Le décès de Pierre Weiss, «boulimique de la politique», émeut Genève

Carnet noirLe député PLR a succombé vendredi soir au terme d'une maladie supportée avec un "courage exemplaire".

Image: Keystone

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C’est avec tristesse que la Tribune de Genève apprend le décès du député PLR Pierre Weiss, survenu vendredi soir, à l'âge de 63 ans, alors qu'il était hospitalisé dans un centre genevois de soins palliatifs, au terme d'une éprouvante maladie.

Réunie samedi à Brigue (VS), l'assemblée des délégués du PLR suisse lui a rendu hommage. Pierre Weiss avait été vice-président du parti national et restait membre de son comité directeur.

«Dominer la maladie»

«Même si la triste nouvelle était attendue, elle reste un choc, témoigne Alain-Dominique Mauris, président du PLR genevois, joint à Brigue. Pierre Weiss s'est battu ces derniers mois avec un courage exemplaire, mettant tout en oeuvre pour dominer la maladie, pour guérir. Poursuivant son activité politique en dépit de l'épreuve qui était la sienne, il a eu ce ressort qui lui a permis de continuer à profiter de la vie. Ainsi, il a encore pu partager de beaux moments avec ses proches. Moi-même, j'espérais encore récemment sa guérison. Aujourd'hui, la vie l'a quitté, mais c'est la maladie qui meurt aussi...»

Personnalité à facettes, ce libéral pur sucre animait les séances du Grand Conseil depuis 2001. Animer, c’est le mot! L’homme faisait partie de ces «artificiers du parlement» dont les interventions étaient susceptibles de faire dérailler n’importe quel débat. Le regard bleu aigu, la voix haut-perchée, Pierre Weiss épinglait alors l’adversaire avec gourmandise et une mauvaise foi étudiée. Ce qui ne l’empêchait pas de faire preuve, le plus souvent, d’une grande courtoisie envers ses opposants et de rigueur quant aux faits avancés.

Un riche parcours

Longtemps bête noire du Cartel intersyndical, vu ses charges contre les acquis de la fonction publique, considéré un empêcheur de tourner en rond par le Conseil d’Etat, dont il dérangeait les plans avec délice quand il n’en était pas, Pierre Weiss était devenu ces dernières années l’adversaire du Mouvement citoyens genevois (MCG). Président de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et de la section genevoise de l’Association Suisse-Israël, il reprochait au MCG d’être un mouvement fascistoïde et à son leader de baser sa politique antilibérale sur des exagérations, des faits non vérifiés, voire des mensonges. L’opposition était donc ici à la fois de fond et de style. Pierre Weiss avait décidé «de ne rien laisser passer» des arguments de ce parti et menait pied à pied la lutte contre Eric Stauffer. Un fameux débat au parlement lui valut d’être aspergé d'eau par ce dernier.

Né en 1952, marié et père de trois enfants, qu’il évoquait avec fierté, Pierre Weiss a commencé sa carrière sur les bancs du parti libéral, puis sur ceux du PLR, qu’il avait rejoints sans états d’âme. Il aurait pu renâcler pourtant. Dernier président du Parti libéral suisse, il l’a conduit à la fusion avant de devenir, de 2009 à 2012, vice-président du PLR suisse. Sociologue et politologue de formation, titulaire d’une licence en sociologie, d’une licence et un diplôme en sciences politiques, d’un doctorat ès sciences économiques et sociales, Pierre Weiss a fait partie du corps enseignant de l’Université de Genève jusqu’à peu.

En parallèle, entré à la Fédération des entreprises romandes (FER Genève) en 1986, il y a occupé le poste de directeur du Département de la formation professionnelle et continue. A cet égard, il est possible que son parcours, éloigné de celui d’entrepreneur du secteur privé célébré par son parti, lui ait joué des tours dans sa carrière politique, notamment lors de son échec au Conseil national en 2007.

