La mode du «janvier sobre» atteint Genève

AlcoolSix Genevois de tous âges nous racontent pourquoi ils participent au Dry January, ce mois d'abstinence international.

Venu d’Angleterre, le Dry January a fait des émules en Europe et aux Etats-Unis. A Genève, on s’y met aussi.

Venu d’Angleterre, le Dry January a fait des émules en Europe et aux Etats-Unis. A Genève, on s’y met aussi. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Pas une goutte d’alcool pendant un mois. C’est le défi que se lancent des Genevois de tous âges pendant le mois de janvier, suivant la mode du Dry January lancée au Royaume-Uni il y a quelques années (traduire par «Janvier sobre», en français). Les raisons qui les ont motivés sont peu ou prou les mêmes: prendre soin de son corps, perdre du poids et tester sa volonté face à la tentation de boire.

Savoir se modérer soi-même

«J’ai fait des excès depuis l’été dernier jusqu’aux fêtes de fin d’année et pris 10 kilos. Il était temps de faire quelque chose, confie Cyril Nobs, 35 ans, policier municipal de Meyrin. Dans mon métier, je vois aussi beaucoup de personnes en état d’ébriété. Je pense que c’est une bonne chose de savoir déjà se modérer soi-même.»

«J’ai vraiment dépassé les limites pendant les fêtes, sur la bouffe et l’alcool, témoigne Pierre, 44 ans, spécialiste des réseaux sociaux. À partir de 40 ans, il faut commencer à faire gaffe. Quand tu arrêtes de boire de l’alcool, tu perds facilement du poids. J’ai envie de prendre soin de mon corps.»

Florent Tailamée, 35 ans, enseignant à l’école primaire, a déjà vécu des périodes d’abstinence: «En septembre, à la sortie des grandes vacances, j’avais passé un mois sans alcool, ce qui avait fait beaucoup de bien à mon corps saturé par les apéros. Je remets ça ce mois-ci en ayant dans l’idée d’effectuer plusieurs mois sans boire pendant l’année.»

Humoriste, Alexandre Kominek, 30 ans, constate qu’il buvait «une bière ou deux» presque tous les soirs après ses spectacles. «Je n’ai pas envie que l’alcool devienne un automatisme. Par ailleurs, j’aimerais me remettre forme, car j’ai fait n’importe quoi ces deniers temps.»

Eve Lozeron-Gentile, 46 ans, spécialiste en marketing et communication, a aussi l’intention de prendre soin d’elle, et combine même le mois sans alcool et un régime sans sucres rapides: «J’avais vu circuler la promotion du Dry January sur les réseaux, et je me suis dit que c’était une bonne idée pour moi. Je suis assez festive, j’ai de la peine à refuser un verre et un bon moment. J’ai envie de voir si je suis capable de résister. On a commencé avec mon meilleur ami, mais lui a déjà craqué 3 fois en 8 jours. Moi j’ai vraiment envie de tenir, et j’ai même décliné un repas avec des amis qui boivent beaucoup pour ne pas être trop tentée.»

Quant à Brice Lechevalier, 51 ans, le Dry January est un défi pour rester en forme – il a déjà connu trois mois d’abstinence il y a deux ans pour préparer un marathon – mais aussi pour se mettre en difficulté. En tant que rédacteur en chef du magazine «Skippers, voile & océan», il est invité par des sponsors à nombre d’événements où l’alcool coule à flots. «Ce n’est pas toujours évident. Ça m’a permis de découvrir qu’il existe des bières sans alcool qui ont du goût. Parfois je me balade avec coupe de champagne pleine pour éviter que l’on m’en propose constamment.»

Frais comme un gardon

Les effets? Tous les six assurent se sentir moins fatigués de manière générale. Eve a vu ce changement comptabilisé par son téléphone: «J’ai une application qui évalue mon sommeil. C’est flagrant: avant, en buvant quasi tous les jours au moins un verre de vin ou un Spritz, j’en étais à 53% en moyenne de qualité de sommeil. Depuis que je ne bois plus, c’est monté à 75%. En plus, je ronfle beaucoup moins.» Florent constate être «frais comme un gardon» le matin et se lève plus tôt le week-end.

Une sorte de «cercle vertueux» se met en place, assurent-ils tous. «Ça a switché d’un coup, se réjouit Alexandre. Je me suis remis au sport, je cours et je fais un entraînement pompes et abdos. Quand tu fais du sport, tu as moins envie de tout gâcher en te mettant une race le soir, ça t’incite à manger sain, la motivation pour prendre soin de ton corps est plus forte.» Il constate lui aussi qu’il est «moins fatigué» et que son visage «dégonfle».

