La disparition de Samantha n’inquiétait pas les enquêteurs

Homicide de Cheyres (FR)La police a minimisé l’absence de la jeune fille, retrouvée morte le 17 janvier. Les proches révèlent plusieurs indices inquiétants.

Devant le refus des forces de l’ordre, la famille et les amis de Samantha ont dû confectionner eux-mêmes un avis de recherche pour retrouver la jeune femme.

Devant le refus des forces de l’ordre, la famille et les amis de Samantha ont dû confectionner eux-mêmes un avis de recherche pour retrouver la jeune femme. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

C’est contre un mur que les proches de Samantha ont dû se battre pendant les deux mois précédant sa mort. Le 17 janvier dernier, la découverte du corps sans vie de la Genevoise à Cheyres (FR) a confirmé ce que sa famille et ses amis pressentaient mais que les enquêteurs ont refusé de voir. Depuis sa disparition le 22 novembre 2017, alors qu’elle devait rejoindre son ami R. au bord du lac de Neuchâtel, il était clair pour chacun que la jeune fille était en danger.

À maintes reprises, sa grand-maman, Irène, a demandé à la police qu’un avis de recherche soit publié. Elle appelait tous les jours les forces de l’ordre pour prendre des nouvelles de l’enquête. Mais rien n’y faisait. Pourtant, aux yeux de la famille, plusieurs éléments auraient pu alerter les autorités et les mobiliser bien au-delà de ce qui a été entrepris.

Elle n’avait jamais fugué

Comme tant de jeunes de son âge, la victime de 19 ans était une adepte du natel et des réseaux sociaux. Au dire de ses amis, elle se connectait régulièrement sur WhatsApp, Snapchat, Facebook ou autre. Pas un jour ne passait sans que la jeune femme n’ait sa mère et sa grand-mère au téléphone. Or, depuis le 22 novembre à 23h16, c’est le silence radio. Ni messages, ni statut, ni appel. Son téléphone sonne dans le vide. Très vite, cette situation inhabituelle inquiète Irène. D’autant plus que Samantha n’a jamais fugué par le passé et n’avait pas de raison de le faire. Sa grand-maman lui envoie donc un SMS lui demandant de la rappeler, à défaut elle préviendrait la police. Pas de réponse.

Le soir du 23 novembre, Irène file au poste de Blandonnet (GE), non loin du Lignon où elle réside. Elle signale la disparition de sa petite-fille en expliquant que celle-ci avait rendez-vous ce soir-là avec un jeune homme à Cheyres. Les agents lui indiquent que, s’agissant d’une personne majeure en bonne santé, il faut attendre 48h avant d’agir. Les heures passent. Le silence perdure.

Le 25 novembre, Irène retourne au poste. La police prend sa déposition et diffuse un avis de disparition interne à toutes les polices de Suisse. Quant à la publication externe d’un avis de recherche, il n’en est pas question. «Samantha a pu fuguer, partir à l’étranger, lui dit-on. Elle a aussi pu changer d’identité.» Sachant que sa petite-fille a ses papiers sur elle, Irène demande alors de vérifier si elle a pris l’avion. «Trop compliqué», lui rétorque-t-on.

Convaincus qu’il est arrivé quelque chose à Samantha, ses proches décident alors de placarder leurs propres avis de recherche dans la région d’Yverdon et de Cheyres. Ceux-ci sont d’ailleurs très vite arrachés dans le village fribourgeois.

Appel en Italie

Parallèlement, une cousine transalpine de la mère de la disparue arrive à médiatiser l’affaire en Italie. La célèbre émission Chi l’ha visto sur la chaîne de télévision RAI3 lui consacre un sujet le 30 novembre. L’un des journalistes du programme est tellement estomaqué de l’apathie helvétique qu’il promet de faire une suite à Genève en janvier.

Au même moment, plusieurs amis de la famille entreprennent d’aller questionner R. à Cheyres sur sa rencontre avec Samantha. Il est en effet le dernier à l’avoir vue vivante. À cette occasion, l’individu, qui a aujourd’hui avoué le meurtre de la Genevoise, se montre très nerveux et change régulièrement de version, comme l’a révélé Le Matin Dimanche. Un élément qui a été remonté aux forces de l’ordre.

