La vague des affaires déferle. Avec effet #MeToo

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C’est un tsunami d’affaires d’argent et de cadeaux qui déferle sur les bords du Léman. Nous avons passé en mode autoalimentation. De Broulis, on passe au voyage Maudet puis à l’écart Savary avant de revenir à Genève avec les vacances de Barazzone qui est également la tête de pont du scandale des notes de frais, lequel, depuis hier, éclabousse aussi d’anciens élus à l’Exécutif de la Ville. Ainsi le très dépensier Manuel Tornare confirme que l’argent n’a pas d’odeur et que le scandale politique n’a pas de couleur. Une affaire de personnes dans un système malade.

La sanction qu’elle s’est infligée est en décalage avec l’échelle, même la plus exigeante, des valeurs politiques

Perquisitions, enquêtes, informations. Les médias se passent la balle des révélations et le citoyen contribuable la regarde passer en se tapant la tête contre les murs. Les dysfonctionnements de nos élus s’étalent ici avec la viralité et la puissance du phénomène #MeToo. Avec ses excès aussi, ses dérapages et ses raccourcis ravageurs. La cupidité a remplacé le sexe. Au «tous abuseurs» qui s’est quasi instantanément propagé à Hollywood répond le «tous pourris» en nos modestes contrées. Alors l’est-elle vraiment, «toute pourrie», cette classe politique qui semble toucher le fond? En ces moments d’emballement, la tentation est évidemment à la généralisation et aux procès de comptoir ou, pire, de réseaux sociaux. Le «tous pourris» répond à ce sentiment diffus que dans ce monde un peu fou, plus rien n’est sous contrôle, que le voisin est un arnaqueur en particulier s’il est politicien. Y croire, c’est jouir d’un délicieux moment de déculpabilisation doublé du soulagement offert par quelques injures libératoires lancées à la cantonade: «tous pourris»! Eh bien non, évidemment. Il devient urgent de s’intéresser au détail et d’user de bon sens avant que les plus vertueux serviteurs du public, au niveau national comme dans les communes, ne finissent par poser les outils de dépit. Fuyons l’amalgame. Ainsi, rien ou si peu rapproche Géraldine Savary de Pierre Maudet. La première n’a très vraisemblablement, en l’état des connaissances, rien commis de juridiquement répréhensible; les montants liés à ses voyages partiellement offerts sont ridicules (environ 500 francs pour l’invitation par Frederik Paulsen à Grenade). Et surtout, elle n’a pas menti, n’a pas monté de stratagème et ne s’est pas rendue hypercorruptible, cela à la grande différence du conseiller d’État genevois.

Le premier tort de la socialiste est d’avoir frayé avec un milliardaire. Faute de goût, péché de classe. C’est de ses propres rangs principalement qu’est venue cette intenable pression qui lui a fait découvrir qu’elle n’était pas «en titane». Et puis il y a ce sentiment clairement exprimé d’avoir transigé sur ses propres standards. Quand ses virils compagnons d’«affaires» s’indignent, torse bombé, en s’enfonçant dans le déni, elle choisit le hara-kiri. Elle se voit emportée par la «spirale des affaires» plutôt que par la gravité de ses actes. Femme de tête qui donne la leçon aux hommes. Courageux, mais regrettable et contre-productif. La sanction qu’elle s’est infligée est en décalage avec l’échelle, même la plus exigeante, des valeurs politiques. Son cas n’est donc pas exemplaire. Car jugé à l’aune de Géraldine Savary, les parlementaires à la solde des lobbies n’auraient plus qu’à démissionner en bloc, ou presque.

Et pendant ce temps-là, Pierre Maudet, discret, profite de la vague. La déferlante des nouvelles affaires fait oublier (un peu) la sienne. En attendant que l’eau se retire. (TDG)

Créé: 08.11.2018, 17h13

Pierre Ruetschi est un ancien rédacteur en chef de la Tribune de Genève, A compter de ce vendredi, il signe dans nos colonnes une chronique hebdomaire.

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