La peur du virus déclenche une ruée sur les masques

CoronavirusCes protections, pourtant peu fiables, se font rares dans les pharmacies genevoises.

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Des gens qui viennent acheter des masques contre le coronavirus? «Ça n’arrête pas!» À la pharmacie Amavita de Cornavin, les masques chirurgicaux – en papier clair – sont en rupture de stock depuis plusieurs semaines. Alors que Covid-19 se répand en Italie, devenu le pays le plus touché en Europe, avec 219 cas déclarés lundi, l’inquiétude déborde sur les pays voisins, dont la Suisse. Face à la menace invisible, on cherche à se protéger, à grand renfort de masques chirurgicaux et de gels désinfectants.

Arrêt des ventes ordonné

Conséquences: de nombreuses officines connaissent une pénurie. Des clients s’inscrivent même sur liste d’attente. Au Sunstore de la rue de Lyon, les derniers masques ont été vendus ce week-end. «Certaines personnes paniquées trouvent inadmissible que nous n’en ayons plus, confie un gérant. On a relancé la commande mais le fournisseur ne peut rien nous garantir...» Recharge au compte-gouttes aussi au Sunstore de l’aéroport. «On vend surtout à l’unité, pour l’avion, explique-t-on. Et une vente sur deux concerne du désinfectant! C’est irrationnel.» La Pharmacie Principale de l’aéroport, elle, a fini par limiter le nombre de masques par personne.


Lire également «Comment Genève se prépare à l'épidémie»


Face à cette pression, le Canton a instauré il y a trois semaines une suspension des ventes de masques, explique Christian Robert, pharmacien cantonal. «Nous nous trouvions face à une grosse rupture d’approvisionnement. Des entreprises en commandaient 500, 1000, les gens constituaient des stocks, pour eux ou pour envoyer à l’étranger. Nous avons donc demandé aux pharmaciens de réserver les masques aux professionnels de la santé indépendants afin de leur garantir un minimum de précaution.» La restriction a été levée la semaine passée «car l’approvisionnement était alors assuré».

Quant aux HUG, disposent-ils de masques en quantité suffisante? Son service médias assure que oui, l’Hôpital ayant défini «des seuils de réapprovisionnement qui lui permettent de faire face notamment à l’augmentation de consommation en regard de la grippe saisonnière». À cela s’ajoutent des réserves additionnelles dans l’éventualité du déclenchement du plan pandémique. Enfin, les soignants ont aussi à disposition des masques spéciaux filtrants.

Pas une protection fiable

Du côté du grand public, est-ce bien utile de se ruer sur les masques chirurgicaux? L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) stipule qu’ils permettent de réduire nettement le risque de transmission du virus, les gouttelettes étant retenues et les mains potentiellement contaminées entrant moins en contact avec les muqueuses. Toutefois, le masque ne constitue pas une protection fiable contre l’infection, précise l’OFSP. «S’il n’est pas suffisamment serré, des gouttelettes des voies respiratoires peuvent passer sur les côtés.» De plus, l’intérieur devient humide, ce qui peut également réduire la protection.

Inutile, alors, de sortir masqué dans les rues? «À l’heure actuelle, si l’on n’est pas soignant, il n’y a aucune raison de porter un masque à Genève ou en Suisse», soutient Didier Pittet, médecin-chef du Service de prévention et contrôle de l’infection des HUG.

Même pas pour un rendez-vous mondial comme le Salon international de l’automobile de Genève (GIMS), qui va drainer la semaine prochaine des milliers de visiteurs et d’exposants? «Non, à moins que la situation épidémiologique n’ait changé d’ici là. Il faut en revanche appliquer les mesures de prévention générales, à savoir se laver régulièrement les mains et tenir une distance sociale face à des malades potentiels.» Le directeur du GIMS, Olivier Rihs, rappelle que l’OFSP délivre des recommandations puis que c’est au médecin cantonal de décider si l’événement doit être annulé. «Ce serait alors un cas de force majeure, impliquant la fermeture de l’aéroport, des écoles, l’annulation de matchs, etc. Pour l’instant, il n’y a pas de cas avéré en Suisse, il faut dégonfler le ballon.»

Comme une grippe sévère

Les responsables de pharmacie interrogés aussi appellent au calme. «Il faut expliquer que les masques ne permettent pas d’éviter une infection. Et rappeler que le virus fait des morts mais qu’il y a énormément de survivants.» Didier Pittet abonde. «Ce virus est bénin dans la très grande majorité des cas (80%). Il se comporte comme une grippe sévère, à la différence qu’il n’existe pas de vaccin et que nous ne sommes pas immunisés pour l’instant. Mais les anticorps vont se développer au fur et à mesure.»

Quid de la mortalité? On évoque un taux de 2%... «Il est difficile d’établir un taux général car on diagnostique ceux qui sont très malades, mais les statistiques n’englobent pas ceux qui ne sont pas hospitalisés et qui restent dans la communauté avec des symptômes faibles. Dans l’épicentre, en Chine, le taux avoisine les 20% chez les plus de 75 ans. En dehors de ce secteur, la mortalité est dix, vingt, voire cent fois plus basse, de 0,1 à 0,3%.»

Créé: 25.02.2020, 08h20

L’essentiel

Inquiétude Les décès en Italie ont déclenché une ruée en officine.

Efficacité Le masque réduit la transmission mais ne protège pas de manière fiable.

Mesures Les plans pour faire face à un cas avéré.

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