Le Grand Théâtre veut encadrer les notes de frais

GenèveLe directeur Aviel Cahn est confronté à des problèmes de fonds et de travaux. Un rapport établit la nécessité d’adopter des règles. Interview.

Le directeur du Grand Théâtre, Aviel Cahn: «Le bâtiment connaît encore des maladies d’enfance.»

Le directeur du Grand Théâtre, Aviel Cahn: «Le bâtiment connaît encore des maladies d’enfance.» Image: Keystone

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Voyages, achats, repas: les notes de frais des employés du Grand Théâtre ont récemment été passées à la loupe. Un rapport sur leurs dépenses, commandé par l’ancienne direction et que la «Tribune de Genève» demande à consulter depuis trois mois, se trouve entre les mains du conseil de fondation. Si celui-ci ne dénonce pas d’importantes fraudes, il met en lumière un manque de règles. À l’heure où une rallonge de 3,2 millions de francs va être votée par le Conseil municipal de la Ville, sans oublier le budget 2020, ce document ne devrait-il pas être rendu public? Entretien avec le nouveau directeur de l’institution, Aviel Cahn.

Que contient ce rapport sur les notes de frais?
Il a été demandé par l’ancienne direction, dans une volonté de gérer l’institution de manière plus moderne et plus transparente. Il ne révèle pas d’abus, de fraudes ou d’irrégularités qui demanderaient des sanctions immédiates. Mais il montre qu’il faut mettre en place des règles, des standards, des contrôles améliorés. C’est davantage une question de déontologie, de méthodologie et de bonnes pratiques.

Le système actuel n’est-il pas suffisamment clair?
En termes de frais, la gestion d’un théâtre est complexe. Parfois, les employés doivent faire des achats urgents pour une production. Ils n’ont pas toujours la possibilité de passer devant le directeur général pour approbation. Il y a beaucoup de déplacements, notamment pour le ballet, qui est en tournée quasi permanente. Mais aussi des repas, évidemment, avec des chefs d’orchestre par exemple. Il y a donc des frais, des forfaits journaliers… Mais il est vrai que le système actuel est trop nébuleux.

Que faire pour y remédier?
Nous voulons nous calquer sur le règlement sur les frais du personnel de la Ville de Genève, qui vient d’être présenté. Des postes manquent aussi dans notre administration, en termes de contrôle interne. Mais ces choses prennent du temps. Ce que je peux vous dire, c’est que les dépenses concernent une vingtaine d’employés et ne représentent pas de grosses sommes, au regard du budget général de l’institution, à savoir plus de 60 millions de francs. On parle d’environ 400 000 francs sur une année et demie, incluant les frais fonctionnels et de représentation, et ce pour deux directions en même temps, vu la phase de transition. En comparant avec la Belgique, d’où je viens, je ne trouve pas cela inquiétant.

La Ville s’apprête à voter une rallonge de 3,2 millions de francs, sans oublier votre budget 2020. Ne devrait-elle pas connaître les détails de ce rapport?
Celui-ci n’est pas encore finalisé. Nous voulons présenter un dossier complet, approfondi. Il s’agissait à la base d’un document de travail, qui ne pouvait être transmis, et non d’un véritable audit comme ceux présentés par la Cour des comptes. Et pour l’heure, nous avons des chantiers plus urgents. Nous devons notamment mettre en place la nouvelle direction, développer l’offre gastronomique de notre institution ou encore finaliser les travaux.

Et si les élus vous refusent ce crédit?
Je suis convaincu qu’il existe une majorité politique pour combler ce déficit structurel, qui est dû notamment à la suppression de la subvention cantonale. On ne peut plus continuer comme cela: le Grand Théâtre a trop souffert de guerres politiques. Il mérite une situation stable et de revenir à une certaine normalité. Ce n’est qu’ainsi qu’on pourra lui donner de nouvelles perspectives, modifier son image en rajeunissant le public comme je tente de le faire. Je veux mettre le Grand Théâtre dans une nouvelle lumière. Si on ne m’en donne pas les moyens, je ne sais pas ce que je fais ici. Je ne suis pas venu pour redimensionner une institution en chantier.

On dirait que vous êtes déçu…
J’ai eu des mauvaises surprises. On m’avait promis une institution financièrement équilibrée car tout fonctionnait, avec un bâtiment fraîchement rénové. Ce n’est pas le cas. Il manque trois millions de francs pour le fonctionnement et il existe une liste de travaux qui doivent encore être finalisés. Le bâtiment connaît encore des maladies d’enfance. Tout cela va encore me peser en 2020. Le Grand Théâtre et la Ville de Genève continuent, malheureusement, à dépenser de l’argent pour cela.

Avez-vous des exemples?
Il y a eu deux déluges sur le plateau! Cela signifie des compromis avec les assurances, mais aussi des heures en plus pour les techniciens, qu’on ne peut pas toujours remplacer. Et tous ces problèmes pourraient retomber sur les frais de la fondation.

Pourquoi ne pas vous tourner vers les fonds privés?
J’ai déjà fait un important effort auprès de nos sponsors pour la saison 2019-2020. Mais les mécènes privés ne veulent pas financer le fonctionnement, seulement les projets artistiques d’excellence. Si nous n’avons pas les fonds nécessaires, nous risquons la médiocrité. Et le Grand Théâtre est trop important, trop grand, trop coûteux pour s’en contenter. Et ce n’est pas ainsi que nous attirerons un nouveau public.

Créé: 06.11.2019, 07h00

Premier feu vert pour la rallonge

La Commission des finances du Conseil municipal a accepté, la semaine dernière et à l’exception d’Ensemble à Gauche, le crédit supplémentaire de 3,2 millions de francs destiné à couvrir le déficit de la saison 2018-2019 et celui de la saison 2019-2020 du Grand Théâtre. Le budget de l’institution a en effet été privé de la subvention cantonale de 3 millions de francs en 2017. Mais ce n’est pas tout: viennent s’ajouter à cette dernière une billetterie décevante pour 2018-2019 ou encore les surcoûts générés par le retard du chantier de rénovation. À noter qu’un crédit extraordinaire avait déjà été accepté par les élus de la Ville en automne 2018.

Le projet plébiscité par les commissaires prévoit une clause d’urgence car cette aide financière doit arriver vite pour éviter les chiffres rouges. Cette dernière, si elle est votée par au moins deux tiers du parlement municipal, empêchera tout référendum, selon l’article 32 de la loi sur l’administration des communes (LAC). La proposition devrait être votée lors la plénière de décembre.

Rappelons que chaque année, la Ville subventionne le Grand Théâtre à hauteur de 44 millions de francs. Toutefois, certains élus regrettent de ne pas avoir accès aux comptes détaillés
de l’institution, notamment au salaire de la direction. Combien le patron du Grand Théâtre touche-t-il, par exemple? Il ne nous le dira pas. «Cela ne se fait pas. Mais en tant que vice-président de l’association Opera-Europa, je peux vous dire qu’en comparaison d’autres directeurs européens ou aux États-Unis, ma rémunération n’a rien d’un scandale.»
CH.D.

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