«R. n’a pas le profil»

Celles-ci se décident enfin à perquisitionner le domicile de R. dans le canton de Fribourg. Elles l’auditionnent également à Genève en qualité de «personne appelée à donner des renseignements». Mais cela ne donne rien. «Il n’a pas le profil», résument les agents à Irène. Quand la grand-mère insiste, ils lui répondent sèchement: «On ne va quand même pas passer sa chambre au luminol (ndlr: produit utilisé pour détecter des traces de sang)

Dès cet instant, la piste de Cheyres est écartée par les enquêteurs au profit de la disparition volontaire. Pour eux, Samantha a fugué. Aucune battue ne sera donc jamais ordonnée dans le secteur où le corps entravé et dénudé de la jeune fille sera finalement retrouvé par un promeneur. Une zone marécageuse qui, faut-il le rappeler, se trouve à moins d’une centaine de mètres de La Lagune, le restaurant où travaillait R.

«Incompréhension»

«Je trouve abject de ne pas lui avoir prêté secours, ne décolère pas Yamina, une ancienne voisine d’Irène. Il suffisait de prendre des affaires à Samantha et de les faire renifler aux chiens. Nous aurions peut-être pu la trouver en meilleur état qu’aujourd’hui. Même si Samantha était majeure, tout le monde devait être prévenu de sa disparition!»

Un avis que partage l’avocat de la famille endeuillée. «Que la disparition d’une jeune femme de 19 ans, dont on savait où elle était et avec qui, n’ait pas suscité les recherches les plus poussées ne peut que provoquer l’incompréhension générale, déclare Me Giorgio Campa. Il est à espérer que la manifestation de la vérité ne sera pas rendue impossible par le temps écoulé.»

Le 25 décembre, Irène, privée de sa petite-fille, refuse de fêter Noël. Désemparée, elle appelle tous les jours la police genevoise. «L’enquête est en cours, lui assure-t-on sans autre détail. Cela ne sert à rien de nous appeler chaque jour. Contactez-nous au maximum une fois par semaine.» Moins d’un mois plus tard, le cadavre de Samantha est retrouvé. Au hasard d’une promenade pédestre. (TDG)

Créé: 31.01.2018, 07h02

«Le travail de la police a été fait»

C’est un chemin de croix pour obtenir des précisions dans cette affaire. Que répondent les forces de l’ordre aux allégations des proches de Samantha? La police genevoise ne fait aucun commentaire, assure l’officier de communication Jean-Philippe Brandt. Les agents du bout du lac ne sont en effet plus en charge du dossier pénal. Ce sont bien les Genevois qui ont mené l’enquête sur la disparition de Samantha, le 22 novembre 2017. Mais, dès la découverte du cadavre à Cheyres (FR) le 17 janvier dernier, ce sont les collègues fribourgeois qui ont repris l’intégralité du dossier.

La police fribourgeoise n’est pas plus bavarde. Son officier de communication, Martial Pugin, ne peut pas donner la date de l’audition du suspect R. ni celle de la perquisition de sa chambre de bonne à Cheyres. En raison de l’enquête en cours, justifie-t-il après avoir consulté son homologue genevois. Le communicant tient à préciser, sans en dire davantage, que ce n’est pas sous la pression de la famille que ses agents ont visité le domicile de R.

«Dès l’annonce de la disparition de la jeune fille, le travail a été fait», jure le Fribourgeois. La famille s’est rendue dans un poste de police genevois, le 23 novembre. Deux jours plus tard, le soir, un avis de disparition a été diffusé sur le canal interne d’information des forces de l’ordre cantonal. Cet avis mentionnait que «la victime aurait été vue pour la dernière fois en gare de Cheyres en partance pour Genève», ajoute Martial Pugin. Le 26 novembre, la police effectuait les premières vérifications, souligne-t-il. Par la suite, les agents auraient vérifié chaque élément et auraient pris les mesures adéquates.

Samantha avait 19 ans le jour de sa disparition. «Toute personne majeure a le droit de disparaître», rappelle Jean-Philippe Brandt de la police genevoise. En 2017, cette dernière a diffusé 1668 avis de disparition sur le canal d’information interne aux polices cantonales en 2017. 450 d’entre eux ont nécessité des recherches plus approfondies. Moins d’une dizaine a fait l’objet en urgence d’un avis de recherche destiné au grand public.

D.B.

Articles en relation

Le tueur a frappé à deux pas de son lieu de travail

Crime de Cheyres La police confirme: l’auteur présumé du meurtre de Samantha a avoué. Au Lignon, quartier d’origine des deux jeunes gens, comme à Cheyres, l’incompréhension est totale. Plus...

Le suspect du meurtre de la Genevoise a avoué

Arrêté la semaine dernière, l’auteur présumé du meurtre de la jeune Samantha reconnaît avoir tué son amie d’enfance. Plus...

Retrouvée morte et ligotée dans un marais

Cheyres Les membres de la Genevoise de 19 ans retrouvée mercredi étaient entravés. Un suspect sérieux, connaissance de la victime, a été identifié. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Barrière de röstis pour les initiatives alimentaires
Plus...