La députation genevoise manque de force de frappe

Podium des parlementairesGenève envoie onze conseillers nationaux et deux conseillers aux Etats sous la Coupole fédérale. La délégation ne compte pas de star incontestée ni assez d’unité pour peser sur le débat national.

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La délégation genevoise au Conseil national a subi une saignée spectaculaire en 2014. A la fin de l’année passée, il a fallu repourvoir d’un coup les fauteuils de Luc Barthassat, d’Antonio Hodgers et de Mauro Poggia, tous trois élus au Conseil d’Etat. Un événement qui ne s’était encore jamais produit.

Les petits nouveaux, à savoir Guillaume Barazzone (PDC), Anne Mahrer (Verts) et Roger Golay (MCG) prennent gentiment leurs marques à Berne. Mention spéciale au conseiller administratif de la Ville de Genève, qui fait une entrée tonitruante sous la Coupole fédérale malgré son double mandat. Comment les intérêts de Genève sont-ils défendus par la députation? Pas mal, si l’on en croit le financement du CEVA ou le renforcement de la Genève internationale, qui, il faut le dire, bénéficie surtout de l’appui massif du conseiller fédéral Didier Burkhalter. Selon un parlementaire, l’unité des élus genevois est plutôt l’exception qui confirme la règle de la zizanie. «On a trop tendance à se tirer dans les pattes.»

Ces tiraillements ne sont pas une Genferei qui s’exporterait à Berne. Ils sont courants dans les cantons qui ont une députation relativement importante en nombre: «Nous avons le même problème à Zurich, témoigne le conseiller national Alfred Heer (UDC/ZH). La politique partisane l’emporte sur l’intérêt du Canton. Alors qu’il faudrait plus d’unité entre nous et aussi avec les autres cantons urbains, comme Genève et Vaud, qui sont des moteurs économiques de la Suisse. Cela permettrait de peser face aux cantons alpins.»

Pas de poids lourds nationaux

Cette dispersion des forces se remarque déjà dans le gros et délicat dossier de la réforme des entreprises III. Elle va entraîner un bouleversement fiscal pour le Canton en baissant les impôts des entreprises locales et en augmentant ceux des entreprises étrangères sous bénéfice d’un statut spécial. Il n’y a pour l’instant pas de mouvement concerté de la députation et du Conseil d’Etat pour accompagner cette révolution et en diminuer les impacts négatifs.

Le manque de force de frappe collective de la députation genevoise n’est pas compensé par des poids lourds nationaux. Genève, contrairement au Valais ou à Fribourg, n’a pas de star fédérale bilingue dont l’influence s’exercerait aussi en Suisse alémanique. Elle a en revanche des orateurs dont l’éloquence est au-dessus de la moyenne. Normal. Genève étant de plus en plus la «République des avocats», ces derniers ont une habileté particulière à tenir le crachoir. Chacun dans son style, comme en témoigne notre quatuor de tête: Lüscher, Barazzone, Sommaruga et Nidegger.

Où se situe politiquement la députation genevoise par rapport aux autres? Elle est plutôt à gauche de la moyenne nationale, selon le récent classement des votes effectué par la Neue Zürcher Zeitung et Le Temps. Un Sommaruga ou un Leuenberger se situent même à l’extrême gauche du parlement. Mais, si on compare la députation actuelle à celle de 2003, elle se droitise. Notamment en raison de la disparition de l’extrême gauche, de l’aile gauche des radicaux et de l’apparition d’élus UDC. On a même désormais une conseillère nationale, Céline Amaudruz, qui fait rapidement son trou et pourrait accéder dans un an à une des vice-présidences suisses de l’UDC. Elections obligent, la députation genevoise va subir de nouveaux changements en octobre 2015. Certains élus ne solliciteront pas un nouveau mandat. C’est le cas d’Ueli Leuenberger, ancien président suisse des Verts, qui aura passé douze ans à Berne et dont certains louent la pugnacité et la droiture. Même chose en ce qui concerne la socialiste Maria Bernasconi, qui part après quatre mandats non consécutifs. Elle n’avait pas été réélue en 1999. Ces deux élus, d’origine alémanique, avaient l’atout d’être parfaitement bilingues. (TDG)

Créé: 08.12.2014, 21h42

La méthode d’évaluation

Pour nous approcher au plus près de la vérité politique, nous avons utilisé des critères qualitatifs et quantitatifs dans ce baromètre.
- Le poids politique: sur la scène fédérale, l’appartenance aux commissions parlementaires et aux postes clés des appareils politiques ont été pris en considération.
- Le travail parlementaire: les interventions, tant au plénum que par le biais des instruments parlementaires (motions, postulats, etc.), ont été examinés.
- L’évaluation des pairs et des observateurs: nous avons sondé et questionné les réseaux des élus. Direction des partis et parlementaires, tant romands qu’alémaniques, observateurs proches de la scène politique et insiders ont été conviés à donner leur avis sur la délégation genevoise dans son ensemble et en particulier sur les conseillers nationaux.
La Chambre haute Les deux conseillers aux Etats (Robert Cramer et Liliane Maury Pasquier) occupant des positions à part, ils n’ont pas été pris en compte pour établir le podium.

Des sénateurs respectés

Apprécié et respecté, le duo genevois au Conseil des Etats – Liliane Maury Pasquier (PS) et Robert Cramer (Verts) – a donné un bon millésime 2014. «Tous deux ont été plus présents l’an dernier que les années précédentes. C’est lié
à leurs fonctions et aux sujets du moment», affirme un ténor de droite. Liliane Maury Pasquier, présidente de la Commission de la sécurité sociale et de la santé, s’est fortement engagée dans la campagne en faveur de la caisse publique. «C’est une véritable spécialiste du domaine», relève un élu bourgeois. Son engagement pour la Genève internationale reçoit également une mention auprès de ses collègues. Quant à Robert Cramer, vice-président des Verts Suisse, son investissement sur la question des droits politiques et son pragmatisme sont salués. «Ancien conseiller d’Etat, il sait, contrairement à certains de ses camarades du National, que cela ne sert à rien d’être fondamentaliste», note un collègue. Malgré tout, les deux conseillers aux Etats, non bilingues, ne jouent pas les premiers rôles aux Etats. Leur appartenance partisane, à gauche, se révèle être un obstacle dans la Chambre haute.

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