La Vieille-Ville se sépare de ses  barographes et ébullioscopes

CommerceLa boutique d’antiquités scientifiques ferme ses  portes. Dernier  voyage d’un  autre temps, à  la  rue du Perron.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

La seule boutique d’antiquités scientifiques de Genève s’en va. En attendant le 1er mars, date à laquelle le couple Perret donnera un dernier tour de clé dans la serrure, l’heure est à la liquidation. La Vieille-Ville peine à retenir ses antiquaires et le terme de liquidation ne laisse présager rien de bon. «Nous partons à la retraite, annoncent avec simplicité et sans rancune Marc-André et Marlyse Perret. Nous nous y sommes pris à l’avance pour éviter un déchirement trop douloureux.» On insiste, alors Madame concède: «C’est sûr, il y aura tout de même un pincement au moment de tout quitter. Heureusement, nous pourrons continuer à vivre ici, dans l’appartement juste au-dessus.»

Cette vente au rabais, objet après objet, les gardiens du temple ont tenté de l’éviter. «Nous souhaitions remettre l’affaire, mais aucune proposition satisfaisante n’est parvenue, constate Marlyse. Il y a peut-être un peu moins de collectionneurs en ce moment, mais c’est cyclique, ça reviendra.»

L’histoire de cette échoppe est liée à une dynastie de l’optique: les Perret. L’aïeul fut opticien et horloger à Château-d’Œx avant de transmettre sa vocation à son fils, qui a fait de même auprès de ses cinq garçons. Parmi ceux-ci, Marc-André décide se réorienter vers une carrière d’antiquaire à la fin des années  70. «Je suis le mouton noir de la famille», aime dire celui qui est devenu un expert de l’instrument scientifique. En réalité, l’atavisme s’affiche en rayon. Le premier objet qu’il dégaine au curieux? Un télescope de type grégorien du XVIIIe. Viennent ensuite les longues-vues, microscopes, lunettes, appareils photo. Les prix oscillent, de quelques dizaines à plusieurs milliers de francs pour les objets les plus rares.

On s’attarde à la rue du Perron. C’est quoi ça? «Une scie d’amputation avec sa mollette qui permet de régler la tension de la lame.» Et l’objet qui ressemble à un vilebrequin? Un trépan, utilisé par les chirurgiens de l’époque pour accéder à la cervelle. En regardant les étals, le profane étoffe son vocabulaire: ébullioscope (pour la mesure du taux d’alcool), planimètre (l’aire d’une surface), galvanomètre (l’intensité des courants électriques), barographe (la pression atmosphérique), octant (comme un sextant, mais formant un arc de 45°)…

Pour les collectionneurs d’ici et d’ailleurs, l’antiquaire spécialisé dans les objets scientifiques était devenu une référence. Pour les autres, un saut dans le temps appréciable durant la promenade en Vieille-Ville.

Dans quelques mois, quand la boutique aura cessé son activité, un marchand de vélo occupera l’espace. «Notre magasin ne sera plus là, mais le monde va continuer de tourner», insiste Marlyse Perret. C’est vrai. Mais Genève perd un temple de la curiosité. (TDG)

Créé: 08.01.2015, 18h08

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le Matin et 20 Minutes regroupés
Plus...