Le gouvernement genevois tiraillé en interne et chahuté à l'externe

Bilan du Conseil d’Etat (1/8)Le coup d'arrêt aux Bilatérales, le non aux P+R en France voisine et la fonction publique dans la rue ternissent le bilan de l'an 1 du Conseil d'Etat.

Prestation de serment, le 10 décembre 2013 à la cathédrale. De g. à dr.: Luc Barthassat, Serge Dal Busco, Pierre Maudet, François Longchamp, Anne Emery-Torracinta, Mauro Poggia, Antonio Hodgers et la chancelière Anja Wyden Guelpa.

Prestation de serment, le 10 décembre 2013 à la cathédrale. De g. à dr.: Luc Barthassat, Serge Dal Busco, Pierre Maudet, François Longchamp, Anne Emery-Torracinta, Mauro Poggia, Antonio Hodgers et la chancelière Anja Wyden Guelpa. Image: Laurent Guiraud (Archives)

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«La législature ne sera pas joyeuse», prédisait à la fin d’août le président du Conseil d’Etat, François Longchamp. Alors que le gouvernement s’apprête à fêter sa première année, difficile de dire le contraire. L’air sent la poudre, les TPG ont fait grève, le budget 2015 est compromis et les réformes annoncées par le discours de Saint-Pierre contestées. Bilan.

«Il y a un an, tout avait bien commencé», estime le député PDC Guy Mettan. La répartition des départements s’opère sans drame et le budget 2014 passe nettement. Observé de près, le magistrat MCG Mauro Poggia rejoint le camp des défenseurs des Bilatérales. Oh bien sûr, il y a les manifestations des syndicats de police! Mais la popularité du mouvement est incertaine. En fait, en ce début de législature, le problème du Conseil d’Etat, c’est surtout lui-même. Composé largement de néophytes, il doit apprendre les ficelles du métier. «Et vu ces circonstances, ils ont encore besoin de temps», plaide encore le député PLR Gabriel Barrillier. Symbole de cette mise en route, durant les sept premiers mois de la législature, les rencontres hebdomadaires avec la presse sont annulées à 16 reprises… Quant au travail parlementaire, il tourne aussi à vide. «On a beaucoup parlé au début, mais c’était le statu quo», avance la Verte Sophie Forster Carbonnier.

Programme vague

Mais les vraies difficultés arrivent de l’extérieur. Le 9 février, les Bilatérales sont remises en cause. Avec la possible baisse de l’imposition des entreprises, le cadre économique du Canton est incertain. En mai, le refus du financement de P+R en France voisine met aussi la politique régionale en difficulté. Et surtout, l’initiative sur la baisse des tarifs des TPG passe la rampe. Mais l’état de grâce prend réellement fin avec la publication du programme de législature. Il déçoit: «Je suis assez déçu, témoigne à l’époque le chef du groupe PDC, Bertrand Buchs, dont le parti compte deux représentants au Conseil d’Etat. Il aurait fallu des mesures fortes et un agenda et on a un discours de Saint-Pierre bis.» Une ligne se dégage toutefois: estimant que «le Canton vit au-dessus de ses moyens», le gouvernement veut «dégager à terme 300 millions par an pour cesser de creuser la dette». L’objectif de la réévaluation des salaires à l’Etat (Score) est réaffirmé, ainsi que la refonte des rapports avec les communes. «Mais sur tous ces points comme sur d’autres, les problèmes s’accumulent», juge la députée Verte Emilie Flamand-Lew.

La collégialité sous tension

L’application de l’initiative de l’Avivo manque de faire dérailler le Conseil d’Etat. A la fin d’août, sa majorité choisit en effet de ne pas compenser la baisse des revenus des TPG tout en excluant de futurs licenciements. Convaincu qu’ils sont très probables, Luc Barthassat, responsable des Transports, s’y oppose, accréditant la menace et attisant, selon ses détracteurs du PLR, le conflit. La gauche et le PDC estiment à l’inverse qu’en mettant sous pression les prestations, le Conseil d’Etat est responsable de son déclenchement en novembre. La tension monte. Et on mesure la mésentente au sein du collège quand François Longchamp explique dans la presse qu’«on» doit tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de s’exprimer dans le cadre d’un conflit social… Une pique dont le destinataire est Luc Barthassat. «Au sein de ce gouvernement, la mayonnaise n’a pas pris», observe la députée UDC Christina Meissner.

