Le parcours des braqueurs de la rue de la Corraterie

Hold-upLes cinq suspects sont tous Lituaniens. Révélations sur leur butin et leur profil. Sur les faits et sur un récent phénomène criminel.

Le lieu du braquage survenu le 31 mai dernier.

Le lieu du braquage survenu le 31 mai dernier. Image: Laurent Guiraud

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Quatre hommes, détenus à Champ-Dollon, doivent amèrement regretter d’être venus à Genève le 30 mai. Ces Lituaniens, connus pour la plupart des services de police de leur pays, se voient soupçonnés d’avoir braqué ce jour-là une bijouterie à la rue de la Corraterie. Selon nos informations, un cinquième compatriote est encore recherché. Cette affaire révèle un récent phénomène criminel venu des pays Baltes.

On en sait plus aujourd’hui sur les suspects et sur le déroulement des faits qui leur sont reprochés. Ces Lituaniens arrivent dans la région en mai. Ils logent quelque temps à Annemasse et auraient fait des repérages, selon une source policière. Il est 11 h, le jour des faits: arrivés en tram, ils débarquent dans le commerce armés d’un pistolet à plomb et d’un couteau. L’un d’eux frappe au visage la vendeuse qui vient de leur ouvrir la porte. Deux autres employées se trouvent dans l’arrière-boutique. Elles sont paralysées par la peur en entendant le bruit des coups assénés.

Argent disparu

Les victimes remettent des dizaines de milliers de francs en liquide aux malfrats qui emportent, ni une ni deux, pour 10 000 fr. de bijoux et de montres. Les cinq hommes quittent la bijouterie en ordre dispersé. La police ne tarde pas à entrer en scène. Notamment grâce à une poignée de passants interloqués par «des individus louches» âgés entre 30 et 40 ans. Cette vigilance citoyenne porte visiblement ses fruits. Un des prévenus se fait pincer dans une boucherie, un autre se cache, en vain, entre deux voitures stationnées au centre-ville, un troisième est repéré au passage Malbuisson. Dans leurs poches se trouve le butin, soit des montres de luxe et des joyaux. À ce jour, un seul des cinq hommes reste introuvable, or c’est lui qui a disparu avec les liasses de billets de banque.

Les détenus doivent désormais répondre de brigandage aggravé et de violation de la Loi sur les armes. Leur casier judiciaire suisse est vierge, mais ils sont, pour la plupart, connus des services de police lituaniens pour des faits de vol et trafic de drogue. Une audience de confrontation entre les prévenus doit avoir lieu à la fin de l’été. Pour y voir plus clair, les enquêteurs peuvent s’appuyer sur les images de vidéosurveillance remises par la bijouterie. On y distingue notamment un homme avec des lunettes et un complice avec une casquette. Personne ne porte de masque ou de casque de moto.

Me Simon Ntah défend un des prévenus: «Mon client a un rôle très passif, le procureur lui reprochera d’avoir fait le guet. L’enquête permettra de définir leurs rôles et leur degré d’organisation, qui me semble très minimaliste.» Les victimes, défendues par Me Serge Milani, restent sous le choc. Les trois autres prévenus sont représentés par Mes Igor Zacharia, Michel Mitzicos et Adrien Borel. Ce dernier estime que le procureur tente de démontrer que ce braquage a été minutieusement planifié alors que «les éléments actuels du dossier permettent plutôt de conclure à un acte désorganisé et impulsif de la part de mon mandant et de ses acolytes».

Bons soldats ou bras cassés?

Au Ministère public, c’est le procureur Walther Cimino qui gère cette procédure mettant en lumière un nouveau type de braqueurs venus de Lituanie. Réputés violents, ces derniers se font remarquer en Suisse et en Europe. L’an dernier, trois hommes de ce pays ont été condamnés à Neuchâtel pour un brigandage aggravé dans une bijouterie de la place. La même année en Corse et sur la Côte d’Azur, des joailliers ont également été la cible de malfrats lituaniens décrits comme «rapides et extrêmement déterminés».

Ils sont plus dangereux que les Pink Panthers (ndlr: les braqueurs de bijouteries, anciens militaires de Serbie, qui défrayèrent la chronique au début des années 2000) assurait en 2017 un procureur vaudois se référant à des rapports de la police fédérale: «L’organisation est composée de dirigeants en Lituanie qui s’occupent de désigner les cibles, puis de receler les objets et de récolter l’argent du butin. Ils ont sous leurs ordres des hommes de main qui vont sur place et s’occupent de la logistique et de l’organisation, comme le voyage, le logement, le matériel et le transport des objets volés. Enfin, au bas de l’échelle se trouvent les «soldats», qui sont chargés des braquages.»

À Genève, a-t-on affaire à de bons soldats ou à des bras cassés? À la justice de trancher. (TDG)

Créé: 30.07.2018, 17h57

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