La tuerie de 1932 exhumée

Histoire genevoiseLe Centre d’iconographie a retrouvé des images de la fusillade qui a fait 13 morts

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C’est un bain de sang qui reste comme l’événement le plus dramatique du XXe siècle genevois. Le 9 novembre 1932, à 21 h 34, l’armée ouvre le feu sur la foule à l’extrémité sud de la plaine de Plainpalais, faisant 13 morts et des blessés par dizaines. Sur ordre du gouvernement genevois, les militaires étaient intervenus face à une contre-manifestation de gauche, en réaction à une réunion fasciste. Parmi les victimes, on compte des militants, mais aussi de simples passants.

La nouvelle revue Passé simple, vouée à l’histoire romande, vient de mettre au jour des photographies montrant les heures qui ont suivi le massacre. Commandées par un particulier à un photographe professionnel, Max Kettel, ces images ont été débusquées par le Centre d’iconographie genevoise.

«Elles ont été retrouvées dans une enveloppe, au fond d’une armoire, et proviennent d’un fonds privé (et non pas des archives du photographe), ce qui laisse penser qu’il s’est agi d’un travail de commande, explique Justin Favrod, rédacteur en chef de Passé simple. Les légendes de l’époque qui accompagnent ces images sont peu favorables aux manifestants, mais on sent que le photographe a voulu dévoiler toutes les facettes de l’événement, par exemple en montrant les impacts des balles.»

Ces traces retrouvées dans les murs et les vitrines illustrent la violence de la fusillade où, selon l’auteur du dossier, l’historien Pierre Jeanneret, sont tirées en quelques secondes «102 cartouches de fusil, 30 de fusil-mitrailleur (en rafale) et 15 de pistolet». Selon le même auteur, les manifestants avaient certes rudoyé quelques soldats, lorsque ceux-ci se sont fait intimer l’ordre de traverser la foule, et avaient saisi des fusils qu’ils ont brisés, sans les retourner contre la troupe. «A l’époque, la gauche avait dénoncé un complot à son encontre, tandis que la droite parlait d’une révolution matée, mais l’analyse que nous publions tend plutôt vers une suite de maladresses et d’incompétence de la part du gouvernement genevois et des militaires», commente Justin Favrod.

Ce dossier est le point fort du premier numéro de la revue Passé simple, qui vient de sortir de presse après un numéro de lancement paru en décembre. Spécialisé dans l’histoire des cantons romands et rédigé surtout par des historiens et archéo­logue, ce mensuel a déjà trouvé la moitié des 3000 abonnés qu’il espère conquérir.

Né à Genève en 1902, le photographe Max Kettel a 30 ans quand il capture sur pellicule ces événements dramatiques. Il cofondera en 1948 l’association genevoise des reporters-photographes et sera ensuite, jusqu’à sa mort en 1961, le président de cette corporation professionnelle au niveau national.

Site internet de la revue: www.passesimple.ch (TDG)

Créé: 13.02.2015, 07h46

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