Le fermier chérit sa poule et boude son porc

Animaux de la fermeÀ Genève, la volaille a doublé en dix ans. Et le nombre de cochons a chuté de moitié. En raison des nouvelles habitudes de consommation, qui plébiscitent la qualité.

Céligny Telle une vigie, l’une des 13 000 poules  de la ferme Baudet semble surveiller  ses cousines.

Céligny Telle une vigie, l’une des 13 000 poules de la ferme Baudet semble surveiller ses cousines. Image: LAURENT GUIRAUD

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Aucune ne se risque au soleil. Sagement rangées à l’ombre, au milieu du pré, une cinquantaine de poules semblent deviser entre elles. À l’intérieur de ce poulailler géant, elles sont beaucoup plus nombreuses. Des milliers. Leur pelage varie du marron au caramel, en passant par toutes les nuances du roux. L’élevage de la famille Baudet, à Céligny, en regroupe 13 000. Rousses d’un côté, blanches de l’autre. Le développement de cette exploitation a affolé, en dix ans, les statistiques cantonales en matière d’animaux de rente (lire notre graphique).


Lire l'éditorial: La proximité et la qualité sont vitales


Entre 2006 et 2016, le nombre de poules a doublé dans le canton, en passant de près de 10 000 à plus de 20 000. Un forte hausse en grande partie due au choix stratégique de Florian et Sandra Baudet, les exploitants de la Ferme La Pièce. Producteur à Vandœuvres, René Stalder mise aussi sur la poule pondeuse: «j’en avais une centaine en 2006, et 450 aujourd’hui». Il y a dix ans, cet agriculteur est passé au bio, rappelant qu’«un œuf sur quatre vendus en Suisse est produit selon les préceptes de l’agriculture biologique». En dix ans, le nombre de fermes bios de toutes natures a doublé à Genève, passant de neuf à plus de vingt, un chiffre qui reste très modeste par rapport aux quelque 380 exploitations répertoriées dans le canton.

La véranda des poules

À Céligny, chaque volatile dispose d’un herbage de 2,5 m2. Les poulaillers comprennent aussi une aire extérieure protégée en cas de mauvais temps. Un jardin d’hiver apprécié à en juger le nombre de poules qui s’y pressaient jeudi en début d’après-midi. Une sorte de véranda, en somme. La volaille est élevée en plein air et, à l’intérieur, peut se déplacer entre différents étages.

Florian et Sandra Baudet indiquent aussi que l’aliment de leur volaille provient en grande majorité de leur exploitation. Le blé et le maïs récoltés sont ensuite transformés par le Moulin de l’Oie à Bogis-Bossey, toute proche commune vaudoise.

Les œufs produits dans cette ferme sont labellisés GRTA (lire notre encadré). François Erard, directeur d’AgriGenève, indique que «la demande en produits GRTA va croissant, notamment en restauration collective. Le développement de poulets de chair ou encore d’œufs arborant ce label permet dès lors de répondre à cette demande.»

Le responsable d’AgriGenève insiste aussi sur l’importance des circuits courts: volailles élevées à Genève, nourries avec des céréales genevoises, abattues à Genève pour les poulets de chair. «Quinze km entre le lieu de production et l’assiette du consommateur contre 9000 km pour un poulet brésilien par exemple», résume François Erard.

Pendant que la poule prospère, d’autres espèces présentes dans le canton régressent. En dix ans, le nombre de moutons a baissé de 16% et celui des chevaux de 24%. Toujours en termes de nombre d’animaux de rente destinés à être commercialisés, celui des porcs a brutalement chuté de plus de 53%. Soit la moitié du cheptel.

Faible rentabilité du porc

«Les vieilles porcheries ne sont plus capables d’assumer les investissements liés au label GRTA ou aux exigences de la filière bio», opine Josef Meyer, agriculteur à Jussy. Avec 600 places de porc, son exploitation est la plus importante du canton, la moitié du cheptel genevois. «Le consommateur est de plus en plus sensible à la proximité et il se renseigne aussi sur les conditions d’élevage», poursuit Josef Meyer. Mais tout cela oblige à adopter de sévères normes.

Pour voir l'infographie en grand, cliquez ici.

La rentabilité n’est pas forcément au rendez-vous. Et les marges aussi minces qu’une tranche de salami. En 2006, René Stalder avait 350 places de porc. Mais il a subi comme les autres producteurs l’effondrement des prix, notamment en raison d’une surproduction. La seule issue était, peut-être, d’essayer de se lancer dans le porc bio. Mais, en raison de l’étroitesse de ce nouveau marché et des nécessités d’investissement, René Stalder a renoncé, ne conservant qu’une poignée de gorets. À Meinier, Philippe et Florence Chenevard indiquent ne posséder qu’une quarantaine de porcs dans leur ferme bio, et Claude Bieri, exploitant à Avully, 200 gorets. Et tout le monde se souvient qu’un gros producteur de Corsier – environ 800 cochons – avait fini par jeter l’éponge il y a une dizaine d’années. «On ne gagne plus rien avec le porc», lâche un exploitant.

À Genève, c’est donc l’heure de la revanche des poules contre les cochons, qui les avaient entourloupées dans le fameux roman de George Orwell, Animal Farm. Dans cette satire de la révolution russe, les porcs prennent rapidement le pouvoir après s’être assuré le soutien des autres animaux de la ferme, dont la volaille, en lui jurant qu’elle pouvait garder ses œufs. Une fois installés aux manettes, les cochons avaient piétiné cette promesse, au grand dam des poules. Qui, à Genève, semblent aujourd’hui se venger en proliférant.

(TDG)

Créé: 27.07.2018, 22h12

Les principes du label GRTA

La ferme de Céligny, comme de nombreuses autres exploitations genevoises, détient le label GRTA (Genève Région – Terre Avenir). Cette marque de garantie créée en 2004 par l’État de Genève permet d’identifier les produits de l’agriculture de la région genevoise.

Rappelons les quatre grands principes du label GRTA: la recherche de la qualité, liée à la fraîcheur, la diversité et le goût des produits, le respect de l’environnement et le refus des plantes et animaux génétiquement modifiés.

La proximité censée créer un lien de confiance entre les agriculteurs et les consommateurs. Elle concerne 100% des produits genevois, mais aussi des zones franches.

La traçabilité qui doit permettre de contrôler la filière de production, du champ à l’assiette.

L’équité qui vise à garantir des conditions de travail justes et le respect des conventions collectives. L’équité doit aussi assurer théoriquement un revenu correct du travail agricole.

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