La Savonnière devient payante pour les non-résidents

Collonge-BelleriveLa commune prend des mesures contre la surfréquentation. La plage de la Nymphe sera réservée aux habitants.

La plage de la Savonnière, photographiée mardi 21 mai.

La plage de la Savonnière, photographiée mardi 21 mai. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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C’est un lieu privilégié, qui devient enchanteur au coucher du soleil. Avec son gazon fraîchement tondu, sa plage de galets, ses hêtres pour se mettre à l’ombre et son panorama sur les rives du lac, la Savonnière dispose d’un cadre idyllique. Un petit bijou très prisé par les baigneurs durant l’été. Trop. Collonge-Bellerive a décidé d’en restreindre l’accès.


Lire aussi l'éditorial: Un lac pas assez accessible


Depuis le 15 mai et jusqu’au 15 septembre, les personnes qui ne résident pas dans la commune devront débourser 4 francs (1 franc pour les 6 à 15 ans, cela reste gratuit pour les plus petits) pour profiter de la plage la plupart des jours de la semaine et les week-ends (voir ci-dessous).

Parking sauvage

«Cette plage magnifique est victime de son succès», fait valoir le maire de Collonge-Bellerive, Philippe Thorens. L’élu rappelle que le site a été entièrement réaménagé en 2013 et qu’une buvette a vu le jour. Mais la situation est devenue «difficilement contrôlable» et la Commune s’est retrouvée «obligée de réagir».

L’été dernier, l’affluence pouvait dépasser les 2000 visiteurs par jour. «Les voitures se garent n’importe où, souvent devant l’entrée des villas. Les chemins avoisinants peuvent être obstrués par ce parking sauvage, ce qui empêche le passage des véhicules de secours», relate Philippe Thorens.

La plage de la Nymphe devient exclusive

Autre nuisance: les grils, dont la fumée «gêne le voisinage». «Un habitant qui avait acheté une villa à 23 millions de francs a récemment quitté les lieux car il ne pouvait plus ouvrir les fenêtres sans être incommodé», raconte un employé municipal. Les installations fixes, aménagées à l’arrière de la plage, ont été retirées. Les grils privatifs avaient déjà été interdits il y a un an. La Commune ne compte pas ériger de clôture mais fera appel à une société privée pour surveiller le site, dont la surface atteint 20 300 mètres carrés en incluant le parking.

Ces nouvelles mesures, adoptées par le Conseil municipal de Collonge-Bellerive, ne concernent pas uniquement la Savonnière. Sa petite cousine, la jolie plage de la Nymphe, qui est située un peu plus au sud, sera désormais réservée exclusivement aux habitants de la commune. Les Collongeais – on peut aussi dire Belleriviens – paieront, eux aussi, quelque chose. Ils devront se procurer une carte magnétique à 10 francs qui leur donnera accès aux plages. Chaque famille pourra toutefois convier deux personnes par jour pour venir avec elle profiter de la Nymphe ou de la Savonnière.

La loi peu appliquée

Ces restrictions sont-elles légales? En premier lieu, il convient de distinguer le domaine public (les routes, les lacs), qui est en libre accès, du domaine privé. En l’occurrence, Collonge-Bellerive est propriétaire de ses deux plages.

Mais pour Victor von Wartburg, cela ne suffit pas. Le président de l’association Rives publiques se bat depuis des années pour que tous les citoyens aient accès aux rives des lacs de Suisse. Il connaît la loi par cœur, qu’il récite: «L’article 664 du Code civil dit que les eaux publiques ne rentrent pas dans le domaine privé.» Une jurisprudence de 2001 précise que les lits des lacs et les eaux constituent un ensemble ne pouvant pas être séparé, faisant ainsi partie du domaine public, poursuit Victor von Wartburg, qui se désole de voir cette législation si peu appliquée. «Cette jurisprudence est extrêmement claire, mais elle est bafouée par les autorités car elles ne veulent généralement pas se fâcher avec leurs citoyens riverains», regrette l’homme de 76 ans.

«Privatisation illicite»

Le cas de Collonge-Bellerive rappelle celui de Coppet. Confrontée aux mêmes problèmes de surfréquentation et d’incivilités, la Commune vaudoise avait décidé en 2014 de limiter l’accès à la plage des Rocailles, la réservant à ses habitants les vendredis et les week-ends. Cela avait provoqué un tollé et Rives publiques avait déposé un recours devant la justice. Coppet a fini par renoncer à ces restrictions l’année suivante.

«Une plage peut être clôturée et faire payer une entrée uniquement si c’est justifié par la mise en place d’installations comme des WC publics, des douches ou un restaurant, mais pas parce qu’il y a trop de monde», s’étrangle Victor von Wartburg, pour qui «ce n’est pas une raison». «Il faut que toutes les communes cessent leur complicité à la privatisation illicite des rives et ainsi il n’y aura plus trop de monde.» Le fondateur de Rives publiques ne fera pas recours cette fois car l’association se concentre sur la rédaction d’une initiative populaire pour les cantons de Vaud et Genève. Le cas de Collonge-Bellerive sera toutefois abordé lors de l’assemblée générale de l’association, qui se tient justement ce jeudi.

D’autres cas genevois

Et pourquoi ne pas faire payer tout le monde, comme aux Bains des Pâquis ou Genève-Plage (les habitants de Cologny ont un tarif préférentiel)? Le maire de Collonge-Bellerive répond que «ce sont les impôts de la Commune qui ont été utilisés pour les dernières rénovations». «Les habitants ont fait des efforts significatifs, on peut leur laisser l’avantage de pouvoir utiliser la plage de la Savonnière», argue l’élu PDC. La mesure se veut «transitoire». «On fera le bilan à la fin de la saison. Nous espérons que l’ouverture cet été de la plage des Eaux-Vives permettra de réduire la fréquentation de la Savonnière», déclare Philippe Thorens.

Collonge-Bellerive n’est pas la première commune genevoise à faire payer les non-résidents. Hermance en fait de même avec sa plage. Quant à celle de Pregny-Chambésy, sur la rive opposée, elle est à usage exclusif de ses habitants, et ce depuis toujours.


Gratuit les lundis et les mardis

L’accès à la plage de la Savonnière reste gratuit les lundis et les mardis. Il devient payant les vendredis et les week-ends entre le 15 mai et le 30 juin, ainsi qu’entre le 1er et le 15 septembre. Au plus fort de l’été, soit entre le 1er juillet et le 31 août, les personnes qui n’habitent pas dans la commune devront aussi payer l’entrée, jusqu’à 19 h, les mercredis et les jeudis. L’accès à la plage de la Nymphe est, lui, réservé aux résidents du 15 mai au 15 septembre. Ces derniers peuvent se procurer une carte magnétique à la mairie ou auprès de la police municipale.

Créé: 22.05.2019, 07h02

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