On pourrait égrainer encore longtemps le parcours de cette riche personnalité. Pierre Weiss a tenu la plume dans le journal Entreprise romande et dans les colonnes de notre confrère Le Temps. Il a été adjoint au maire à Soral et a repris en 2013 la présidence de l’Ifage. Apprenant sa maladie en janvier 2013, Pierre Weiss a affronté avec courage les soins et les renoncements qu’elle impliquait. Il a choisi de l’évoquer publiquement à plusieurs reprises. Le 28 mai dernier à la Fusterie, cet optimiste invétéré expliquait encore s’être lancé dans la rédaction «d’une seconde thèse sur la succession épiscopale dans les différentes Eglises catholiques.» L’échéance était fixée à 2017.

«L'épreuve nous a rapprochés»

Même si la triste nouvelle était attendue et redoutée, elle n'en suscite pas moins une émotion certaine au sein du sérail politique genevois, y compris chez les opposants de Pierre Weiss. Président du MCG, Roger Golay en témoigne ainsi: «Je l'ai d'abord connu quand je présidais le syndicat de la gendarmerie et c'était alors un des mes adversaires les plus tenaces, si bien que les contacts avec lui ont été difficiles lorsque j'ai débuté en politique, raconte le conseiller national. Nous nous sommes mieux connus ces dernières années et il nous est même arrivé de partager des idées si bien que j'ai appris à l'apprécier et à admirer sa façon de défendre ses idéaux libéraux. Son combat contre la maladie a été difficile et j'ai été touché par le fait qu'il a partagé ses espoirs et ses peines avec nous, ses collègues élus. Il a fait preuve d'un puissant courage, d'une grande force et d'une résistance admirable face à l'adversité. Cette épreuve a contribué à nous rapprocher. Si chacun savait que ses chances de guérison étaient minimes, il est certain que nous regretterons tous son départ.»

«Je l'ai surtout fréquenté au sein de la commission parlementaire du personnel de l'Etat où nos combats ont été homériques, se souvient la présidente du PS, Carole-Anne Kast. Nos visions du rôle de l'Etat étaient totalement incompatibles et Pierre Weiss, grand orateur sachant défendre ses thèses avec brio, était un adversaire de taille, souvent dur à notre égard. Mais il avait plusieurs facettes. Comme être humain, une fois les débats terminés, il pouvait se montrer charmant, très attentionné envers autrui et faire preuve d'une belle ouverture d'esprit et d'une grande sensibilité. J'ai donc plus apprécié l'homme que le politicien et c'est cette image que je préfère garder de lui.»

Une «passion de la chose publique»

Président du Grand Conseil et camarade de parti du défunt, Antoine Barde évoque sa «grande tristesse»: «Une page du parlement se tourne aujourd'hui avec le départ de cet homme intelligent, brillant et cultivé qui s'est beaucoup impliqué dans la vie politique genevoise et dans celle du Parti libéral, puis du PLR, rappelle Antoine Barde. Tant le parti que le parlement essuient une lourde perte avec le décès de ce boulimique de la politique, de ce travailleur acharné qui a réalisé un boulot phénoménal, comme en assumant, par exemple, la rédaction du rapport sur la nouvelle caisse de pension de l'Etat. Ne craignant ni la lourdeur de la tâche ni la confrontation, doté d'une grande aisance d'expression, il a fait vivre ses convictions au travers de son labeur.»

Autre réaction au sein des rangs PLR, celle de Martine Brunschwig-Graf, présidente de la Commission fédérale contre le racisme, ancienne conseillère d'Etat et ex-conseillère nationale: «Pierre Weiss a terminé son long combat contre la maladie, écrit-elle sur Facebook. Il ne l'a pas vaincue mais il a remporté la victoire la plus importante, celle d'avoir vécu en accord avec ses convictions et sa passion de la chose publique. Beaucoup peuvent témoigner de sa maîtrise redoutable de la rhétorique, de ses multiples actes politiques, de ses combats menés avec force. Mais derrière l'homme politique existait un homme sensible à plein d'autres aspects de la vie, outre l'attachement qu'il portait à ses très proches. De cela, seuls eux pourraient témoigner. Pour ma part je lui dédie cette citation de Virgile: "On se lasse de tout, excepté d'apprendre". Elle me paraît résumer une part importante de sa vie.» (TDG)

Créé: 25.04.2015, 11h33

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