Le métier d’influenceur, une affaire de famille

GenèveAfin de répondre aux attentes des marques en ligne, Elvira et Charles Legrand ont su unir leurs forces pour proposer un package tout public. Leur bébé a rejoint depuis peu l’entreprise.

Charles et Elvira Legrand, influenceurs de métier, et parents d’un petit influenceur.

Charles et Elvira Legrand, influenceurs de métier, et parents d’un petit influenceur. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Sur Instagram, la vie de Charles et Elvira Legrand a de quoi faire rêver. Un voyage à Séoul en avril, une virée à Londres il y a quelques jours, des excursions à Berne, Paris, Marrakech… Sans oublier, bien sûr, la pluie de produits offerts. Cartier, Nespresso, Samsung - pour ne citer que les plus grands noms - sont autant de marques à s’être associées aux comptes des deux influenceurs genevois. «Il y a notre image sur les réseaux sociaux, ce qu’on montre, et puis il y a tout le boulot qu’on ne voit pas, confie Charles Legrand. Le métier d’influenceur a quelque chose d’artisanal. Photo, démarchage, contrats, administration, nous faisons tout nous-même. Et heureusement que nous sommes deux.»

Car pour Elvira comme pour Charles, le métier d’influenceur ne s’imagine pas l’un sans l’autre. Ensemble à la vie – ils se sont mariés en 2018 – comme en ligne, le couple genevois se conçoit comme une seule et unique entité, une entreprise indissociable. «Dans ce monde concurrentiel et en constante évolution, on est clairement plus fort à deux, analyse Elvira. Nous avons su créer un modèle à la fois rassurant et performant.» Et les chiffres ne font pas mentir la Genevoise. Avec un nombre cumulé de 822 000 abonnés – 504 000 pour @elviralegrand, 318 000 pour @legrandcharles – la structure apparaît aujourd’hui comme une des valeurs les plus sûres du marketing digitale suisse.

Le «Love» unisexe

Mieux, en décidant de développer le compte de Charles en 2017, la petite entreprise a élargi son potentiel de frappe, passant d’une plateforme «lifestyle» – mode et consommation du quotidien – destinée aux femmes, à une structure capable de vendre, tous sexes confondus. «Il y a encore deux ans, j’étais simplement connu comme le copain photographe d’Elvira, se souvient Charles. Et puis une commande de Cartier a tout changé.» Dans le cadre de la campagne de promotion de son bracelet «Love», la célèbre marque de luxe voit pour la première fois un potentiel dans le couple. Le «lifestyle» masculin sur Instagram est alors quasi inexistant en Suisse. «Ce contrat représentait un défi pour nous, raconte Charles. Jusque-là nous avions tout misé sur le compte d’Elvira.»

Il faut dire qu’avec son blog créé en 2010 alors qu’elle n’a que 17 ans, et sa forte présence sur les réseaux sociaux dès le début, la jeune femme née à Saint-Pétersbourg présentait des garanties rares dans un marché encore jeune. «C’est fou de se dire qu’il y a dix ans, nous prenions des photos de mes tenues dans mon jardin familial de Villeneuve (VD), s’amuse Elvira. À l’époque, j’avais un profil ouvert Facebook et je voyais déjà l’intérêt des visiteurs sur ma page. Charles – 21 ans et fraîchement diplômé d’études d’arts appliqués à Paris – préférait le prendre à la rigolade.»

Peu de temps après, un premier colis en provenance des États-Unis et contenant une paire de boucles d’oreille «à trois dollars» fera prendre conscience au couple du potentiel commercial de leur démarche. Il s’en est suivi des séquences de shooting photos plus ou moins sauvages à la Fashion Week de Milan, des rencontres avec d’autres blogueurs en devenir. «Nous sommes arrivés tôt dans ce marché et avons rapidement assimilé ses codes, se félicite Elvira. Concrètement, nous avons su proposer une ligne éditoriale claire, une esthétique particulière, très colorée. Nous avons pris le temps de répondre aux abonnés. C’est notre capacité d’adaptation qui nous a permis de durer.»

«Lien dans ma bio»

Alors quand il a fallu développer le compte de Charles, pour répondre à la nouvelle demande des annonceurs, Elvira a habillement usé de sa notoriété: «Du jour au lendemain, je me suis mis à davantage le mettre en avant dans mes photos, dans mes messages. J’ai fait un lien direct vers son profil dans ma bio Instagram.» Charles lui rend bien sûr la pareille, rappelant à tous les visiteurs la complémentarité de leurs profils.

Et c’est cette formule qui permet aujourd’hui au couple d’affirmer «être une entreprise rentable». D’autant plus que depuis trois ans environ, les sociétés qui les emploient ne se contentent plus de payer en cadeaux. «Il n’y a pas si longtemps, il était encore mal vu de demander une rémunération, se souvient Elvira. Et puis nous sommes partis à Dubaï pour Alpha Roméo il y a deux ans. C’était la première fois qu’une marque demandait à nous verser un salaire.» Cette professionnalisation du marketing d’influence a permis à l’entreprise de se structurer. En janvier 2018, Elvira stoppe ses études de Lettres à l’Université de Genève, quand Charles renonce à son poste de graphiste dans un magazine de Montreux.

«Ça n’a pas été facile, mais il a fallu se réorganiser pour répondre aux demandes de clients toujours plus exigeants, confie Charles. Et puis, nous avons eu un enfant (voir ci-contre).» Une responsabilité compatible avec la vie d’influenceur? «Notre statut est fragile, certes, mais aussi tellement contemporain, analyse Elvira. Peut-être que des nouveaux cadres législatifs ou la surabondance des profils auront raison de notre métier d’ici cinq ans. Mais quoi qu’il arrive, il nous restera notre expertise en communication digitale. Sans oublier les souvenirs d’une aventure vécue en famille.»

Créé: 25.05.2019, 09h34

«Bébé Seven», la toute nouvelle recrue

Avec 820 abonnés sur Instagram, Seven Legrand n’a pas encore la notoriété de ses parents. Mais après un an de vie seulement, on peut se dire que le potentiel est là. Cette semaine, le tout jeune garçon honorait d’ailleurs son premier contrat d’influenceur, à Paris, pour la promotion d’une marque de poussettes et de lits pour bébés. Sur Instagram, on a pu apercevoir Seven, tout sourire, essayer le matériel et faire comme papa et maman.

«À l’origine, nous avons hésité entre intégrer Seven à nos profils ou lui créer le sien, explique Elvira Legrand, la maman. Mais mon compte étant principalement suivi par un public jeune et sans enfants, je n’ai pas voulu prendre le risque de le perdre en le bombardant de photos de mon fils.»

Et puis créer un profil indépendant était aussi le moyen de limiter les activités de Seven à un public acquis à sa cause. «Faire un influenceur de son enfant n’est pas du goût de tout le monde, admet Charles Legrand, le papa. Nous avons reçu des critiques en ligne suite à ce choix. Mais je suis d’avis que c’est une question de génération. Celle de Seven est née et va grandir avec les réseaux sociaux, qui sont et seront, qu’on le veuille ou non, une composante naturelle de sa vie à venir.»

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