La librairie de l’imaginaire s’apprête à tourner la page

GenèveAprès 33 ans, le Paradoxe Perdu, paradis de la science-fiction et de la BD américaine, ferme ses portes.

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A l’intérieur du Paradoxe Perdu, les clients s’agitent. Sur la devanture de la librairie de la rue des Bains, de grandes affiches jaunes annoncent la fermeture définitive des lieux. Tous veulent croire au canular, à une opération commerciale, au pire à un déménagement. «Malheureusement non, tranche le patron des lieux, Jérôme Piroué. Le voyage s’arrête ici, probablement en mai. La concurrence du Web, la santé, un conflit salarial et mes envies d’écrire auront eu raison de ma motivation. Après 33 ans, je suppose que je vais manquer à certains.»

Et la liste des potentiels orphelins est longue. Fans de comics (BD américaine), de mangas (BD japonaise), lecteurs de science-fiction, collectionneurs de figurines, de goodies (produits dérivés de dessins animés ou séries), le magasin a de tout temps su attirer les amateurs de culture alternative, aujourd’hui appelés «geeks». «Le Paradoxe Perdu n’a jamais été qu’une librairie, précise Jérôme Piroué. C’est une boutique dédiée à l’imagination, la fiction quelle que soit sa forme. En lançant mon enseigne en 1982, j’avais l’impression de combler un manque à Genève.»

A l’époque, les comics et les superhéros américains sont peu distribués. Publications périodiques, les rares magasins à en avoir se permettent de sauter des numéros. Inconcevable, selon Jérôme Piroué: «Les lecteurs ne pouvaient pas s’en contenter, j’ai senti qu’il y avait de la place.» Un sentiment renforcé par la sortie de la Guerre des étoiles (1977) et la démocratisation de la science-fiction, qui agissent comme un véritable moteur durant les premières années de vie du magasin.

Fort de solides débuts, le jeune patron définit alors son modèle d’affaires: il ira se fournir directement à la source, en pièces uniques, à l’étranger, dans des magasins spécialisés ou dans des conventions de fans. D’abord aux Etats-Unis, qui resteront sa zone de prédilection, puis au Japon, durant les années 90, alors que le magasin déménage à la place De-Grenus. Il participe ainsi à la montée de la culture manga, en vendant aux fans genevois des bandes dessinées en langue originale. «Le plus surprenant, c’est que ça a marché quelques années», se remémore Jérôme Piroué.

Le déménagement à la rue des Bains en 2011 correspond à un fléchissement de l’activité. Moins visible, loin de son quartier d’origine, le Paradoxe Perdu perd des clients. «Je n’ai plus la même énergie à transmettre aujourd’hui, soupire Jérôme Piroué. Pour tout dire, je cherche à passer la main depuis dix ans.» Du gérant dans un premier temps, le patron cherche aujourd’hui un repreneur. Quelques amoureux de l’enseigne l’ont déjà contacté. Mais rien de concret pour le moment.

Jérôme Piroué a soudain envie de se confier. Le nom «Paradoxe Perdu»? «C’est le titre d’une nouvelle de science-fiction de Fredric Brown. Dedans il y a tout, un côté polar, de l’humour, du fantastique. Tous les domaines que j’ai toujours voulu couvrir avec mon magasin.» (TDG)

Créé: 11.03.2015, 10h49

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«Une communauté»

«Le Paradoxe Perdu a toujours été bien plus qu’un magasin.» Au moment d’évoquer la fin annoncée de l’emblématique boutique, Daniel Pellegrino, employé des lieux à la fin des années 90, fait une pause, puis se lance: «La première fois que j’ai passé les portes du magasin, L’Empire contre-attaque venait de sortir. C’était l’endroit où acheter des figurines du film. Mon histoire avec le Paradoxe Perdu était lancée. J’ai ensuite grandi avec le lieu. J’y ai toujours trouvé de quoi répondre à mes envies d’imaginaire.» Il cite l’auteur de science-fiction Lovecraft, le dessinateur Robert Crumb… Et les amis de l’époque. «C’était le point de rassemblement d’une communauté. On partageait tous les mêmes centres d’intérêt et on aimait faire partie d’une culture alternative.»
Parmi ses rencontres, son futur associé, Benoît Chevallier, avec qui il fondera la maison d’édition spécialisée dans la bande dessinée Atrabile. Il y aura aussi le dessinateur genevois Frederik Peeters, dont ils publieront le travail. «Vu comme ça, on peut dire que le Paradoxe Perdu a joué un sacré rôle dans ma vie.» F.TH.

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