait l’objet d’accords intercantonaux et avec la France.

Perte sèche pour les SIG

Cependant, il y aura tout de même des conséquences financières pour les SIG. «Comme nous ne pourrons pas produire autant d’électricité que d’habitude lors des pics de consommation, nous devrons en acheter plus chez d’autres producteurs», explique Isabelle Dupont Zamperini. Le manque à gagner lié à ce chantier est ainsi estimé à environ 1,5 million de francs.

Les SIG n’entendent pas renoncer définitivement à l’apport des éclusées, même si, soulignent les pêcheurs, ce n’est qu’une paille sur le chiffre d’affaires de la régie, qui approche le milliard de francs. À la fin des travaux, les éclusées seront donc à nouveau pratiquées comme d’habitude.

Le seul espoir de les voir à terme abolies est que l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) accepte de compenser les pertes de gain des SIG, ce que demande le Canton dans le cadre de l’assainissement des barrages voulu par la loi sur la protection des eaux.

Créé: 18.02.2020, 07h00

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