La hausse des coûts de la santé fait grincer Genève

SantéMauro Poggia a jeté un pavé dans la mare lors d’un débat qui s’est tenu jeudi soir à Uni Mail.

Jeudi soir à Uni Mail, quatre acteurs genevois de la santé ont débattu sur la hausse des coûts de la santé. Assis de g. à dr.: Gilles Rufenacht, président de Genève Cliniques, Michel Matter, président de l’AMG, Mauro Poggia, conseiller d’État chargé de la Santé, et Bertrand Levrat, directeur des HUG.

Jeudi soir à Uni Mail, quatre acteurs genevois de la santé ont débattu sur la hausse des coûts de la santé. Assis de g. à dr.: Gilles Rufenacht, président de Genève Cliniques, Michel Matter, président de l’AMG, Mauro Poggia, conseiller d’État chargé de la Santé, et Bertrand Levrat, directeur des HUG. Image: Frank Mentha

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Les oreilles des assureurs maladie, ainsi que celles de quelques élus à Berne, ont dû siffler jeudi soir. En cause, un débat public organisé par le Mouvement populaire des familles, qui s’est tenu à Uni Mail sur le thème «Hausse des coûts de la santé: comment Genève peut relever le défi?» Les intervenants, quatre des principaux acteurs genevois de la santé, y ont notamment fustigé la politique fédérale en la matière et égratigné la hausse des primes d’assurance maladie, qui se poursuit inexorablement depuis plus de vingt ans. Avant que le conseiller d’État chargé de la Santé, Mauro Poggia, ne lance un pavé dans la mare!

C’est en fin de débat, à l’heure des questions du public – une petite centaine de personnes – que le magistrat a fait bondir l’applaudimètre. Répondant à une dame qui critiquait le coût élevé des médicaments en Suisse, l’élu MCG abonde dans son sens avant de déclarer haut et fort: «Je suis prêt à mettre en place, avec des pharmaciens, une importation parallèle de médicaments génériques, même si après je devrai rendre des comptes à la justice, car la loi fédérale l’interdit!»

L’un des quatre autres intervenants, Gilles Rufenacht, président de Genève Cliniques, saisit alors la balle au bond: «Je suis prêt à prendre le risque avec vous. D’autant qu’ensuite vous nous défendrez», glisse-t-il en souriant, à l’intention de celui qui est aussi avocat de métier.

Le prix des médicaments

Auparavant, le coût des médicaments a fait l’objet de plusieurs interventions. «Le Conseil fédéral a décidé de baisser de 3% le prix du Dafalgan (ndlr: l’un des médicaments les plus utilisés en Suisse), mais c’est du pipeau», souligne Michel Matter, président de l’Association des médecins de Genève (AMG) et vice-président de la Fédération des médecins suisses (FMH). «Par ailleurs, ajoute-t-il, il faut savoir que les génériques coûtent environ 50% plus cher en Suisse que dans les pays voisins.»

Concernant l’achat de médicaments, Gilles Rufenacht indique que «la Suisse consomme 22% de génériques, contre 85% en moyenne dans les pays voisins. C’est en soi un vrai sujet.»

Le dernier des quatre intervenants, Bertrand Levrat, directeur des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), déplore pour sa part que «le prix des médicaments se discute malheureusement au niveau fédéral. Et les hôpitaux, par exemple, n’ont pas le droit d’acheter des médicaments à l’étranger.» C’est alors que Mauro Poggia est monté aux barricades. Effet d’annonce? Affaire à suivre…

Contenir la hausse des primes

Mais revenons au cœur de la soirée. Où les quatre débatteurs – souvent sur la même longueur d’onde – ont essentiellement tenté de répondre à la question principale du modérateur, l’ancien rédacteur en chef de la «Tribune de Genève» Pierre Ruetschi: «Comment contenir la hausse des coûts de la santé, voire baisser les primes d’assurance maladie si l’on est très optimiste?»

Pour Mauro Poggia, la hausse continuelle des primes maladie n’est pas une fatalité, mais «les primes sont fixées en fonction de projections des coûts de la santé pour l’année suivante. Or, les assureurs sont régulièrement pessimistes et n’ont de surcroît pas de comptes à rendre sur les sommes perçues en trop, souvent mises en réserve.» Aujourd’hui, ces réserves atteignent 8 milliards de francs, et «c’est 4 milliards de trop par rapport au minimum prévu par loi, souligne-t-il. Malheureusement, les autorités n’ont aucun pouvoir sur les assureurs.»

Selon Michel Matter, «les caisses maladie ont perçu 870 millions de trop l’an passé, mais seules deux d’entre elles ont annoncé qu’elles allaient rembourser leurs assurés». Bertrand Levrat, lui, relève que «les primes payées par les Genevois ne correspondent en tout cas pas aux efforts entrepris ici pour limiter les coûts». Avant de constater: «Le vieillissement de la population a évidemment une réelle répercussion sur les coûts de la santé, mais cela n’est pas en corrélation avec l’augmentation des primes.»

La surconsommation médicale a également été abordée. Le directeur des HUG le reconnaît, «les Genevois consultent plus rapidement des spécialistes que dans le reste de la Suisse ou en Europe. En revanche, Genève affiche un taux d’hospitalisation inférieur.»

«La surconsommation est un sujet qui me hérisse le poil! lance Gilles Rufenacht. Selon un sondage, 92% de la population suisse se sent coupable de la hausse des coûts de la santé. On reproche au patient de surconsommer, mais c’est un faux débat.» Citant des statistiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), il relève: «En Suisse, on fait 15% d’IRM de moins que dans les pays voisins; côté consultations, on en fait 5% de moins, et 23% de moins d’hospitalisations.»

À la recherche du meilleur remède

Sans entrer dans les détails, le passage de la médecine stationnaire à la médecine ambulatoire a aussi été évoqué et a fait l’objet d’un échange qui est assez vite devenu technique. Une fois n’est pas coutume, il a opposé deux des intervenants, Michel Matter et Mauro Poggia.

Avant que le modérateur ne conclue en demandant à chacun quel serait le remède «le plus efficace pour contenir la hausse des coûts de la santé». Le quatuor s’est accordé sur plusieurs points. Par exemple, les acteurs de la santé doivent encore mieux travailler ensemble (approche pluridisciplinaire) afin de lutter plus efficacement contre les examens inutiles. Il faut également investir dans la coordination des soins, et surtout dans la prévention, «le parent pauvre en matière de santé», estime Mauro Poggia.

(TDG)

Créé: 16.11.2018, 20h38

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