«Le charmeur de lézards» est entre de très bonnes mains

VandalismeDéposée, la sculpture du parc Mon Repos est en restauration dans l’atelier du fondeur d’art de Jussy. Visite.

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Deux spécialistes de la statuaire en péril. L’image ci-dessus les montre au travail. Examen externe comme on dit en médecine légale. L’homme à la moustache Belle Epoque (dans son poil, la moustache!) s’appelle Florian Gay. Il dirige la brigade d’entretien monuments et fontaines de la Ville de Genève. L’homme sans moustache porte un nom plus compliqué à écrire: Chojnacki; prénom: David. Il est aussi le seul fondeur d’art sur le territoire genevois. La visite technique se fait chez lui, dans son atelier de Jussy. Elle concerne le fameux Charmeur de lézards, une sculpture du parc Mon Repos, qui a été victime de vandalisme. Il a été déposé au seuil de l’été, après qu’on lui a arraché sa flûte, griffé le dos et enfoncé un cul de cannette dans la cuisse gauche.

Déposé? Le pont roulant sur lequel est suspendue la pièce en bronze fait plutôt dans l’élévation. Environ 300 kilos dans les airs. En trois morceaux solidaires: socle, rocher et corps du jeune flûtiste. On commence par vérifier l’état du noyau – le creux intérieur de la sculpture – pour saluer au passage la qualité des finitions, réalisées dans le dernier quart du XIXe siècle (l’œuvre date de 1885). «C’est forgé et c’est serti, dans les règles de l’art», note le fondeur d’aujourd’hui, attentif au coup de main artisanal qui fait la différence.

On discute ensuite des futurs points d’ancrage, avant de s’arrêter sur la difficulté du jour: l’instrument de musique lui-même. «Peu de chances de retrouver l’original, commente le chargé d’entretien. Il est au fond du lac ou parti avec un lot de ferraille destiné à être fondu.» Le modèle existe, mais sur planche photographique. «Il est assez sommaire, précise David Chojnacki. Son diamètre ne dépasse pas 16 mm. Le problème, c’est qu’il doit passer juste sous la bouche.» Pour l’heure, ça bute à l’entrée du menton. Il faudra peut-être corriger au niveau du bras, des mains ou des doigts.

Bref, la restauration d’une œuvre d’art maltraitée en moins d’une nuit ne se fait pas en un jour. On en profitera pour la laver à l’eau – douche sous haute pression –, la savonner et la dégraisser. Avant de lui appliquer une cire de protection. Là, les deux spécialistes divergent. A la Ville, ce journal s’en est déjà fait l’écho (notre édition du 3 septembre 2015), on préfère l’huile d’œillet, qui «fait briller un peu mais pas trop».

Notre fondeur indépendant a, lui, adopté depuis longtemps la cire à chaussures Kiwi. On les quitte sur cette discussion très professionnelle en se réjouissant d’annoncer le retour prochain du garçon bouclé dans l’espace public. D’ici à la fin de l’année, il charmera à nouveau les lézards en regardant le lac.

(TDG)

Créé: 11.10.2017, 20h23

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