Le grand feu d’artifice a causé un pic de pollution

EnvironnementLe taux de particules fines est monté cinq fois plus haut qu’en temps normal. Mais comme cela a été bref, l’impact pour la santé est infime.

Les feux d’artifice sont composés de diverses substances chimiques et de métaux.

Les feux d’artifice sont composés de diverses substances chimiques et de métaux. Image: Pierre Abensur

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Samedi dernier, le grand feu d’artifice estival a émerveillé 400 000 spectateurs… et enfumé le canton bien au-delà de la rade. Le nuage émanant des déflagrations s’étendait au moins jusqu’à Bernex, et il a persisté longtemps après le lancement de la dernière fusée. Or, cette fumée n’est pas inoffensive, puisqu’elle contient des poussières fines potentiellement toxiques.

Pot-au-feu explosif

En effet, les feux d’artifice sont composés de diverses substances chimiques et de métaux, dont du potassium, du soufre, des perchlorates, de l’aluminium et du magnésium, ainsi que, entre autres, du baryum, du strontium ou du cuivre, pour les effets de couleur.

Selon un rapport de l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), il arrive que le niveau de particules fines en suspension (PM10) soit si élevé lors de spectacles pyrotechniques que la moyenne sur vingt-quatre heures dépasse la valeur limite fixée par l’ordonnance sur la protection de l’air (OPair). Cela peut occasionner des troubles chez les personnes souffrant de maladies cardiovasculaires ou d’affections chroniques des voies respiratoires. Cependant, des mesures ont montré que la combustion des feux d’artifice n’entraîne pas d’émissions importantes de métaux cancérogènes.

À Genève, les stations de mesure de la pollution du Service de l’air, du bruit et des rayonnements non ionisants (Sabra) ont enregistré une hausse momentanée des particules fines et du dioxyde de soufre lors du grand feu d’artifice de samedi. «À la station de la rue Necker, par exemple, nous avons brièvement approché les 50 microgrammes par mètre cube (µg/m3) de particules fines, ce qui est la moyenne admise par la loi sur vingt-quatre heures, note le directeur du Sabra, Philippe Royer. C’est cinq fois plus que d’habitude, car cette pollution hivernale est insignifiante en été.» Pour lui, le risque sanitaire est toutefois négligeable: «Ce pic de faible ampleur a été très local et limité dans le temps puisqu’il n’a pas duré plus d’une heure et demie. Il y aurait de quoi réagir seulement si le taux moyen de particules fines touchant le canton dépassait les 50 µg/m3 pendant au moins quarante-huit heures, comme cela peut arriver avec le smog hivernal.»

L’OFEV souligne d’ailleurs que les tirs de feux d’artifice ne représentent que 2% du total des émissions de particules fines en Suisse, la plupart de celles-ci étant imputables au trafic automobile, au chauffage ou à l’industrie. Dans son rapport, il se demande pourtant s’il ne faudrait pas, par précaution, remplacer l’actuelle interdiction des métaux lourds tels que l’arsenic, le plomb ou le mercure dans la fabrication des feux d’artifice par une interdiction générale des métaux et des métalloïdes aux propriétés cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques. Et cela même s’il n’existe aucune preuve qu’ils soient utilisés dans la confection des fusées.

Menace aussi pour les eaux

Mais les feux d’artifice peuvent aussi polluer les eaux. D’après une étude canadienne parue en début d’année, les particules fines métalliques se déposent sur la surface de l’eau puis migrent vers les bas-fonds avant d’être absorbées par les sédiments. Or, ces métaux ont tendance à s’accumuler dans les tissus vivants, pouvant causer la mort des poissons et des invertébrés. Mais là encore, le caractère occasionnel des feux d’artifice dans notre région permet d’en relativiser l’impact. «En brûlant, les métaux forment des oxydes de métaux, qui sont généralement très stables et se diluent sans problème dans le lac Léman, vu sa grande taille, explique François Pasquini, directeur du Service de l’écologie de l’eau. Selon nos calculs, on arrive à des concentrations infimes de métaux dans l’eau et nos prélèvements mensuels dans le lac et le Rhône n’ont jamais montré d’augmentation de ces concentrations suite à un spectacle pyrotechnique.»

Des feux d’artifice sans perchlorates, dégageant moins de fumée et donc moins de métaux, sont récemment apparus sur le marché. Mais ils coûtent nettement plus cher. «Bien sûr, par définition, un feu d’artifice, ce n’est pas écologique, tout comme une voiture, admet Nicolas Guinand, codirecteur de la société vaudoise Sugyp, qui a réalisé le feu d’artifice de samedi à Genève. Mais les produits et les mentalités évoluent.»

(TDG)

Créé: 15.08.2018, 20h31

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