Le passé franc-maçon de l’église du Sacré-Cœur

Genève L’édifice a une histoire singulière, entre favoritisme, ingénieur peu fiable et rachat pour 173 000 francs.

L'église du Sacré-Coeur avant l'incendie qui a ravagé une grande partie de l'édifice.

L'église du Sacré-Coeur avant l'incendie qui a ravagé une grande partie de l'édifice. Image: Michel Perret

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Le violent incendie qui a ravagé l’église du Sacré-Cœur, à Plainpalais, à la fin de juillet a braqué les projecteurs sur l’édifice. L’occasion de revenir sur son histoire singulière. On l’a écrit mais peu raconté: à l’origine, l’église était un temple maçonnique. Sa construction, en 1859, s’inscrit dans un contexte particulier: le gouvernement radical instaure alors la liberté de culte et propose aux communautés religieuses de leur donner des terrains pour bâtir des lieux de culte. «Les catholiques en bénéficient, tout comme les anglicans, puis les Juifs qui construisent la synagogue», raconte David Ripoll, historien de l’art à l’Office du patrimoine et des sites.

En revanche, lorsque les francs-maçons font une demande similaire, ça coince. Et cela déclenche un débat: la franc-maçonnerie peut-elle être considérée comme une religion? Les questions rebondissent au Grand Conseil. «Le projet passera quand même la rampe, notamment grâce à l’appui de James Fazy (ndlr: conseiller d’État et fondateur du Parti radical genevois), lui-même membre de l’ordre.»

Un ingénieur allemand, réfugié à Genève pour raisons politiques, est chargé de dessiner le futur édifice. Il n’a pourtant pas très bonne réputation. «Il venait de construire un pont à Peney, qui s’est effondré et a tué 26 personnes…» Sauf qu’il peut compter sur le soutien de James Fazy, qui use de son influence.

La tâche de l’ingénieur n’est pas aisée. «L’ordre n’a pas de caractéristiques ni de références architecturales propres, contrairement aux catholiques (le néogothique, qui rappelle les cathédrales médiévales), les Juifs et l’influence orientaliste, aux orthodoxes (le style byzantin), etc. L’ingénieur est alors parti sur un modèle néoclassique.» L’édifice en impose, en apparence du moins… «Cela se veut prestigieux mais le bâtiment est pauvre dans sa construction, il y a peu de pierres de taille, c’est de la maçonnerie avec du crépi.»

Les francs-maçons l’utilisent durant dix ans. Avant de le revendre. «Les loges avaient des problèmes financiers et peinaient à supporter son entretien.» Un particulier l’achète, le revend à un autre. L’Association internationale des travailleurs, qui a joué un rôle important dans les luttes sociales de l’époque, s’y installe aussi un temps. Le bâtiment devient finalement propriété d’un Français, en 1873, «pour 173 000 francs!» Il y loge des catholiques. L’Église catholique romaine de Genève finira par acheter le bien quelques années plus tard.

En 1939, l’église est en travaux, sa partie arrière est agrandie. Aujourd’hui aussi elle est en chantier, cette fois pour une reconstruction massive qui coûtera cher. (TDG)

Créé: 09.08.2018, 20h37

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