«Le Pays de Gex n’est pas un repaire de riches!»

InterviewLe président du Département de l’Ain veut redonner une place de choix au Pays de Gex.

Damien Abad: «On ne construit pas une relation de partenariat en demandant uniquement à la Suisse de passer à la caisse. Il faut se remettre autour de la table.»

Damien Abad: «On ne construit pas une relation de partenariat en demandant uniquement à la Suisse de passer à la caisse. Il faut se remettre autour de la table.» Image: Lucien Fortunati

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Damien Abad, député Républicains, a pris la tête du Conseil départemental de l’Ain à l’issue des élections de mars 2015. Son arrivée marque un virage à droite du Département, jusque-là dirigé par les socialistes. Et pourrait être synonyme de grand chambardement pour le Pays de Gex, à en croire le nouveau président.

Damien Abad, depuis le début de votre mandat, vous insistez sur l’importance du Pays de Gex pour le Département de l’Ain, et vice versa. Pourquoi?

Jusque-là, le Pays de Gex n’a pas eu la place qu’il méritait. C’est pourtant un lieu fondamental pour le Département, tant par son poids économique que par sa position géographique qui en fait un carrefour stratégique. Or, ce poumon économique a été plus ou moins déconsidéré surtout lors de la précédente mandature. Notre volonté est de mettre le Département au service du Pays de Gex et à l’inverse, le Pays de Gex a besoin d’un département fort.

Comment se traduit cette volonté politique?

J’ai effectué mon premier déplacement en tant que président dans le Pays de Gex. De plus, alors même que le nombre de vice-présidence a été réduit, deux élus du Pays de Gex, soit Gérard Paoli et Véronique Baude, se sont vu confier deux de ces postes, dont le développement économique.

Le Pays de Gex n’a-t-il pas les moyens d’être autosuffisant?

Il faut en finir avec l’image de ce secteur comme celui d’un repaire de riches qui n’a pas besoin d’aide financière publique. Il y a de fortes disparités sur place. Et le Département a un rôle à jouer notamment sur la question du logement, à travers des projets immobiliers mêlant logement social et accès à la propriété à prix modérés.

Quels projets soutenez-vous?

Le bus à haut niveau de service (BHNS) de Ferney est une priorité. On peut aussi citer l’incubateur InnoGex et le tram-train de Saint-Genis-Pouilly. Concernant le BHNS, je me suis battu pour qu’il soit inscrit au contrat de plan Etat région (CPER). Dans la première mouture, il n’y avait aucun projet du Pays de Gex. Nous sommes en train de renégocier pour y inscrire le BHNS. La Région contribuerait ainsi à hauteur de 2 millions d’euros. Le reste serait financé par le Département par le biais de la compensation financière genevoise.

Et le tram de Saint-Genis?

Je suis favorable à ce projet mais à condition que l’on trouve un accord avec les Suisses. Je ne le financerai pas sans eux. Je pense qu’il y a eu des maladresses dans la façon de s’adresser à Berne. On ne construit pas une relation de partenariat en demandant uniquement à la Suisse de passer à la caisse. Il faut se remettre autour de la table.

Les fonds frontaliers ne sont-ils pas suffisants pour financer tous ces projets?

Il faut bien comprendre l’esprit de la Compensation financière genevoise (CFG). Il s’agit de compenser le fait que les entreprises suisses bénéficient d’une main-d’œuvre dont la formation a été payée par la France. Je souhaite, comme mon homologue haut-savoyard Christian Monteil, que les accords de 1973 soient gravés dans le marbre. Par ailleurs, ces fonds doivent servir à des projets d’investissements structurants. Trop souvent, ils ont été utilisés pour des dépenses de fonctionnement courantes, du saupoudrage. Nous sommes prêts à ce qu’ils financent de l’investissement, mais nous devons obtenir la garantie de la stabilité et de la pérennité de ces fonds.

Faites-vous allusion à la Réforme territoriale qui pourrait avoir des conséquences sur la gestion des fonds frontaliers?

En effet. Or, je pense que le Département doit continuer à gérer la CFG. C’est lui qui aménage le territoire. Le tram de Saint-Genis, pour ne prendre qu’un exemple, ne sera jamais défendu à l’échelon d’une région, dont les centres décisionnaires seront Lyon et Clermont-Ferrand. Genève a aussi tout intérêt à ce que cela reste aux mains du Département. (TDG)

Créé: 01.09.2015, 18h09

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Contrôler les plaques

La Haute-Savoie s’est impliquée dans le dossier des faux résidents secondaires, qui habitent en France voisine et déclarent résider en Suisse. On a peu entendu l’Ain. Vous n’êtes pas concernés?

Malheureusement si. On estime que 20?000 personnes sont dans cette situation, sur les deux départements. Il faut que tout le monde prenne conscience que, pour les communes, c’est la double peine. Elles ne touchent ni les fonds frontaliers ni la dotation globale de fonctionnement sur cette part de leur population. Or, tout le monde a intérêt à préserver le cadre de vie, la qualité de services.

Que proposez-vous?

L’Ain va monter en puissance dans ce dossier. J’ai alerté le préfet afin qu’il saisisse la Commission nationale de l’informatique et des libertés pour savoir jusqu’où on peut aller en matière de confidentialité des données et dans les échanges avec Genève. De plus, le conseil départemental travaille sur des solutions concrètes, tel que le contrôle des plaques d’immatriculation des voitures traversant la frontière par une société privée.

On pourrait vous reprocher de lancer une chasse aux sorcières?

C’est une question de justice sociale. Il ne peut pas y avoir deux poids, deux mesures. A mon arrivée, j’ai mis en place une brigade antifraude au RSA (revenu de solidarité active) afin de lutter contre la fraude aux prestations sociales. L’idée n’est pas de stigmatiser les pauvres mais de sanctionner les tricheurs. C’est le même état d’esprit qui prévaut pour la lutte contre les faux résidents secondaires.
M.P.

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