La règle en matière d’animations lumineuses est-elle la même pour tous?

Les installations lumineuses sont soumises à de fortes contraintes. La façade de l’hôtel des Bergues fait exception.

L’hôtel des Bergues a illuminé sa façade dans le cadre du Geneva Lux Festival. Admiratifs, certains artistes se demandent pourquoi, généralement, les autorisations sont délivrées de manière beaucoup plus rigide.

L’hôtel des Bergues a illuminé sa façade dans le cadre du Geneva Lux Festival. Admiratifs, certains artistes se demandent pourquoi, généralement, les autorisations sont délivrées de manière beaucoup plus rigide. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Il est difficile d’imaginer un lieu plus visible à Genève. La façade de l’hôtel des Bergues, le palace genevois qui se trouve en face du pont du Mont-Blanc, est illuminée par une animation visuelle (mapping) tous les soirs jusqu’au 13 janvier, dans le cadre du Geneva Lux Festival de la Ville de Genève.

Des conducteurs partagent sur les réseaux sociaux des photos ou des vidéos de cette animation prises de leur voiture. De leur côté, certains artistes, quoique admiratifs, s’étonnent que l’animation ait pu recevoir une autorisation étant donné la distraction qu’elle peut représenter pour les automobilistes. Selon certains d’entre eux, Genève appliquerait la loi fédérale (lire encadré) de manière plus rigide que d’autres cantons.

Genève plus stricte?

Dan Acher est l’un d’eux. Pour son installation lumineuse et sonore Street Light Orchestra, au mois de novembre au parc des Bastions, le fondateur du Happy City Lab (à l’origine de manifestations comme Cinétransat, Jouez je suis à vous, etc.) a dû procéder à plusieurs ajustements. «On a eu de longues discussions pour que l’endroit ne soit pas visible depuis la route. Au départ, c’était prévu devant les grilles du parc des Bastions, ce qui a été refusé. Et même une fois derrière les barrières, nous avons dû trouver des positions pour que cela soit le moins visible possible depuis la rue. Personnellement, je suis heureux que ces projections aient lieu et je pense que la loi est désuète.»

La même installation s’est déployée plus facilement dans le canton de Vaud. «À Lausanne, elle est place Bel-Air, juste au-dessus du quartier du Flon. C’est un endroit très exposé avec des bus, des voitures, des piétons», fait remarquer Dan Acher.

Cette idée qu’il existerait une différence de sensibilité intercantonale n’est pas totalement partagée par Julien Finkbeiner, directeur de Lausanne Lumières et ancien directeur d’Arbres et Lumières à Genève. «Je ne dirais pas que Lausanne est plus permissive. À Genève, je n’ai pas expérimenté de problème particulier si ce n’est qu’il existe une sensibilité par rapport à tout ce qui clignote. Peut-être que je ne propose pas d’œuvre problématique dès le départ.»

Et les filles dénudées?

En revanche, Ana Ascencio, directrice artistique du Mapping Festival de Genève, se souvient d’un refus cuisant. «On avait bossé pendant trois mois sur un mapping à Pont-Rouge. Il a été annulé une semaine avant car il donnait sur un tronçon de route et l’image était en mouvement, pas fixe.»

A-t-elle l’impression que les autorisations sont parfois délivrées au bon vouloir de l’administration? «Oui. L’argument du risque pour les automobilistes n’est pas toujours convaincant. Quand on voit des publicités avec des filles dénudées, c’est aussi une distraction…» Selon elle, quand une installation se fait dans le cadre d’un grand événement, «ça aide».

Deux poids, deux mesures?

Malgré un chemin semé d’embûches pour un mapping sur le Victoria Hall récemment, Eric Morzier, cofondateur du studio Sigmasix, prend les choses avec philosophie. «On se plie à ce qu’on nous demande de faire. On s’est retrouvé à devoir réduire énormément la vitesse. À jouer avec du rose qui n’est pas du rouge et du turquoise qui n’est pas du vert (ndlr: pour éviter la confusion avec les feux tricolores).» Il constate plus de souplesse dans le canton de Neuchâtel: «Là-bas, on a réalisé des mappings, notamment pour la banque cantonale, sans jamais avoir de problème, alors que c’était un lieu très exposé à la circulation et aux transports publics. En plus, l’animation avait des effets stroboscopiques.»

Selon lui, il y a clairement deux poids, deux mesures quant au mapping de l’hôtel des Bergues: «La Ville a outrepassé les règles.»

Aucun accident

Y a-t-il eu une dérogation? Nathalie Riem, responsable de la communication au Département de la sécurité, indique que le préavis cantonal est sollicité par une commune lorsqu’une gêne pour la circulation ou une confusion avec la signalisation est possible. En l’occurrence, le préavis était positif «à condition que la projection soit clairement plus lente que l’année passée».

Quant à la Ville de Genève, elle affirme ne faire que suivre ce préavis, dans la majorité des cas. La police, en tout cas, ne déplore aucun accident directement en lien avec l’animation de l’hôtel cinq étoiles.

Créé: 03.01.2019, 21h57

Une base légale abstraite

Plusieurs références légales existent. Sur le plan cantonal,
la loi sur les procédés de réclame, à son article 6, précise que «tout procédé de réclame doit être placé de manière à ne pas masquer ou limiter la perception de plaques indicatrices de rue, numéros de bâtiment, signaux routiers, plaques de signalisation, et à
ne pas gêner la pose éventuelle de toute nouvelle signalisation». Sur le plan fédéral, la loi sur la circulation routière indique, elle aussi à son article 6, que «les réclames et autres annonces qui pourraient créer une confusion avec les signaux et les marques ou compromettre d’une autre manière la sécurité de la circulation, par exemple en détournant l’attention des usagers de la route, sont interdites».
«Ces bases légales sont générales et abstraites pour recouvrir une casuistique large», commente Nathalie Riem, responsable de la communication du Département de la sécurité

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