Grand Conseil divisé

En septembre, la présentation du budget lève les dernières inconnues sur la ligne du Conseil d’Etat. Son projet freine la hausse des dépenses, maintient les investissements et augmente les postes de fonctionnaires sans leur donner d’annuité. Désagréable pour tous les camps, son acceptation supposerait d’intenses négociations avec les partis. Mais «jusqu’à la semaine passée, confie le député PLR Benoît Genecand, on n’a pas eu l’impression que le Conseil d’Etat recherchait vraiment une majorité». Est-il seul coupable? Sans doute. Mais le parlement, explosé en sept partis adverses, fait aussi partie du problème, car les majorités en son sein y sont presque de rencontre. Et alors que le Conseil d’Etat va s’aguerrir, le parlement va rester divisé…

C’est donc un bilan mitigé que l’on peut tirer de l’action du gouvernement un an après son entrée en fonction. Il a eu des succès d’étape, comme sur la traversée de la rade ou sur les forfaits fiscaux, et des échecs, dont il a su à peu près se dépêtrer. II ne suscite ni soutien enthousiaste ni rejet affirmé. Il tient sa ligne. Mais les orages se lèvent alors qu’il va devoir réaliser ses premiers vrais projets. «Or il n’y en a pas beaucoup, observe le député PS Roger Deneys, Et ils seront difficiles à faire passer.»


Les dates marquantes de la première année de la législature 2013-2018 10 décembre Discours de Saint-Pierre du nouveau Conseil d’Etat et entrée en fonction. 13 janvier Luc Barthassat obtient le départ du directeur des TPG, Roland Bonzon. 9 février Largement refusée à Genève, l’initiative «Contre l’immigration de masse» est acceptée en Suisse. L’initiative sur la densification de la zone de développement passe. 29 mars Grève des amendes et de l’uniforme à la police. 10 avril Grève des gardiens de prison. 18 mai Nouvelle acceptation de l’initiative sur la baisse des tarifs des transports publics. Le crédit d’aide à la construction de P+R en France voisine saute. 11 juin Programme de législature. 26 juin Les syndicats de police annoncent qu’ils refuseront la nouvelle Loi sur la police. 9 juillet Lors d’une émission radio, Mauro Poggia assure que le CEVA coûtera 2,5 milliards au lieu de 1,6. 31 juillet Grève des uniformes suspendue. 20 août Le Conseil d’Etat annonce des réductions de prestations aux TPG suite au vote de l’initiative de l’Avivo sur la diminution des tarifs. Luc Barthassat s’y oppose. 28 août Refus du programme de législature. 9 septembre Vote de la nouvelle Loi sur la police au parlement. Elle est attaquée en référendum. 18 septembre Présentation du budget 2015. Il est à l’équilibre et assorti de 44 mesures destinées à trouver 154 millions. 28 septembre Refus de l’initiative UDC sur la traversée de la rade. 10 octobre Le Cartel intersyndical refuse de discuter des réformes des salaires au sein de la fonction publique (Score). 29 octobre Premières consultations sur la réforme des rapports communes-Canton. Les communes estiment que l’Etat va trop vite. 12 novembre Manifestation du Cartel intersyndical contre les mesures du budget 2015. 19 novembre Grève des TPG. 30 novembre Refus des initiatives de gauche sur l’abolition des forfaits fiscaux. Echec du contreprojet du Conseil d’Etat. 18 décembre Vote prévu du budget. M.BN Texte gras Texte legende texte legende texte legende  CREDIT (TDG)

Créé: 17.12.2014, 09h38

Les rendez-vous de 2015

2015 commence en réalité en 2014. L’an prochain est largement suspendu au sort du budget du Canton. Sans budget, l’administration commencerait l’année en douzièmes provisoires, ce qui empêcherait la mise en place des politiques annoncées, ainsi que les engagements à la police ou dans l’éducation. Autre problème, il faudrait négocier le budget au printemps avec des partis en campagne électorale.

Le deuxième rendez-vous important est celui de la Loi sur la police. Le référendum du MCG sera tranché le 8 mars par les citoyens. Au-delà de la réorganisation de cette administration, c’est aussi la capacité de la majorité «gouvernementale» du parlement (PS, Verts, PDC, PLR) à convaincre la population qui sera testée. Le succès indiquerait qu’une solution parlementaire portée par ce rassemblement de circonstance est convaincante et peut être rééditée. Un échec, à l’inverse, renforcerait le poids des opposants MCG, UDC ou Ensemble à Gauche.

Les conséquences de ce scrutin pèseront donc sur d’autres réformes comme celle des salaires à l’Etat (Score) ou des rapports avec les communes, dont les contours seront bientôt connus.

D’autres éléments peuvent influencer le cours de ces prochains mois, par exemple le résultat des élections communales, les 19 avril et 10 mai, et nationales, les 18 octobre et 8 novembre, s’il débouchait sur une modification sensible du paysage politique. A suivre également, l’évolution de l’architecture institutionnelle française avec la possible disparition des départements et l’extension de la région Rhône-Alpes.

N’oublions pas enfin le nerf de la guerre, soit les mutations de la conjoncture économique qui s'annonce cependant encore solide en 2015. Tous ces éléments auront un impact direct ou indirect sur le climat politique genevois. (M.BN)

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