La grève des femmes obligera certaines crèches à fermer leurs portes

Garde d'enfantPlusieurs institutions ont d’ores et déjà annoncé qu’elles n’auront pas l’effectif suffisant pour ouvrir.

Assurer un service minimum dans les crèches sera souvent impossible.

Assurer un service minimum dans les crèches sera souvent impossible. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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La grève des femmes prévue le 14 juin prochain impactera directement l’organisation de nombreux parents dans le canton. En effet, plusieurs crèches fermeront leurs portes, faute de l’effectif minimum obligatoire pour encadrer les bambins. Dans la petite enfance, celui-ci est effectivement majoritairement féminin: rien qu’en Ville de Genève, où le soutien à la grève a été clairement annoncé, on compte 1410 femmes pour 144 hommes.

Des parents «coincés»

Les quatre crèches et le jardin d’enfants du secteur A. Carfagni-Pâquis ne pourront pas accueillir les 300 enfants quotidiennement gardés en leurs murs. Ces institutions, qui servent notamment de structure de dépannage pour les familles se retrouvant sans système de garde, ont informé les parents concernés dans un courrier daté du 6 mai. Ici, la fermeture est une question de sécurité: parmi les 120 collaborateurs que comptent ces institutions, trois seulement ont déclaré ne pas faire grève le 14 juin. «Assurer un service minimum dans le secteur de la petite enfance ce jour-là est impossible, au vu du nombre de femmes qui travaillent dans le domaine», explique Tiziana Bellucci, coprésidente du comité du secteur Petite enfance A. Carfagni-Pâquis.

«Des parents se retrouveront en effet coincés, mais nous ne faisons qu’appliquer la décision de la Ville communiquée le 17 avril dernier d’autoriser les collaboratrices à faire grève. La seule chose que nous pouvions faire était d’informer les parents au plus vite pour qu’ils puissent s’organiser», ajoute-t-elle. Cette journée sans crèche ne sera évidemment pas facturée aux parents.

Les autres crèches contactées sont encore au stade de la réflexion. À la Petite Maisonnée, dans le quartier du Petit-Saconnex, on est en train de sonder le personnel. Pareil du côté des crèches du secteur de la Servette. Au Scoubidou, côté Varembé, on attend une réunion avec les institutions partenaires pour se déterminer, le 20 mai prochain. Mais partout, l’impression est la même: il sera difficile d’assurer une ouverture le jour J.

La Ville, elle, temporise. «À ce jour, il y a bien eu un appel à la mobilisation, mais les organisations syndicales n’ont pas encore formellement appelé les femmes à débrayer le 14 juin», explique Frédéric Vallat, directeur du Département de la cohésion sociale et de la solidarité. Néanmoins, la Ville s’attend à une forte mobilisation dans son administration, et particulièrement dans le secteur de la petite enfance. «Les structures d’accueil petite enfance sont donc en train d’évaluer la situation au cas par cas. Cela étant, les règles extrêmement strictes en matière de taux d’encadrement imposent un nombre minimum d’adultes par groupe d’enfants et il ne sera pas possible de déroger à ces règles, poursuit le directeur. En conséquence, il est fort probable qu’un certain nombre de structures d’accueil fermeront. Le moment venu, les parents seront informés.»

Valérie Buchs rejette toutefois les propos de Frédéric Vallat concernant l'absence d'appel formel de la part des syndicats à faire grève. «Des réunions de préparation ont eu lieu et nous avons formellement déposé auprès des employeurs du domaine de la petite enfance, dans le cadre des conventions collectives de travail de ce secteur, un cahier de revendications auprès des employeurs», explique la secrétaire syndicale du Syndicat interprofessionnel des travailleuses et travailleurs (SIT).

Parmi les onze requêtes adressées, peuvent être citées: un nombre de postes en CDI suffisant, l’intégration de l’égalité entre femmes et hommes dans les projets pédagogiques des institutions et de la lutte contre les stéréotypes et les violences de genre ou encore le respect des horaires planifiés sur toute l’année pour leur permettre de concilier travail, famille et vie privée. Le document est signé par le SIT, mais aussi par le Syndicat des services publics (SSP/VPOD), l'Association genevoise des éducateurs/éducatrices de l'enfance (AGEDE) et l'Association des cadres des institutions de la petite enfance genevoise (ACIPEC).

Ouvrir coûte que coûte

Comme le système de garde de Pro Juventute Mary Poppins, certaines structures tiennent néanmoins à ouvrir coûte que coûte. «Nous nous sommes dit que le meilleur moyen de soutenir ce mouvement, c’était de permettre aux femmes de le rejoindre en gardant leurs enfants», explique Frédéric Chave, directeur des opérations en Suisse romande la structure Pop et Poppa, qui gère neuf crèches à Genève et dans les communes. L’institution a communiqué sa position à ses employés, «et les premiers échos sont bons». Les employés pourront toutefois afficher leur soutien à la grève par des affiches et des stickers à coller sur leurs vêtements.

Le service de la Croix-Rouge Chaperon Rouge, qui organise des gardes d’urgence, n’a pour l’heure reçu aucun appel de parents, mais s’attend à des demandes de dernières minutes, un à deux jours avant la grève. (TDG)

Créé: 10.05.2019, 06h56

Encadrement minimum

Pour garantir une prise en charge sécurisée des enfants, les structures d'accueil de la petite enfance doivent impérativement avoir un nombre de postes éducatifs suffisants, en fonction du nombre d'enfants gardés.

Taux d’encadrement:


  • 0 – 1 an : 1 adulte pour 4 enfants

  • 1 – 2 ans : 1 adulte pour 5 enfants

  • 2 – 3 ans : 1 adulte pour 8 enfants

  • 3 – 4 ans : 1 adulte pour 10 enfants



Aux taux de formation suivants :

  • 60% d’éducateurs/trices

  • 40% de personnel non diplômé


L.F

Quid des hommes?

Les hommes travaillant dans le secteur de la petite enfance dans des institutions de la ville ne sont, eux, pas autorisés à faire grève le 14 juin. Ces collaborateurs ont deux choix: prendre un jour de congé ou travailler… même si certaines crèches seront fermées.

«Le personnel masculin est invité, ce jour-là, à mener des travaux de réflexion autour de projets liés aux enfants, qui seraient utiles tant pour l’institution en question que pour eux», explique Tiziana Bellucci, coprésidente du comité du secteur Petite enfance A. Carfagni-Pâquis. Cette journée pourrait aussi être dévolue à la formation. «Le 14 juin est une mobilisation pour l’égalité, nous souhaiterions éviter que cette journée ne soit vécue par les hommes comme une punition», ajoute-t-elle. L.F

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