La Cour des comptes blâme l'EMS de Vessy

DysfonctionnementsUn audit dénonce une vraie gabegie au service des ressources humaines. Manque de contrôle généralisé à la clé.

L'établissement médico-social (EMS) de Vessy.

L'établissement médico-social (EMS) de Vessy. Image: Georges Cabrera

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Incapacité du service des ressources humaines (RH) à assurer sa mission avec une absence de contrôle à tous les niveaux, lacunes dans le recrutement et le suivi des collaborateurs, échec du conseil d’administration (CA) dans son rôle de surveillance, manque de garanties sur les prestations auxquelles peuvent prétendre les résidents: les conclusions du tout frais rapport de la Cour des comptes sur la gouvernance et la gestion des RH de la Maison de Vessy ne sont pas tendres.

Et les conséquences sont graves: décisions prises par les instances dirigeantes sans disposer des informations fiables nécessaires et pertes financières à cause d’une gestion inadéquate des remplacements par des intérimaires et du non-respect des dispositions légales et réglementaires en matière d’assurances sociales.

Une situation d’autant plus inquiétante que cet établissement médico-social (EMS) figure parmi les trois plus gros du canton avec ses 220 lits et environ 280 collaborateurs, les charges du personnel s’élevant à 25 millions de francs.

Intérimaires coûteux

Relevons qu’après de premières allégations sur les problèmes de RH venues de collaborateurs de la Maison de Vessy, c’est le Bureau du CA lui-même qui a saisi la Cour des comptes au printemps dernier. Un conseil d’administration, en particulier son Bureau, qui a été très fortement impliqué dans la gestion opérationnelle dès sa prise de fonction en 2014. Cela afin de pallier les nombreuses absences au sein du conseil de direction de Vessy: trois directeurs généraux, trois responsables des soins infirmiers, deux responsables des ressources humaines et deux responsables des finances s’y sont, en effet, succédé à partir de 2016. Des cadres de l’institution ont peu goûté à cette mainmise du Bureau, s’estimant placés sous tutelle et confinés à un rôle d’exécutant. Or, il ressort de l’audit que cela a permis de faire face aux difficultés en matière financière et comptable.

Dans un document d’une soixantaine de pages, l’organe de contrôle de l’État constate notamment des absences répétées au service des RH, une maîtrise insuffisante des bases de données et une absence d’outils d’analyse et de procédures de contrôle. Malgré plusieurs échanges et relances, la Maison de Vessy n’a pas été en mesure de fournir à la Cour les données sur le taux d’absentéisme (estimé à 14%) pour les trois dernières années, le taux de rotation ou la liste nominative des entrées du personnel. «Il s’agit d’informations RH importantes que l’établissement devrait être en mesure de transmettre sans délai», observe Stanislas Zuin, président de la Cour des comptes. Celle-ci souligne aussi de sérieuses lacunes dans le recrutement: «Il manque une analyse des besoins actuels et futurs en matière de ressources nécessaires (compétences et nombre), notamment au regard des projets importants qui s’achèvent (construction de bâtiments et d’infrastructures) ou sont en cours (ouverture de nouvelles unités de soins).» Plus grave, selon Stanislas Zuin: «Il en est résulté des charges financières supplémentaires en raison du recours important à des intérimaires (un million de francs par an) et un non-respect des dispositions légales et réglementaires en matière d’assurances sociales.»

CA aussi blâmé

D’une manière plus large, ces déficiences sont le fruit d’une absence de contrôle sur le travail effectué à tous les niveaux, note l’organe de contrôle. Le CA n’est ainsi pas épargné: «Il n’a pas pleinement joué son rôle de surveillance.» Alors qu’il n’y avait plus de directeur général, les membres du Bureau ont dû assurer la conduite opérationnelle de l’établissement. Or, cette implication aurait dû être contrebalancée par une implication plus importante des autres membres du CA en matière de haute direction.

Au final, huit recommandations ont été émises par la Cour pour sortir l’EMS de la crise. «Il s’agira d’abord de doter l’établissement de documents de gouvernance dans le domaine des RH, d’organiser notamment ce service en lui octroyant les compétences nécessaires pour qu’il fonctionne et de mettre en place des outils de pilotage», indique Stanislas Zuin.

Le nouveau président du CA, André Laubscher (ancien responsable des soins, puis des RH, aux Hôpitaux universitaires de Genève), s’est engagé à mettre en œuvre toutes ces recommandations d’ici à la fin de 2019. «Une nouvelle directrice générale vient d’entrer en fonction», annonce cet homme de 66 ans, coureur de fond à ses heures. (TDG)

Créé: 14.12.2018, 18h54

Mauro Poggia vole au secours de l'ex-présidente

Présidente du conseil d’administration (CA) de l’EMS de Vessy jusqu’à la fin de novembre, Loly Bolay n’est pas épargnée par la Cour des comptes. Elle admet sa part d’erreur, mais «on ne nous avait pas dit combien la situation était catastrophique quand nous avons repris les commandes de Vessy», plaide-t-elle. Initié par le CA, un audit externe avait du reste déjà confirmé ce constat (lire notre édition du 24 mai 2017). «Pour le bien de cette maison, nous nous sommes impliqués dans l’opérationnel sans compter nos heures, un rôle que nous n’aurions pas dû tenir», déclare Loly Bolay. Ce d’autant plus que le Bureau du CA a dû engager des procédures juridiques contre des membres de l’ancienne direction de Vessy, «procédures toujours en cours et qui sont chronophages pour les membres du Bureau», peut-on lire dans les conclusions de la Cour des comptes.
Malgré les critiques à son égard, Loly Bolay vient d’être nommée au conseil d’administration des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).
Comment est-ce possible? Mauro Poggia, magistrat de tutelle des EMS genevois, défend son travail: «De mon point de vue, avec le soutien de son conseil d’administration, Mme Bolay a su dénoncer des situations inacceptables au sein de la Maison de Vessy, qui perduraient depuis de nombreuses années et que personne n’avait eu le courage de corriger.»
Alors, pourquoi ne pas la laisser continuer le travail entamé? «Compte tenu du rôle que Mme Bolay a joué, il n’était pas possible qu’elle préside sereinement à la reconstruction des équipes dirigeantes, considère Mauro Poggia. Mais sa compétence, de même que sa détermination, ne sont pas en cause, de sorte que sa place au sein du CA des HUG n’est aucunement usurpée.»

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