La Tortue, le bijou caché des Acacias

Parcs genevois méconnus (3/6)Situé dans une cour, le square appartient à la Ville, il est donc public. Et préfigure ce que pourrait être le futur quartier des Vernets.

Niché au cœur des Acacias, l'espace vert est traité avec respect par les habitants.

Niché au cœur des Acacias, l'espace vert est traité avec respect par les habitants. Image: ENRICO GASTALDELLO

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«C’est un lieu caché qui mérite le respect.» Le mot est d’une habitante et on ne la contredira pas. On ajoutera simplement qu’il l’inspire aussi, le respect, à voir comment les gens, ici, semblent naturellement prendre soin de lui et des voisins qui le bordent.

Les Acacias sont un quartier dense et peu verdoyant. On lui connaît un parc, au nom éponyme. Il en existe un autre, caché dans un pâté d’immeubles à quelques encablures. On y accède par un petit passage voûté depuis la rue Caroline qui ressemble à un accès privé. Ou alors depuis la rue Simon-Durand, qui n’est guère passante. Voilà qui sans doute explique sa discrétion.

Officiellement, il porte le nom de square Simon-Durand, mais ici, tout le monde l’appelle le parc de la Tortue, en référence à celle, en bois, qui salue le visiteur à l’entrée.

Une anomalie

Le parc est une sorte d’anomalie urbanistique. D’ordinaire, les parcelles des immeubles occupent tout l’espace disponible jusqu’au fond des cours, et on y entasse remises et voitures. Ici, pour une raison inconnue, les terrains privés s’arrêtent à l’arrière des bâtiments et toute la surface de la cour appartient à la Ville de Genève. On doit donc à la puissance publique ce lieu ouvert à tous. Elle l’a acquis en 1931.

La personne qui a dessiné ces espaces l’a fait sans emphase, mais plutôt avec un goût simple du beau et du pratique. On trouve ici tout ce qu’il faut, pour chaque âge et chaque occupation. Et tout semble avoir sa juste place.

La statue de bois qui se trouve à l'entrée du parc lui a donné son nom. (Image: Enrico Gastaldello)

À l’entrée, juste à gauche, les plus petits trouvent un énorme bac à sable ombragé, que les femmes enceintes foulent parfois pour se masser les pieds. À droite, une fontaine, deux tables de ping-pong et, sous le mur pignon de l’immeuble, là où cela dérange le moins, deux paniers de basket.

Le centre des lieux est occupé par une vaste pelouse, agrémentée de quelques bosquets. Les gamins peuvent y taper dans un ballon et des jeunes femmes y installent leur transat pour prendre le soleil en fumant des cigarettes.

Sur les bords de la pelouse, deux chemins mènent à l’autre extrémité du parc. Là, sous le couvert de cinq grands érables, on a placé quelques tables de pique-nique. Dimanche dernier, une vingtaine de jeunes couples et leurs nombreux bébés ont fêté les quatre ans d’un petit garçon, enfant roi rayonnant. On y trouve encore une fontaine et une deuxième place de jeux, pour les plus grands cette fois. De celle-ci à l’autre, les enfants peuvent courir en traversant tout le parc, tout en restant sous la surveillance des parents.

À toute heure de la journée, on trouve à s’asseoir sur un banc, à l’ombre d’un arbre ou d’un immeuble. Il n’y a jamais grand monde au parc de la Tortue, et le calme s’impose comme une évidente politesse.

Reste une autre anomalie, très genevoise celle-ci. Chaque immeuble dispose à son pied d’un bout de terre qui le sépare du parc, une triste bande large de quatre mètres couverte de gravier. Ailleurs, plus au nord par exemple, les locataires auraient posé là des bancs ou des pots de fleurs, et quelques chats en auraient fait leur royaume. Ici, personne ne les occupe, seuls quelques vélos y sont entreposés. Une habitante nous confie: «La régie refuse que nous y mettions quoi que ce soit.»

Les locataires se rattrapent en investissant le parc. Des potagers ont déjà été créés il y a quelques années côté rue des Allobroges. Sur le versant Caroline, un collectif d’une cinquantaine d’habitants vient de se constituer pour planter eux aussi des légumes, avec l’accord de la Ville.

Un prélude aux Vernets

La cour mesure 96 mètres de long pour 56 de large. Ce n’est pas anodin de le dire. Car à deux pas d’ici, sur l’ancien site de la caserne des Vernets, on va bientôt construire près de 1000 logements dans deux grands îlots. Or, leurs cours respectives auront presque la même taille que celle du parc de la Tortue (elles seront même un peu plus petites). Mais si ici les immeubles ont cinq étages et offrent des échappées, aux Vernets ils seront deux fois plus hauts.

Créé: 17.07.2019, 07h23

«De l’ombre, du sable et de l’eau»

Joëlle emmène ses enfants ici car le lieu est tranquille et qu’il y a tout: «de l’ombre, du sable et de l’eau, que demander de plus? Ah oui, des toilettes seraient bien pratiques.»

Sarah trouve le parc parfait pour son fils de deux ans. «Il est assez grand pour que l’on ne se sente pas enfermé, mais pas trop pour qu’on puisse laisser les petits musarder.»

Christine et Joséphine mangent des noix de cajou sur un banc. «Ici, c’est calme, familial et toujours propre. Les voisins ne se plaignent pas car les gens sont respectueux.»

Vania et Marcos font partie du collectif qui a obtenu de la Ville de cultiver des légumes sur les bords du parc. Seule une parcelle a été plantée. «Il fallait écrire des statuts, cela a pris du temps. Nous débuterons l’année prochaine.»

Ils n’ont pas d’expérience, mais la forte envie de vivre quelque chose avec leurs voisins.
C.B.

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