La solitude des fans romands de Johnny

TémoignagesL’artiste avait ses fans clubs officiels en Suisse romande et une foule d’anonymes pour l’admirer. «C'est une belle époque qui fout le camp».

Vidéo: Frédéric Thomasset

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Peu d’artistes sont entrés à ce point dans la vie des gens. À les entendre évoquer les concerts de Johnny «impossibles à rater», les tatouages sur la peau ou le portrait cousu sur le blouson, c’est bien plus que la mort d’un chanteur que ces fans pleurent.

Depuis mercredi matin, ces hommes et ces femmes se sentent un peu plus seuls. «Je suis incapable d’écouter l’une de ses chansons en ce moment, confie Valérie, mère de famille. Je ne sais pas quand je vais pouvoir remettre un disque.» En revanche, elle assure qu’elle n’a pas pleuré, à 3 h du matin, quand elle a été réveillée par une notification push annonçant le décès.

Chez elle comme chez beaucoup d’autres, l’admiration pour Johnny Hallyday s’est transmise de mère en fille. «Ma maman était jeune en même temps que lui, elle a toujours chanté ses chansons à la maison. Maintenant, c’est moi qui les transmets à ma fille adolescente. Elle les connaît toutes, mais ne les aime pas…» rigole la Genevoise qui n’a raté aucun de ses concerts au bout du lac.

Son souvenir le plus marquant, Valérie n’a aucune peine à le citer: le concert donné au parc des Eaux-Vives, il faut le dire, raté puisque l’artiste s’était présenté sur scène passablement aviné. «Nous avions appris qu’il avait siroté du rosé à la Réserve durant toute la journée. Le soir, on se disait: ce n’est pas possible, c’est pas lui. Mais on lui a pardonné.» Quand on lui fait remarquer qu’elle emploie le pronom personnel «on», Valérie évoque une «communauté».

Le Perfecto, la voix, la démarche

Ces gens-là ne se connaissent pas forcément, mais partagent une profonde nostalgie. Pour Mary, 50 ans, avec la mort de Johnny «c’est une belle époque qui fout le camp». Le son de ces deux syllabes qu’elles croyaient immortelles la ramène tout droit dans ses plus belles années. «J’étais au Cycle de la Gradelle, nous étions toute une bande, une dizaine de copains: on s’appelait la bande à Johnny. Chacun avec son Perfecto noir et le portrait de Johnny cousu dans le dos… On roulait sur nos boguets… les garçons essayaient d’imiter la démarche de Johnny, chantaient ses chansons en imitant sa voix.»

Il faudrait un espace infini pour raconter les souvenirs et les états d’âme des fans genevois. Pourtant, ces derniers ne disposent pas d’une organisation locale. Le fan-club officiel le plus proche se trouve à Yverdon-les-Bains. Au bout du fil, la voix de son président chevrote. «À 3 heures du matin, j’ai reçu un coup de fil et j’ai crié un gros «merde» qui a réveillé mes voisins. Ma voisine est venue me demander ce qui n’allait pas.» Désormais, Michel Dubey, président du fan-club Johnny Hallyday du Nord vaudois ne sait que répondre à toutes ces questions. «Les journalistes, les membres du club me demandent tous ce que je vais faire du club: je n’en sais rien. Je ne suis pas bien», dit-il.

La boutique Johnny à Yverdon

Le sexagénaire a consacré les deux tiers de sa vie à Johnny. «Ça a commencé il y a quarante ans. Je suis allé jusque dans les Vosges pour monter une tente pour l’un de ses concerts et assurer la sécurité.» Puis est venue l’idée de créer un club dans sa région. «Je me suis battu durant seize ans pour obtenir l’officialisation. Chaque fois que j’essayais de rencontrer les bonnes personnes, son entourage changeait et il fallait tout recommencer.»

Entre-temps, l’ancien chauffeur-livreur a même tenté d’ouvrir une boutique de produits de la marque dérivée Western Passion-Johnny Hallyday dans sa ville, Yverdon. «J’ai dû fermer après dix-huit mois.»

Reste alors le fan-club officiel, fort de 120 membres aujourd’hui. Et sur la peau de Michel Dubey, le nom de son idole tatoué depuis qu’il est gamin. «En découvrant ce que j’avais fait, mon père m’a foutu une grosse raclée.»

Depuis, le Vaudois a reproduit les tatouages de Johnny — le loup et l’Indien Navarro — sur sa peau. Il n’a pas eu d’enfants, mais si cela avait été le cas, il promet qu’il les aurait appelés David et Laura.

Les Genevois réagissent au décès de Johnny (TDG)

Créé: 06.12.2017, 16h03

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