Le canton plébiscite le CEVA. Sauf à Champel

CEVALa liaison ferroviaire est acceptée par 61,2% des votants. Toutes les communes y sont favorables. Les partisans se réjouissent de l’issue de ce vote «historique». Restent encore des recours à traiter.

Image: TG/O. Chiacchia

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Le résultat est sans appel. 61,2% des Genevois ont voté hier en faveur du CEVA. La liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse a été plébiscitée dans toutes les communes, sans exception. Seuls deux quartiers de la ville ont dit non. Champel et Florissant-Malagnou. C’est de là qu’était partie la contestation. Elle n’a pas réussi à passer l’épaule au-delà des beaux quartiers.

Les partisans du projet pouvaient hier pousser un grand soupir de soulagement. Rarement un projet aura représenté de tels enjeux pour Genève et sa région, rarement une campagne aura été autant disputée et le dénouement aussi incertain. «Les plus optimistes tablaient sur un oui à 55%, rappelle le conseiller d’Etat Mark Muller. Le résultat va bien au-delà des espérances.»

«C’est un vote historique, se réjouit Guy Mettan, président d’Alp-Rail. Il dénote un changement d’esprit des Genevois.» Le député place ce vote parmi les grands moments de l’histoire du canton. «Chaque fois que Genève était confronté à son développement, des voix se sont élevées pour dire: «On n’est plus chez nous.» Mais aujourd’hui, nous avons abattu les murailles qui nous séparaient d’une collaboration avec la France voisine.»

Elisabeth Chatelain, partisane de la première heure, rappelle à quel point la campagne fut «dure, très démagogique. De gros mensonges ont été proférés. Les opposants ont eu le vote qu’ils réclamaient et que j’ai moi-même souhaité. J’espère maintenant que les recours seront rapidement levés et que nous pourrons travailler ensemble pour l’avenir de la région.» C’est aussi le vœu du conseiller d’Etat Mark Muller (lire ci-dessous).

Il n’est pas certain que les opposants l’entendent. Hier, ils se montraient très remontés, notamment contre les médias, jugés trop partiaux. Wolfgang Peter a dénoncé la prise de position de la Tribune de Genève. «Un journal qui a un tel poids a-t-il le droit de prendre pareillement position? C’est une question que nous allons examiner. Pour le reste, nous resterons très vigilants vis-à-vis de ceux qui assurent que les crédits ne vont pas augmenter. Et nous les mettrons devant leurs responsabilités.»

Des communes plus ou moins enthousiastes

Mark Muller a tenté de rassurer les habitants de Champel. «Nous prendrons toutes les mesures possibles pour limiter l’impact du chantier. Une fois le CEVA réalisé, je suis convaincu que les riverains apprécieront d’habiter près d’une gare.»

Les communes ne soutiennent pas le projet avec le même enthousiasme. Le CEVA a été le plus soutenu à Gy, Hermance ou Troinex. Des communes qui voient dans le RER l’espoir de se voir débarrassées d’une partie du trafic pendulaire auquel elles sont confrontées. Les villages du Mandement y sont aussi très favorables. Ils connaissent déjà les avantages d’un train régional. Avec 81% de oui, les Suisses de l’étranger sont les plus fervents partisans du CEVA. Pas étonnant puisqu’une partie d’entre eux logent en France voisine. A l’inverse, Vernier, Meyrin ou Onex ont voté oui avec davantage de réticences. La forte présence dans ces communes du MCG et de l’UDC, opposés au projet, peut expliquer cette tiédeur.

Objectif: commencer les travaux en 2010

Le scrutin d’hier a levé un obstacle majeur sur les rails du futur RER: le projet a reçu pour la première fois une bénédiction populaire et le financement cantonal de ses surcoûts est assuré. Mais le CEVA n’est pas encore au bout du tunnel.

D’une part, la Confédération, qui paie 57% du projet, doit encore mettre sous toit le financement de sa propre rallonge — quelque 280 millions de francs. «Diverses sources financières et plusieurs façons de procéder sont envisageables, a expliqué hier le conseiller d’Etat chargé des Constructions, Mark Muller. Mais le principe de ce financement fédéral n’est pas remis en cause. Il y a en outre une volonté partagée de Berne,de Genève et des CFF d’aller de l’avant.»

Plus ardu encore, l’obstacle juridique. Cinquante-six recours sont encore pendants devant le Tribunal administratif fédéral (TAF), qui a refusé de lever leur effet suspensif. Refus confirmé ultérieurement par l’instance supérieure, le Tribunal fédéral (TF). Le Conseil d’Etat a annoncé hier sa volonté de revenir à la charge. Les maîtres d’œuvre ont en effet progressé dans l’exécution des quelque 300 charges qui grèvent l’autorisation de construire. Or, ces charges constituaient l’un des motifs du refus des juges fédéraux: rien ne justifiait une exception à la règle de l’effet suspensif des recours, vu que le chantier ne pouvait de toute façon pas démarrer.

L’autre voie possible est d’obtenir un retrait des recours. L’Etat garde bon espoir en ce qui concerne une majorité d’entre eux. Des négociations sont en cours. Dans le crédit voté hier, les députés ont ajouté 5 millions et demi pour financer des mesures d’isolations supplémentaires: cela pourrait susciter des bonnes volontés! Mais, selon Mark Muller, une quinzaine de recourants sont «opposés par principe au CEVA». On peut prédire que ces procédures se poursuivront jusqu’à leur terme, avec possibilité d’actionner encore le Tribunal fédéral. Mais dans ce dernier cas, l’effet suspensif est l’exception.

Le vote d’hier pourrait en outre inciter les juges à refaire du CEVA un dossier prioritaire dans leur agenda. Par ailleurs, les recours sont surtout fondés sur la législation environnementale. Or, le spécialiste en la matière — l’Office fédéral de l’environnement — les a jugés infondés. Mark Muller garde donc l’espoir de lancer le chantier l’an prochain. Une mise en service serait alors envisageable en 2016. (TDG)

Créé: 08.12.2011, 17h57

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