La régie installe le chauffage dans son café puis l’expulse

PâquisL’exploitante du City Café a attendu deux ans pour avoir des radiateurs. Et maintenant, la régie résilie son bail.

Brigitte Meinhardt est dégoûtée. Alors qu’enfin son petit café va pouvoir tourner, la régie résilie son bail et l’expulse.

Brigitte Meinhardt est dégoûtée. Alors qu’enfin son petit café va pouvoir tourner, la régie résilie son bail et l’expulse. Image: Laurent Guiraud

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Brigitte Meinhardt est dégoûtée. Depuis la fin de 2015, elle tient à bout de bras un petit bistrot aux Pâquis, le City Café. Elle s’est battue durant deux ans pour qu’on lui installe du chauffage, car l’établissement, aussi incongru que cela puisse paraître, en était dépourvu (notre édition du 2 mars). Et voilà qu’avant même d’avoir posé les radiateurs, la régie Brolliet, qui gère l’immeuble, résilie son bail. Pire, la tenancière est désormais sous le coup d’une requête en évacuation!

«C’est injuste, s’insurge Brigitte. La régie a profité du fait que j’avais un petit retard de paiement dans le loyer, au mois de janvier, pour résilier le bail. Mais j’ai tout réglé depuis, tout est à jour. Et pourtant, c’était difficile. Comment voulez-vous faire tourner correctement un petit commerce alors que durant trois hivers, la température est si glaciale à l’intérieur qu’elle fait fuir les clients?»

Radiateurs installés le 5 avril

Les démêlés entre la tenancière et la régie ne datent pas d’hier. Il y a eu cette rocambolesque histoire de chauffage. Petit rappel: lorsque son ex-compagnon et son fils signent le bail en octobre 2015, personne ne remarque qu’il n’y a aucun radiateur au City Café. «Par la suite, mon avocate et moi avons dû multiplier les courriers et finalement saisir la Commission de conciliation du Tribunal des baux et loyers, en janvier dernier, pour qu’enfin la régie fasse installer deux radiateurs. Et encore, ça a traîné jusqu’à la fin de l’hiver, déplore Brigitte. Ils n’ont été posés que le 5 avril.»

À croire que ce sympathique bistrot est maudit, puisqu’elle a aussi lutté pendant près de deux ans pour que les sanitaires et leur accès, soit un petit couloir donnant sur une cour intérieure de l’immeuble, soient tout simplement sécurisés! «De l’eau s’infiltrait par le plafond et jusque dans les installations électriques, indique Brigitte. D’une part, c’était dangereux, et d’autre part, les clients pataugeaient parfois dans plusieurs centimètres d’eau pour aller aux toilettes.»

Finalement, il y a un an environ, des étais – deux poteaux métalliques – ont été posés dans le petit passage et l’étanchéité du plafond a été améliorée, sans plus. «Du provisoire qui est toujours en place, constate-t-elle. Et encore, il n’y avait aucune protection autour des poteaux. Un client s’est d’ailleurs blessé et a déposé une plainte.»

Pour un loyer versé en retard

Ces demandes d’amélioration, qui semblent pourtant bien légitimes, ont-elles fini par lasser la régie pour qu’elle résilie le bail? Cette dernière, qui n’avait pas donné suite à nos multiples appels au mois de mars, nous a cette fois-ci brièvement répondu: «La résiliation n’a aucun rapport avec les problèmes de chauffage, nous explique-t-on. Elle fait suite à un défaut de paiement de loyers. C’est le Tribunal des baux et loyers qui a conclu à l’évacuation.»

Mais de quelle somme parle-t-on, sachant que le loyer mensuel s’élève à 1660 francs, charges comprises? Et rappelons-le, il n’y a pas eu de chauffage pendant deux ans… La régie n’a pas souhaité nous donner davantage de précisions. Au contraire de l’avocate de Brigitte: «Au mois de janvier, il y avait deux loyers en retard, sachant que l’un des deux était couvert par des arriérés sur le chauffage que la régie devait rembourser à ma cliente, souligne-t-elle. Il est vrai qu’il y a eu un léger retard pour payer la somme due, mais tout a été réglé. Or le Tribunal des baux et loyers estime que ma cliente n’a pas versé la somme dans les délais légaux.»

La loi est la loi, mais pour Brigitte, c’est fort de café: «À la signature du bail, nous avons dû déposer une garantie de 15 500 francs, soit pratiquement dix mois de loyer. N’était-ce pas suffisant pour la régie?» Cette dernière rétorque qu’une telle somme est bloquée pour d’éventuels travaux lors de la remise de locaux, mais pas pour des loyers en retard.

Recours contre l’évacuation

Brigitte et son avocate ne baissent pas les bras pour autant. «Nous allons faire recours contre la décision d’évacuation, précise cette dernière, et déposer des mesures provisionnelles afin que l’expulsion n’intervienne pas avant que le recours ne soit étudié. Rendez-vous compte que la régie peut même faire appel à la force publique pour évacuer ma cliente!»

La tenancière espère encore pouvoir garder ce City Café pour lequel elle s’est tant battue, «sans compter que j’ai dépensé beaucoup d’argent pour l’aménager, dit-elle. Si je perds ce commerce, c’est la catastrophe pour toute la famille. Il ne nous restera plus qu’à aller à l’aide sociale.»

(TDG)

Créé: 29.06.2018, 08h23

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