Le maire rompt la collégialité sur le mode de gestion de l’hôtel Métropole

Ville de Genève Le PDC Guillaume Barazzone milite pour l’octroi d’un droit de superficie, afin d’éviter des frais de travaux.

¨Est-ce au contribuable de payer les travaux de l’établissement de luxe? Ce débat divise déjà l’Exécutif municipal.

¨Est-ce au contribuable de payer les travaux de l’établissement de luxe? Ce débat divise déjà l’Exécutif municipal. Image: Pierre Abensur

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Le tweet du maire n’a pas tardé. Le jour de la parution de notre interview du nouveau directeur de l’hôtel Métropole, qui plaidait pour une rénovation totale du bâtiment, estimée entre 25 et 50 millions, Guillaume Barazzone réagissait: «Non, ce n’est pas au contribuable de payer. Je souhaite un droit de superficie.» Il s’explique aujourd’hui sur cette position personnelle, qui n’est pas celle du Conseil administratif.

Guillaume Barazzone, pourquoi remettre en cause le modèle actuel, où la Ville est propriétaire du Métropole et confie un mandat de gestion à une société externe?

Ce n’est pas le rôle de la Municipalité d’investir de l’argent public pour rénover un hôtel de luxe. La limite annuelle générale d’investissement est fixée à 130 millions de francs. La rénovation du Métropole se fera donc au détriment d’autres engagements en faveur des crèches, des espaces verts, des infrastructures… Les rendements de cet hôtel baissent, et pourraient devenir plus aléatoires en raison de la concurrence, et de l’implantation d’un nouveau cinq étoiles.

Les 25 à 50 millions évoqués par le directeur pour les travaux sont encore très approximatifs…

Même si ce n’était «que» dix millions, c’est quand même conséquent. Et surtout ce n’est pas le rôle de la Ville.

Vous proposez donc un droit de superficie, pourquoi?

Avec le droit de superficie, la Ville resterait propriétaire du bâtiment, mais les travaux seraient à la charge du superficiaire, qui en assumerait les risques. La Ville toucherait alors soit une rente annuelle, soit un capital d’entrée.

Quelle solution privilégier?

Le montant en capital, car il serait presque équivalent à celui qu’on toucherait en cas de vente. On pourrait alors affecter cette somme à la rénovation du parc immobilier de la Ville, que l’on a du mal à entretenir.

Et dans le cas d’une rente, serait-elle aussi élevée que le bénéfice touché actuellement?

Elle serait peut-être moins élevée puisque le superficiaire prendrait à sa charge tous les travaux. Mais si la Ville continue à le faire et que l’hôtel ne rapporte pas assez, le contribuable passera doublement à la caisse.

En octroyant un droit de superficie, la Ville perdrait la majorité de ses prérogatives…

Ce n’est pas le rôle d’une collectivité de définir des concepts hôteliers. A échéance, le bien reviendra dans son giron.

Cet enjeu justifie-t-il une rupture de collégialité?

J’avais prévenu mes collègues de l’Alternative que je m’exprimerai sur ce dossier, pour apporter un autre éclairage. Cela ne remet pas en cause leur décision et leur travail.

(TDG)

Créé: 28.09.2016, 19h54

Pourquoi la majorité de l’Exécutif s’y oppose

Dirigé par Sandrine Salerno (PS), le Département des finances, en charge du dossier, relève que «dans les cas d’hôtels, il est usuel que les droits de superficie s’étalent sur des périodes d’au minimum 60?ans. Les situations évoluent tandis que le droit de superficie reste figé.» A l’exemple du Mandarin Oriental, dont le droit de superficie, signé en 1948 et qui court jusqu’en 2040, génère une rente nulle. A l’époque, il a été considéré suffisant que le superficiaire construise l’hôtel et crée des emplois. «La Ville se retrouve liée par des négociations effectuées il y a très longtemps, dont le résultat était jugé bon à l’époque. Sauf que l’évaluation n’est plus la même des décennies plus tard. Ainsi, à moins d’avoir une boule de cristal, difficile d’assurer que ce qui semble une bonne négociation aujourd’hui le sera toujours dans 60?ans. Le contrat de gestion est un outil plus flexible.»

Rémy Pagani (EàG), magistrat en charge des Constructions, estime, lui, que le droit de superficie «est une vente cachée, le superficiaire devenant quasi-propriétaire. Le néolibéralisme de Guillaume Barazzone l’aveugle. Je serai le premier à lancer un référendum, comme je l’ai fait en 1977, pour protéger ce bâtiment patrimonial. S’il rapporte moins, c’est parce que l’on n’a pas investi ce qu’il fallait investir.» L’élu précise que les travaux de remise à niveau structurelle sont estimés à 28,7 millions, à plus ou moins 20% près, et réalisables dans les dix prochaines années.

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