L’usine d’incinération devra renaître de ses cendres

50 ans des Cheneviers Après cinquante ans de bons et loyaux services, l’installation actuelle sera démantelée pour en reconstruire une nouvelle.

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Il y a cinquante ans, le Canton de Genève se dotait enfin de l’usine d’incinération des déchets tant attendue. Cela paraît difficile à croire aujourd’hui, mais jusqu’en 1966, c’est-à-dire avant-hier, on amassait encore les détritus en décharge ou alors on les brûlait à ciel ouvert. Bonjour les odeurs nauséabondes et la pollution de l’air, du sol et des nappes phréatiques!

En construisant l’usine des Cheneviers, dont on célèbre ces jours-ci le demi-siècle d’existence, Genève faisait un réel bond en avant vers la protection de l’environnement. L’installation était l’une des plus performantes de Suisse pour l’époque. Elle présentait en outre une originalité qui la distingue encore aujourd’hui: étant située au bord du Rhône, près de la moitié des déchets y sont acheminés par voie fluviale, ce qui restreint d’autant les nuisances dues au transport routier.

Usine en surcapacité

Mais l’usine aux fameuses cheminées rouge et blanc, plusieurs fois modernisée et agrandie (lire ci-dessous), arrive néanmoins en bout de vie. Elle a en effet atteint ses limites en termes de réduction de l’impact environnemental et de production d’énergie. Car aux Cheneviers, on ne fait pas qu’incinérer des déchets. La chaleur issue de leur combustion permet de produire du chauffage à distance et de l’électricité pour des dizaines de milliers de ménages et d’entreprises (lire encadré).

Or il serait possible de faire encore mieux avec les dernières technologies. De plus, même si les coûts d’exploitation ont pu être réduits depuis trois ans afin que les Services industriels de Genève (SIG), propriétaires de l’usine d’incinération, ne perdent plus 7 millions de francs par an, l’installation est en surcapacité malgré la fermeture d’une partie des fours depuis plusieurs années.

Reconstruction totale

C’est pourquoi le Conseil d’Etat et les SIG ont lancé il y a trois ans le projet Cheneviers IV. «Cette fois-ci, il ne s’agit pas seulement de moderniser les équipements existants, a rappelé hier le conseiller d’Etat en charge de l’Environnement, Luc Barthassat, lors des festivités officielles. C’est une reconstruction complète de A à Z qui va avoir lieu. Les Cheneviers sont à la veille d’une véritable renaissance, sur le même site.»

Pendant que les deux fours des Cheneviers III continueront de tourner, ceux des Cheneviers I et II, fermés respectivement depuis 1990 et 2010, seront démolis. A la place, on construira la nouvelle usine. Quand elle sera mise en service, à l’horizon 2023, les Cheneviers III seront à leur tour démantelés et l’espace ainsi libéré transformé en zone de nature et de loisirs.

Les premiers coups de pioche devraient être donnés en 2018. «Les choix techniques ont été faits et les mandataires chargés de l’ingénierie ont été désignés l’an dernier, précise le directeur des Cheneviers, Mathias Goretta. Nous démarrons les études détaillées.» Le coût du projet est devisé à 260-290 millions de francs, à la charge des SIG. La durée de vie de la future usine sera de vingt-cinq ans.

Plus propre et plus efficace

Le lavage des fumées sera amélioré pour limiter les émissions de particules fines et la production d’énergie sera boostée grâce à une turbine d’un nouveau modèle et à la réduction des pertes thermiques. «Cela permettra de doubler la capacité du réseau de chauffage à distance Cadiom et de l’étendre aux Palettes et à d’autres quartiers», prévoit Mathias Goretta. C’est l’objectif visé, même si la capacité d’incinération va, elle, baisser de 250 000 tonnes par an actuellement à 160 000 tonnes.

Diminuer les quantités de déchets à incinérer, c’est le principal défi de ce projet. Pour le relever, le Conseil d’Etat mise surtout sur une augmentation du taux de recyclage. «Nous allons redoubler nos efforts pour le faire passer de 46% aujourd’hui à 50% en 2017 et 60% d’ici à la mise en service des Cheneviers IV», promet Luc Barthassat. On dirait bien que la balle est dans le camp des Genevois.

Du projet de 1898 aux déchets napolitains

Le 2 juin 1966, le Conseil d’Etat inaugurait la première usine des Cheneviers, alors nommée «Usine de destruction des résidus urbains de Genève». C’est peu de dire que l’installation était attendue depuis longtemps: les crédits avaient été votés par le Grand Conseil en… 1898!

Les deux fours de la première usine ont une capacité de 100 000 tonnes de déchets par an et produisent l’électricité nécessaire à leur fonctionnement. En 1978, un troisième four est ajouté, portant la capacité à 200 000 tonnes. C’est Cheneviers II. On peut enfin traiter les déchets spéciaux et arrêter de brûler des fûts toxiques à l’air libre.

Mais les Genevois produisent de plus en plus de déchets et l’usine est débordée. De plus, le Conseil fédéral adopte en 1985 une ordonnance sur la protection de l’air. C’est ainsi que l’usine est encore agrandie avec la construction en 1992 des deux fours des Cheneviers III, qui permet de fermer ceux des Cheneviers I. L’incinérateur est équipé de laveurs de fumées pour limiter la pollution. La capacité de l’usine atteint son apogée, avec 350 000 tonnes par an. Toutefois, le recyclage des déchets entre petit à petit dans les mœurs et l’usine se retrouve en surcapacité, ce qui fait grimper ses coûts d’exploitation. On y importe alors des déchets vaudois et allemands.

En 2001, l’Etat cède la gestion des Cheneviers aux Services industriels de Genève (SIG), qui lancent le chauffage à distance (Cadiom) sur plusieurs communes. En 2006, Lausanne inaugure sa nouvelle usine d’incinération, Tridel, et les Vaudois cessent d’envoyer des déchets à Genève. Afin de combler ce vide, 180 000 tonnes de déchets napolitains doivent être traitées aux Cheneviers. Le scandale politique qui s’ensuit pousse le Conseil d’Etat à interdire l’importation de déchets dès 2008, année où les SIG rachètent l’usine. Cette interdiction conduit à fermer Cheneviers II en 2010. (TDG)

Créé: 16.06.2016, 20h41

Les Cheneviers en chiffres

Depuis l’inauguration de la première usine en 1966, les Cheneviers ont incinéré 10 millions de tonnes de déchets.


Chaque année, ce sont environ 230’000 tonnes qui y sont traitées.
Actuellement, la capacité des deux fours encore en fonction, ceux des Cheneviers III, est de 250’000 tonnes.

La future usine Cheneviers IV aura une capacité de 160’000 tonnes, soit 36% de moins qu’actuellement.

40% des déchets sont acheminés par des barges sur le Rhône, ce qui représente 50 à 70 camions de moins par jour sur les routes.

La combustion des déchets permet de produire du chauffage à distance pour 20’000 ménages et entreprises et de l’électricité pour 30’000 ménages. Cela en fait le troisième plus grand producteur de courant du canton.

Avec la future usine, le rendement énergétique devrait être doublé.

Pour l’anecdote, des centaines de boules de pétanque sont récupérées chaque année parmi les déchets.

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