La buvette de la pointe de la Jonction s’offre une fresque qui fait débat

Plein airCe bar associatif et culturel change de look chaque année. Il ouvre aujourd’hui samedi dans une nouvelle déco aquatique.

Portrait de «La Gonz'», artiste qui a repeint la buvette de la Jonction.

Portrait de «La Gonz'», artiste qui a repeint la buvette de la Jonction. Image: MAGALI GIRARDIN

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Une sirène garçon. La fameuse créature océanique, qui envoûte les marins, vient en effet de changer de sexe. C’est bien un homme, de la tête aux cuisses, se terminant en queue de poisson, qui se donne à voir au bord du Rhône. Il trône sur son royaume aquatique et n’est pas peu fier de son nouveau statut.

Les réactions n’ont pas tardé. Un homme, un autre, bien dans sa virilité, a crié au blasphème, maudissant l’artiste à l’origine de cette confusion des sexes, lançant à la cantonade: «Vous finirez en enfer.» La menace donne envie de s’accrocher au paradis. On y est, on y reste. Pointe de la Jonction, devant la buvette du même nom, l’épicentre ludique des plages éphémères, à l’extrémité du sentier des Saules.

Une jeune femme au regard angélique et malicieux à la fois termine la mise au propre de sa fresque murale. Nom d’artiste: La Gonz', 27 ans, diplômée des Arts décoratifs, active sur Instagram où elle poste ses billets doux et comiques au format post-it, jouant du carré et de l’aplat fluo, maniant le stylo en se moquant des marges. Cette championne de la fantaisie miniature a dû changer d’échelle, au moment de déposer son projet, parmi une douzaine d’autres, destiné à relooker le bar en plein air le plus courtisé de Genève.

Ce concours annuel, qu’elle a remporté haut la main, émane de l’Association pour la reconversion vivante des espaces (ARVe), un mouvement citoyen créé en 2008, actif avant-hier (et encore aujourd’hui) dans les discussions sur la transformation de la caserne des Vernets et qui, depuis lors, n’a cessé de se consolider, s’ouvrant à d’autres projets, d’autres friches industrielles, tout en continuant à gérer – jolie carte de légitimation – la buvette associative et culturelle baptisée «A la pointe».

Un coin magnifique

À l’ouverture, ce samedi 20 avril, on lancera la neuvième saison consécutive. On écoute Iago Cruz, chef de projet au sein de l’ARVe, porte-parole désigné de ce plein air investi avec amour: «Notre credo reste le même: occupons les espaces publics, en leur conférant une dimension socioculturelle, si l’on veut éviter les dérives. En bientôt dix ans, on a développé une expérience de terrain, basé sur un fort attachement au site.» Il reprend admiratif: «C’est un coin magnifique; il a son public, sédentarisé, présent toute l’année. Des gens qui se retrouvent, en groupe, et se sentent chez eux, été comme hiver. On a travaillé pour qu’ils nous acceptent, pas pour les en chasser. Notre carte de prix est l’une des plus basses de la place. Le soleil est notre sponsor le plus sûr, afin de nous permettre de viser à l’autofinancement. Notre chiffre d’affaires, calculé sur 21 semaines d’exploitation, suit, à la courbe près, les bulletins météo de Cointrin!»

Un bar de plage qui se distingue des autres Sa décoration soignée se veut en accord artistique avec l’environnement. Elle l’est. Il y a deux ans, un banc de poissons indigènes traversait la façade en bois, de la perche, du brochet, nageant de concert. En 2018, le dancefloor s’est peuplé de flamants roses. Autant de créations réalisées au pochoir.

L’artiste du jour travaille, elle, au pinceau. Une demi-douzaine de petites mains l’ont épaulée pour peindre chaque face de la buvette, remplir les formes et motifs dessinés. Chantier collectif, plus de quarante heures de boulot, pour un résultat au rendu impeccable, au bestiaire joyeux (escargots, baleine et silures font bain commun), le tout donc dominé par un couple inédit de sirènes (fille et garçon), le cheveu au vent, une feuille de banane servant d’épouvantail les jours de grande chaleur.

«Cette mixité m’est venue comme ça. Une figure masculine est apparue, puis une autre, aux seins nus, avec des petites étoiles de mer sur les tétons», commente l’artiste, convaincue que, pour bien peindre la nature, avec une naïveté revendiquée, il convient d’abord de la respecter. Et si l’on reconnaît à l’ensemble «un petit côté féminin engagé», c’est encore mieux, sourit-elle, sous son bonnet corail, «une couleur chaleureuse» qui s’ajoute au bleu dominant.

Buvette de plage

Ce samedi, à partir de 14 h, on vernit sans vernir la fresque. Il suffit de venir chercher sa boisson au bar. Les horaires ne changent pas. Jusqu’à 21 h chaque jour, avec, échelonnées sur la saison, dix autorisations ponctuelles de prolonger la musique jusqu’à 22 h. En avril et en septembre, on ouvre de 16 h à 21 h en semaine. «Pour des questions de voisinage, cela va très bien ainsi, commente Iago. Nous sommes une buvette de plage; notre mission repose sur une animation diurne et de début de soirée.»

En collaborant avec d’autres institutions, comme le MEG par exemple, qui mettra pour la deuxième année de suite ses archives sonores à disposition. En l’espèce, une audiothèque en accès libre, moyennant le prêt d’un casque sans fil en échange d’une pièce d’identité pour l’amateur de playlist ethno.

La musique tropicale qui sera diffusée samedi après-midi s’écoute, en revanche, sans casque, en voyageant des Caraïbes à l’Afrique, avec un collectif de DJ locaux et Mambo Chick, programmée en clôture de cette journée d’ouverture, nichée au milieu du week-end pascal. Météo annoncée? Soleil, forcément.

(TDG)

Créé: 19.04.2019, 08h31

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