La rue du Rhône subit l’impact d’une purge à Riyad

Arabie saouditeLa haute joaillerie peine à s’écouler depuis que les clients saoudiens manquent à l’appel. Les financiers sont également touchés

Les boutiques de luxe de la rue du Rhône.

Les boutiques de luxe de la rue du Rhône. Image: Laurent Guiraud

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Solide mois de novembre pour les exportations genevoises. Elles ont augmenté de 7% sur un an, ont annoncé les douanes jeudi. Parmi les principaux pays partenaires du canton, partout, elles sont en hausse. Partout ou presque: en Arabie saoudite, une chute de 40% est enregistrée.

Elle fait suite à une baisse plus spectaculaire encore en octobre dans le royaume. L’Arabie saoudite est un partenaire clé. Aucun autre canton n’y a autant exporté que Genève l’an dernier. Le bout du Léman y écoule surtout des bijoux et des montres (voir infographie).

Lutte contre la corruption

Difficile de ne pas voir un lien entre le ralentissement des échanges ces derniers mois et le combat contre la corruption que mène depuis cet automne le prince héritier, Mohammed ben Salmane.

Début novembre, plus de 200 personnalités parmi les plus riches du royaume ont été arrêtées et placées dans une prison dorée, le Ritz-Carlton de la capitale saoudienne. La plupart ne pourraient en sortir sans avoir payé une amende salée, selon la presse anglo-saxonne. Les autorités entendraient récupérer des centaines de milliards de dollars qui échapperaient au Trésor public en raison de la corruption.

«Un mal supplémentaire»

«C’est un mal supplémentaire pour nos affaires», estime un célèbre joaillier de Genève à propos des événements en Arabie saoudite. «Après le blocus en Russie, les purges en Chine et les bas cours du pétrole au Moyen-Orient, c’est autour de nos plus grands clients d’être touchés», regrette-t-il.

Certains commerçants y voient un cycle difficile comme le secteur en a déjà connu, et prennent leur mal en patience. D’autres constatent que les commerces concurrents foisonnent désormais au Moyen-Orient. Les Saoudiens n’ont pas attendu la campagne anticorruption des autorités pour freiner leurs ardeurs à la rue du Rhône. Ceux qui jadis venaient régulièrement faire des emplettes records l’avaient déjà largement désertée cet été, dans le sillage des bas cours du pétrole. Horlogers, bijoutiers, joailliers mais aussi hôteliers et loueurs de limousines encaissent le choc.

Les banques, elles, seraient empruntées, alors que près de 200 milliards de dollars de clients saoudiens reposeraient en Suisse, selon une étude de l’économiste Gabriel Zucman. Que faire si un client ordonne, de Riyad, un important transfert dans ce contexte? Les quelques banquiers qui ont été d’accord de commenter disent qu’ils refuseraient l’ordre, le client étant peut-être contraint d’agir par le pouvoir. A Genève, des banques américaines auraient engagé des détectives pour voir ce que font les concurrents en pareil cas.

Comptes bloqués

L’Arabie saoudite a annoncé avoir fait bloquer près de 400 comptes bancaires dans le monde. Des établissements ont approché le Bureau de communication en matière de blanchiment d’argent (MROS); le Ministère public de la Confédération (MPC) a fait part de plusieurs annonces reçues. Mais aucune demande d’entraide judiciaire n’a été formulée depuis Riyad jusqu’à présent.

Certains ne s’en étonnent pas: le royaume a un besoin urgent d’argent, or les séquestres bancaires en Suisse engendrent de procédures très longues.

Fin novembre, le prince Miteb, fils de l’ancien roi Abdallah, aurait déboursé plus d’un milliard de dollars pour sortir du Ritz-Carlton, selon des sources gouvernementales à Riyad. Son «family office» est basé à la rue du Rhône, a appris la Tribune de Genève. Créée en 1996 par des anciens banquiers new-yorkais, et gérée actuellement par des banquiers et des avocats, la société s’occuperait de l’argent de plusieurs autres fils de l’ancien roi arrêtés dans le cadre des purges. Contacté, son directeur n’a pas répondu.

Family offices voisins

La fortune du plus connu des prisonniers du Ritz-Carlton saoudien, Al-Walid ben Talal, serait également gérée au sein d’une banque à Genève, toute proche de la rue du Rhône, selon nos sources. L’arrestation du multimilliardaire début novembre aurait d’ailleurs eu un impact très négatif sur ses affaires, selon le Financial Times. Une cadre de la banque admet suivre de près l’actualité en Arabie saoudite, sans commenter davantage. Al-Walid bin Talal, un habitué des Alpes valaisannes, a longtemps été le propriétaire de l’Hôtel des Bergues à Genève. Le propriétaire du Grand Hôtel Kempinski, le Saoudien Abdulmohsen Al AlSheikh a lui aussi été arrêté à Riyad. (TDG)

Créé: 22.12.2017, 18h05

Articles en relation

Le propriétaire du Grand Hôtel Kempinski a été arrêté

Arabie saoudite Abdulmohsen Al AlSheikh a été pris dans une vague d’arrestations à Riyad. Le Royaume dit lutter contre la corruption. Plus...

Une purge à Riyad fait frémir Genève

Corruption En Arabie saoudite, des centaines d’hommes richissimes ont été arrêtés pour corruption. Grosses conséquences dans le canton. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Tunisie: un projet de loi veut que les femmes héritent autant que les hommes
Plus...