La RTS doit-elle poursuivre ses programmes religieux?

Débat en ligneSuite à l'annonce de la suppression des émissions oecuméniques, trois personnalités donnent leur avis sur la question

Aline Bachofner anime l'émission «Faut pas croire» sur RTS Un depuis 2102.

Aline Bachofner anime l'émission «Faut pas croire» sur RTS Un depuis 2102. Image: Pierre Abensur

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«Faut pas croire», «Hautes fréquences» et «A vue d’esprit» n’ont plus qu’un an d’antenne: la Radio Télévision Suisse veut biffer ses magazines religieux de la grille des programmes dès 2017, au terme d'une convention qui la lie aux Eglises et qui échoit à la fin 2016. Les diffusions des cultes et messes ainsi que la chronique spirituelle quotidienne du «Journal du matin», elles, perdureront. A l’heure où la radicalisation religieuse est à l’œuvre, ce choix éditorial est «incompréhensible», dénoncent les milieux chrétiens et de nombreuses personnalités. Une pétition de soutien a été lancée.

En cause, la décision de la SSR (Société suisse de radiodiffusion et télévision) de procéder à des coupes de 40 millions de francs, motivée par une baisse de la redevance et des recettes publicitaires. Pour atteindre son objectif de 11,4 millions d'économies entre 2016 et 2018, la RTS a donc notamment choisi de biffer ses émissions religieuses, lesquelles rencontrent un public «assez exclusif», selon Gilles Marchand, son directeur. Ce sabrage revient à amputer RTSreligion de la moitié de son personnel, soit environ 12 équivalents plein-temps.

Trois personnalités donnent leur avis sur la question

Pierre Gauthier, député et conseiller municipal Ensemble à Gauche et membre de la libre-pensée Genève:

L’effet «guillotine» des politiques austéritaires libérales a des effets surprenants: adieu les émissions religieuses de la Radio Télévision Suisse!

Les partisans de la religion pleurent or, il est incongru de croire que spiritualité et religion se confondent. Au contraire, la spiritualité – ce qui est de l’esprit – n’a ni frontières ni limites alors que les religions tendent à enfermer leurs fidèles dans des dogmes aussi étroits que des prisons.

Mais, au-delà de ces constatations, une autre évidence s’impose: si à mes yeux, l’être humain n’a que faire des religions, il a besoin de spiritualité. Il a besoin de cultiver son esprit. Alors, s’il le faut, supprimons les émissions religieuses mais, n’oublions pas, en contrepartie, d’ouvrir grand les ondes du service public à la philosophie, au savoir, à la culture et donc à la spiritualité qu’elle soit déiste ou athée.

L’humanité ne progressera pas par la multiplication médiatique des niaiseries, elle n’avancera que par l’intelligence, par le dialogue, par la réflexion et par la confrontation pacifique et raisonnée des idées.

Michel Grandjean, professeur d'histoire du christianisme à l'Université de Genève:

La RTS doit diminuer ses dépenses de 3%; or, elle entend couper les 50% du budget des émissions religieuses.

Mais notre RTS, hélas, joue de malchance: elle espérait que cette mesure ne soulèverait pas trop de vagues et il se trouve qu’au lendemain des ignobles attentats de Paris tout le monde se dit en Suisse que pour défendre le bonheur de vivre, il faut miser sur la prévention, sur l’éducation et sur l’information.

Mais qui donc, à la radio, a diffusé cet été une série de 25 émissions exceptionnelles sur la mémoire des violences religieuses entre l’Orient et l’Occident? Qui donc, à la télévision, donne la parole à des personnalités qui proposent des outils pour analyser les phénomènes de société dans lesquels intervient l’élément religieux?

Réponse: les réalisateurs des magazines radio «A vue d’esprit» et «Hautes fréquences», ceux du magazine télé «Faut pas croire». Précisément les trois émissions qu’une technocratie à courte vue voudrait conduire devant le peloton d’exécution. La pétition qui circule depuis quelques jours (soutenonsrtsreligion.info) suffira-t-elle à les sauver?

Gilles Marchand, directeur de la Radio Télévision Suisse:

Les thématiques liées au fait religieux ainsi qu’à ses nombreuses expressions culturelles, politiques, sociologiques sont évidemment importantes. Et elles ont toute leur place sur les radios et télévisions publiques.

En ce sens, la RTS maintiendra, dans ce domaine, un budget global de 1,6 million de francs par année. Et ce malgré une forte pression budgétaire qui lui imposera une économie de plus de 10 millions par an dès 2016 et la suppression de 75 postes.

Dès lors, la vraie question est celle de savoir comment traiter ces thèmes, dans quels rendez-vous. Faut-il par exemple maintenir la diffusion de messes et cultes le dimanche, ou privilégier plutôt le décryptage et l’analyse? Il faut aussi se demander comment intéresser un large public à ces problématiques, comment utiliser les documentaires, les débats, les reportages, les commentaires.

Et de ce point de vue, la RTS peut proposer une large couverture, intéressante, sur ses différentes antennes. Il n’est donc pas question de supprimer ce domaine, mais d’en repenser le traitement. (TDG)

Créé: 27.11.2015, 09h53

Député et conseiller municipal Ensemble à Gauche, Pierre Gauthier est aussi membre de la libre-pensée Genève. (Image: DR)

Michel Grandjean est professeur d'histoire du christianisme à l'Université de Genève. (Image: DR)

Gilles Marchand, directeur de la Radio Télévision Suisse (RTS). (Image: Georges Cabrera)

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