Le cheval, ancêtre des Mouettes genevoises

Anniversaire La société de navigation fête ses 120 ans. Elle a pris le relais d’un bateau hippomobile peu convaincant.

Une gravure d'époque représente le fameux «bateau manège» qui inaugura la traversée de la rade.

Une gravure d'époque représente le fameux «bateau manège» qui inaugura la traversée de la rade. Image: Bibliothèque de Genève

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Il y eut des chevaux, des mouches puis des mouettes. C’est une version peu orthodoxe de la théorie de l’évolution qui semble avoir présidé à l’histoire navale de la rade genevoise au XIXe siècle. La période a vu un navire hippomobile puis des bateaux-mouches offrir leurs services d’une rive à l’autre, avant que les Mouettes genevoises prennent le relais en 1897. Ce 120e anniversaire, la société l’a célébré en début de semaine.

Alors que la ville est encore encerclée de fortifications et ne dispose que des ponts de l’Ile pour passer d’une rive à l’autre, un service régulier est créé en 1825 entre les Eaux-Vives et les Pâquis sous la forme d’un «bateau-manège». Quid? La chose est un gros catamaran dont les deux coques dissimulent une roue à aubes. Celle-ci est actionnée, au moyen d’un engrenage, par quatre chevaux tournant en rond, à l’abri d’un chapiteau, sur la plate-forme reliant les deux coques et sur laquelle voyagent passagers et voitures. Ce curieux moyen de transport assurait un départ par heure de chaque rive et proposait aussi des excursions lacustres en belle saison.

«L’escargot du lac»

Un tel bac hippomobile est alors presque inédit en Europe. Son initiateur, Edward Church, un consul des Etats-Unis en France féru de navigation, vient d’en inaugurer un premier exemplaire sur la Dordogne, près de Bordeaux. A Genève, l’Américain s’associe à deux entrepreneurs locaux pour lancer l’engin. Edward Church n’est pas un inconnu puisqu’en 1823, il a été à l’origine du Guillaume-Tell, premier bateau à vapeur de Suisse, qui assure une liaison entre Genève et Ouchy en quatre heures et demie. La vapeur aura une plus grande longévité que le nautisme équestre. Fiasco financier, le bateau-manège est vendu aux enchères en 1828 et finit sa brève carrière comme pont d’accès au Guillaume-Tell. Le poète genevois Petit-Senn lui dédie une ironique, mais empathique, Oraison funèbre, insistant sur la lenteur du navire qu’il nomme Lambin ou «l’escargot du lac», épinglant aussi d’autres plaies comme «l’odeur du crottin et les cris du cocher», jugé «piaillard».

Ensuite, c’est l’ère du bateau-mouche. Le terme peut évoquer Paris, mais il vient en fait d’un ancien quartier lyonnais, dit de La Mouche, sur la rive gauche du Rhône, où pullulaient les chantiers navals. A Genève, la rade change. En parallèle à l’arrivée du chemin de fer (1858), le vaste port que l’on connaît aujourd’hui est aménagé afin de servir de complément au rail. Lequel impose toutefois sa suprématie. Surmontant cet échec, la rade se trouve une vocation d’agrément durant la dernière décennie du XIXe siècle. La navigation urbaine aurait pu être anéantie par la construction successive des ponts des Bergues (1834) ou du Mont-Blanc (1862). Elle a pourtant survécu.

A leur création en 1897, les Mouettes genevoises constituent la fusion de trois compagnies rivales desservant la rade et reprennent le nom de l’une d’entre elles. Elles arborent aussi durant le XXe siècle une livrée aussi blanche que le ramage de l’oiseau dont elles empruntent le nom.

L’entreprise est rachetée en 1991 par la famille Charrière qui la détient toujours et exploite en parallèle la société à vocation touristique Swissboat. Les Mouettes, elles, sont considérées comme un transport public: subventionnées à ce titre, elles font partie de la communauté tarifaire Unireso depuis sa création en 2001. Elles assurent un service continu toute l’année depuis 2004.

Trafic en augmentation

Forte de quatre lignes et six bateaux (dont deux électrosolaires, une technique initiée en 2003), la compagnie a assuré 1,36 million de voyages en 2016, un trafic en augmentation de 6,2% sur un an, après quatre exercices baissiers. Les deux lignes du centre-ville, des Pâquis aux Eaux-Vives et au Molard, restent les plus courues. Un paradoxe car ce sont les deux autres, reliant le Port-Noir aux Pâquis et à la Perle du Lac, qui présentent l’intérêt le plus manifeste en comparaison avec des transports terrestres.

En fonction des moyens, une cinquième trajectoire pourrait à terme relier le Molard au débarcadère De-Chateaubriand inauguré en 2010 à la Perle du Lac. Deux des trois bateaux historiques en bois devraient être renouvelés d’ici à la fin de la décennie par des tractions électriques.

(TDG)

Créé: 02.06.2017, 17h18

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