La lente agonie de Confédération Centre face à une rénovation qui ne vient pas

Immobilier Visilab et Pathé Rex ferment leurs portes dans le complexe commercial qui doit être remis à neuf. Mais des recours bloquent le chantier.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Confédération Centre se vide. Trois de ses principaux locataires, Visilab, Pathé Rex et le magasin Oliver Grant, ferment leurs portes ce mois ou en avril. L’opticien déplace sa boutique phare (sa deuxième plus grande après celle de la Bahnhofstrasse à Zurich) d’une cinquantaine de mètres. Elle doit renaître à la fin d’avril dans une arcade plus spacieuse sur le passage de la Monnaie.

Oliver Grant ne reviendra pas et supprime deux postes. L’avenir des trois salles de cinéma – 750 fauteuils en tout – est flou (lire ci-dessous). Pathé Genève devrait les rouvrir dans les prochaines années au même endroit. Après les travaux. Car si les commerçants fuient, c’est parce qu’un chantier de deux ans est annoncé. En 2012, Credit Suisse Fondation de placement (CSF), principal propriétaire des lieux, fait savoir que de gros travaux de rénovation doivent démarrer au printemps 2016. La quarantaine de marchands présents sur place reçoit un avis comme quoi leur bail ne sera pas renouvelé.

Coquille vide

Mais les premiers coups de pioches sont repoussés. Après 2016, on évoque 2017, puis le printemps 2018. Aujourd’hui, les ouvriers se font encore attendre. Des recours ont été déposés, des actions qui pourraient aller jusqu’au Tribunal fédéral, selon des observateurs. Le Tribunal cantonal de deuxième instance doit se prononcer sous peu. Les boutiques Sandro et Maje? Parties il y a peu. On ne compte plus les façades bâchées dans le centre. «C’est le désert de Gobi», lance Albert El-Eini, propriétaire des enseignes Addison, Alberto Bini et HotBox, qui s’en iront cet été. «La galerie commerciale devrait être vide dès cet été», indique Marc Comina, porte-parole de CSF. «La vétusté du centre impose une rénovation technique intégrale», selon Marc Comina. Les machines des sous-sols – cinq niveaux qui descendent à quinze mètres sous terre – seront remplacées. Seuls les serveurs du data center du groupe Equinix, les bureaux et les logements des étages supérieurs seront épargnés.

Dans un rare communiqué consacré à Confédération Centre, en mai 2016, CSF indique que l’espace intérieur sera revu pour faciliter le flux des visiteurs, que le marbre sera remplacé par des matériaux modernes et du bois et qu’à l’extérieur, une marquise «rendra justice aux qualités esthétiques de l’immeuble».

Des qualités qui n’ont jamais fait l’unanimité. En 1986, quand le centre est inauguré, un politicien se dit révulsé par son marbre tape-à-l’œil qui pervertit la tradition calviniste de la ville. Un autre regrette que son luxe clinquant soit inaccessible pour les Genevois et un géographe y voit un shopping center déjà démodé. Ce sera un échec. Quinze mois plus tard, le promoteur Gabriel Tamman accepte de le racheter à son propriétaire d’alors, UBS. «Une grande banque, c’est comme un pachyderme», confie à cette occasion le président de l’Association des commerçants du centre. «C’est très lourd. Pour chaque décision, il faut monter l’échelle hiérarchique, puis la redescendre. Vraiment pas l’outil rêvé pour gérer un centre commercial.»

Il sera pourtant repris par une banque – CSF appartenant à Credit Suisse – en 2005 pour 200 millions de francs. Même pour ce poids lourd du placement immobilier helvétique, qui gère 5 milliards de francs, c’est une grosse affaire. Dans le canton, le groupe a acheté pour 540 millions de francs de bâtiments depuis ses débuts en 2002. Mais sa grande acquisition, c’est ce palais des Rues-Basses. Confédération Centre figure parmi ses deux principaux centres commerciaux.

Lipp reste ouvert

A-t-on affaire à un nouveau pachyderme? «Pour mener à terme un projet aussi complexe, il faut avoir un maître de l’ouvrage aux compétences techniques et managériales étendues, ce qui est le cas de CSF», répond Marc Comina, qui a fait valider toutes ses citations à Zurich. Le fait que le centre s’étale sur trois parcelles, dont deux sont des propriétés par étages chacune partagée par une vingtaine de Genevois, n’arrange rien. Certains d’entre eux sont à l’origine des recours.