Le terme «dégonfler» est repris quasi unanimement, et la perte de poids confirmée chez ceux qui ont déjà effectué jusqu’au bout un mois d’abstinence, soit 3 ou 4 kilos en trente jours – chez les hommes du moins. Une motivation non négligeable, pour Brice: «Passé un certain âge, il est difficile de ne pas prendre du ventre. Ça l’est moins quand on ne boit pas.»

Si la bedaine fond, ce n’est pas le cas du porte-monnaie, qui se trouve bien mieux loti pendant la cure, assurent ceux qui aiment boire en société. «Pendant des déjeuners entre amis, j’en avais pour 120, voire 130 francs, en comptant le vin. L’alcool représente facilement un tiers de l’addition.» Une constatation que fait aussi Florent. «Passer une soirée à 16 francs plutôt qu’à 200 francs, ça fait plaisir», constate celui qui aime enchaîner picon-bière, vin, cocktails et shots avec sa bande d’amis le week-end.

Grosse pression sociale autour de l'alcool

Ayant presque tous choisi de se lancer seul dans ce mois de sobriété, ils mesurent à quel point la pression sociale reste grande autour de l’alcool. «Quand tu arrêtes de fumer, tout le monde te félicite, constate Eve. Quand tu arrêtes de boire, on te demande de te justifier. Tu passes pour quelqu’un de pas drôle, de pas sociable. Après le Dry January, j’aimerais modérer ma consommation. Me poser la question de savoir si je bois ce verre par habitude, pour faire comme tout le monde ou parce que j’en ai vraiment envie.»

Cyril Nobs remarque aussi les questions incessantes de son entourage: «Quand je commande mon eau gazeuse alors que je buvais volontiers à l’apéro, ça crée des discussions à chaque fois. On me demande si je suis alcoolique... Récemment, quand j’ai discuté avec des jeunes dans le quartier à Meyrin pendant mon service, je leur ai raconté qu’il est possible de boire un cocktail sans alcool avec ses amis le soir, et que c’est ce que je faisais en ce moment. Ça interpelle ceux qui font du crossfit et qui se soucient de leur forme.»

En janvier, Florent fête un an de relation avec sa compagne. «On était tentés de faire une exception. Mais non: c’est justement ça, le challenge: résister aux occasions.»

Créé: 09.01.2020, 07h18

«La fin du mois sera le véritable test»

L’alcoolisme étant l’addiction la plus répandue en Suisse - environ 250 000 personnes en souffrent - le Dry January, sous ses airs tendance, est aussi une bonne façon d’interroger son propre rapport à l’alcool. Christian Wilhelm, directeur de la Fédération Genevoise pour la prévention de l’alcoolisme (FEGPA), voit ce mouvement d’un bon œil. «C’est une bonne façon de tester sa résistance, mais aussi de s’interroger sur la place de l’alcool dans sa vie. Est-ce que je bois par conformisme? Est-ce que tous mes amis boivent, est-ce que j’ai aussi d’autres amis?» Pour ceux qui se questionnent sur leur propre consommation, il recommande le test en ligne du site stop-alcool.ch.

Pour Patrick, membre des Alcooliques Anonymes (AA) de Genève, c’est surtout l’issue de ce mois sans alcool qui servira de test: «On peut être alcoolique et tenir un mois parce que l’on sait qu’on va reboire. Personnellement, j’ai dû me faire opérer de la vésicule biliaire, et le chirurgien m’avait recommandé l’abstinence totale pendant plusieurs semaines. J’ai réussi, mais pour mieux repartir en flèche plus tard. La différence entre un gros buveur et un alcoolique, est que ce dernier est incapable de modérer sa consommation. Un verre appelle toujours le deuxième, puis le troisième, etc.»

Abstinent depuis bientôt dix ans, Patrick aurait-il imaginé tenir si longtemps sans une goutte d’alcool? «Absolument pas. Si on dit à un alcoolique qu’il devrait arrêter toute sa vie pour se rétablir, il part en courant. Le programme des AA est basé sur 24h. On est abstinent juste pour aujourd’hui.» La vie est-elle triste sans alcool? «Oh non! Aujourd’hui, je suis capable de faire la nouille à une soirée totalement à jeun.»
MAR.G.

Articles en relation

Sorti d'addiction

Long format L'addiction ne concerne pas uniquement des substances, mais aussi des pratiques. Des personnes nous ont raconté comment l'addiction s'est immiscée dans leur quotidien, comment elle a pris toute la place, et surtout comment elles s'en sont sorties. Plus...

«L’alcool est la pire des substances car elle modifie l’humeur»

Addiction Giovanni*, 61 ans, l’a échappé belle. Il a souffert d’addictions multiples jusqu’à ses 47 ans. Plus...

Sortie de l’alcool, Janet, 77 ans, aide d’autres dépendants

Addiction Après trente-sept ans d’abstinence, la conseillère en addictions est une figure respectée des personnes dépendantes en rémission à Genève. Elle reçoit en groupe ou en privé. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Ouverture du forum de Davos
Plus...