Et il y a Lipp. La brasserie, qui a le même âge que le centre, est le seul commerce qui restera ouvert durant les travaux car il est situé sur ses côtés. L’institution a l’atout de drainer les foules, avec 600 couverts par jour, sept jours sur sept. «On n’a fermé qu’une seule fois, en 1999, pendant 19 jours. Il y avait une infiltration d’eau dans la cuisine», se souvient son directeur, Frédéric Gisiger. «Aujourd’hui, on essaie d’anticiper les travaux mais c’est difficile tant les dates de travaux sont floues en raison des recours.» Ils doivent durer deux ans – CSF espère tout boucler en 2020 – et devraient coûter une soixantaine de millions de francs. C’est moins que pour sa construction: ce qui à l’époque a été le plus gros chantier urbain de Suisse avait coûté 400 millions et entravé les Rues-Basses dix ans durant.


Le passé et le futur du Rex, salle historique de Genève

Le 1er avril, les trois Rex fermeront donc leurs portes. Définitivement? Non. Ils devraient même rouvrir après de nombreuses transformations, peut-être sous la forme d’un complexe de quatre ou cinq salles. Si les informations sont floues à ce sujet, entre autres sur la durée des travaux, rappelons que ce n’est pas la première fois que ce cinéma historique de Genève ferme ses portes. À l’origine, il s’appelait le Palace.

C’est le 15 décembre 1913 qu’il fut inauguré à la rue des Allemands, tronçon entre la Fusterie et Bel-Air devenu la rue de la Confédération. Le Palace subira des transformations à deux reprises, devenant le Rex au début des années 50. Juste à côté voisinait alors le Dôme, inauguré en 1949 sur le site d’un ancien grand magasin. Puis les travaux pour Confédération Centre démarrent au milieu des années 70. Ils vont durer extrêmement longtemps, puisque les trois Rex tels qu’on les connaît actuellement ouvriront leurs portes à l’automne 1986. Ils sont alors gérés par la Sadec (Société anonyme d’exploitation cinématographique), dans le capital de laquelle on trouve un certain Alain Delon. Puis la Sadec sera vendue à Europlex et ce dernier au groupe Pathé. La fermeture des trois salles du centre-ville pénalisera-t-elle les sorties de films ou les spectateurs? Pas vraiment, serait-on tenté de dire. Didier Zuchuat, exploitant du Cinérama Empire et du Ciné 17, qui nous a fourni bon nombre des renseignements ci-dessus, nous apprend également que dès le 1er avril, «les pass Pathé et les cartes «friends» seront acceptées au Cinérama et au Ciné 17. Dans le sens contraire, les cartes de fidélité du Ciné 17 seront valables chez Pathé.» Une formule d’échange profitable à tout le monde, en somme.

Mais le parc cinématographique genevois subira d’autres changements. Le Nord-Sud vient ainsi de fermer et rouvrira à l’automne sous la forme de deux salles de 180 et 35 places. Ce sera ensuite au tour des Scala de marquer une pause. Mais pas avant la fin du printemps 2019. On ne sait pas encore si les trois salles seront rénovées en même temps ou l’une après l’autre. Dans la foulée, une salle temporaire, le CDD, ouvre ses portes dès aujourd’hui rue des Saules. Elle programmera essentiellement de l’art et essai. Quant au grand projet lié à la réaffectation de la Comédie en future Maison du cinéma, il sera bientôt présenté aux pouvoirs publics. «J’ai plusieurs projets mais je ne peux pas encore en parler», conclut Didier Zuchuat.

Pascal Gavillet (TDG)

Créé: 06.03.2018, 19h26

Articles en relation

Les retards du Grand Théâtre coûtent très cher

Rénovation La Fondation de la maison lyrique a estimé à plus de deux millions les pertes dues aux atermoiements du chantier. Plus...

Le lifting de la vétuste Uni Bastions démarre enfin

Patrimoine En juin commence la rénovation des deux bâtiments, pour huit ans de travaux. L’aile Jura sera vidée, avant le lieu central d’ici à quatre ans. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Grève: la crudité de certains slogans a choqué
Plus...