L’unité chrétienne au cœur de la visite du pape

GenèveLa Suisse n’avait plus accueilli de souverain pontife depuis 2004. François a répondu à l’invitation du Conseil œcuménique des Églises. Un «signal fort» pour l’œcuménisme.

Le pape François sera reçu dans la Cité de Calvin le 21 juin.
La dernière visite d’un pape à Genève remonte à 1984.

Le pape François sera reçu dans la Cité de Calvin le 21 juin. La dernière visite d’un pape à Genève remonte à 1984. Image: Reuters

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Un pape de passage à Genève! Ce n’était plus arrivé depuis 1984. Le pape François sera présent dans la Cité de Calvin le 21 juin. Il répond à une invitation de la Confédération et du Conseil œcuménique des Églises (COE), qui regroupe 350 Églises (protestantes, orthodoxes luthériennes, entre autres) et qui a son siège à Genève. C’est le troisième souverain pontife à rendre visite au COE (lire encadré). Un signal fort en faveur du dialogue œcuménique.

«J’ai appris par les médias que le pape venait le 21 juin!» sourit Pierre Desthieux. Ce n’est pourtant pas le dernier des concernés: il est le vicaire épiscopal – celui qui représente l’évêque dans un canton – du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF). Il faut dire que la visite de François était un secret bien gardé, censé le rester jusqu’à vendredi. «Mais des rumeurs ont circulé en Italie et l’information a été lâchée au bureau de presse du Saint-Siège alors que la communication devait être faite de concert avec la Confédération et le COE», lance Mgr Charles Morerod, évêque du diocèse de LGF.

Le vice-chancelier de la Confédération a confirmé la nouvelle mercredi (lire ci-dessous). La visite revêtira-t-elle une dimension pastorale, y aura-t-il une messe? Des contacts auraient été pris avec Palexpo, rappelant la messe donnée par Jean-Paul II en 1982 dans une halle. Le COE se mure dans le silence. «Attendez vendredi!»

Portée symbolique forte

On ne connaît donc pas le programme mais la seule annonce de la venue du souverain pontife suffit à réjouir les milieux catholiques et même au-delà. D’abord, pour la portée symbolique que revêt cette visite, relève Emmanuel Fuchs, président de l’Église protestante de Genève. «Le symbole est forcément plus grand dans la capitale historique du protestantisme que dans d’autres villes.» Mais surtout, ajoute-t-il, la visite au COE est un signal fort en faveur de l’œcuménisme. «L’Église catholique n’est pas membre du Conseil alors on peut espérer que le fait qu’elle s’y rende soit le signe d’une volonté d’œuvrer pour l’unité des chrétiens et une meilleure reconnaissance des autres Églises.»

L’Église catholique a en réalité une implication partielle au sein du COE, elle est engagée dans plusieurs commissions, précise Mgr Charles Morerod. «À l’origine de sa non-adhésion, il y a le fait qu’elle n’a pas l’impression qu’une unité a été perdue. Alors nous ne nous engageons pas pleinement dans cette volonté du COE de la rétablir, même si nous la regardons avec bienveillance.»

Cette visite au COE s’inscrit dans une continuité, pour Pascal Desthieux. «Le pape était présent en Suède pour le lancement du Jubilé de la Réforme en 2016, c’était déjà un geste fort. Et n’oublions pas que les premières personnes qu’il a reçues officiellement après son élection étaient des représentants orthodoxes et protestants.» Pour Michel Grandjean, professeur d’histoire du christianisme à l’Université de Genève et théologien protestant, «le pape arrive à un moment où l’œcuménisme est très essoufflé, il peut saisir cette occasion pour le redynamiser. Car on pressent que ce n’est pas un homme qui a une fonction d’appareil, c’est une grande voix du christianisme contemporain.»

L’étape suivante, continue-t-il, «serait qu’il fasse un pas dans la reconnaissance des Églises en tant que telles et non pas seulement en tant que communautés ecclésiales. Il pourrait reprendre sa formule utilisée en 2013 et dire «Qui suis-je pour juger de la qualité d’une Église» (ndlr: il avait déclaré «Si une personne est homosexuelle et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger?»)

Au-delà de cette ouverture œcuménique, c’est la venue d’un homme d’exception qui réjouit. «C’est un événement formidable. Dès que je l’ai su, j’ai prévenu tous mes proches!» raconte Pascal Desthieux. «C’est une grande joie pour le diocèse et je suis enchanté pour le COE et à travers lui pour le dialogue œcuménique», ajoute Mgr Charles Morerod. L’enthousiasme dépassera-t-il celui des 170 000 catholiques genevois recensés par l’Église? «François est populaire bien au-delà du cercle catholique car il est authentique, accessible et fait ce qu’il dit», répond Pascal Desthieux.

La sécurité d’un chef d’État

Le Service du protocole de l’État de Genève se chargera de l’organisation de la venue du pontife. «Nous avons l’habitude de ce genre d’événements, nous recevons 2800 ministres par an et une centaine de chefs d’État, indique Florence Noëlle, porte-parole du Département présidentiel. Les questions de sécurité et de protocole sont discutées en amont avec la Confédération et le Vatican.»

Du côté de la sécurité justement, la police genevoise n’a pas encore eu connaissance des détails de la venue. «C’est une visite de chef d’État, donc un gros événement en termes de sécurité, détaille Jean-Philippe Brandt, porte-parole de la police genevoise. Les moyens engagés sont de facto conséquents mais évolutifs, ils dépendent du programme du Saint-Père.» La visite tombe en pleine Coupe du monde de foot avec la Fan Zone de la plaine de Plainpalais à encadrer… Puis les forces de l’ordre devront enchaîner avec la sécurité de la Fête de la musique. Les contingents seront-ils suffisants, faudra-t-il demander du renfort extracantonal? «Toutes les options restent ouvertes, ce n’est ni le premier ni le dernier défi que la police devra relever.»


Alain Berset rencontrera le pontife

Doris Leuthard avait fait le déplacement l’an dernier au Vatican pour rencontrer le pape François. Johann Schneider-Ammann avait fait de même en 2016 lors de son année de présidence. Cette fois, c’est le souverain pontife qui fera le déplacement. Il accepte une invitation de la Confédération remise il y a plusieurs années déjà. Le Conseil fédéral s’est réjoui de sa venue mercredi, dans une courte communication de son porte-parole, le vice-chancelier André Simonazzi.

Emmenée par le président Alain Berset, une délégation du Conseil fédéral accueillera le pontife et aura un entretien officiel avec lui. Quels ministres en feront partie? Où aura lieu la rencontre? Et quels seront les thèmes abordés? La Confédération ne répond pas, visiblement prise de court par l’annonce de la visite pontificale par la presse italienne. «Les modalités de la visite du pape sont à l’examen», se borne-t-elle à indiquer. Difficile aussi d’en savoir plus sur le dispositif sécuritaire qui encadrera la visite du chef du Vatican. Ce dernier étant considéré comme une «personne protégée par le droit international», puisqu’il a le rang de chef d’État, c’est la police fédérale (FedPol) qui sera responsable pour déterminer les mesures. Le service doit procéder à une analyse de la situation et décider du cadre à mettre en œuvre par Genève et d’autres cantons éventuellement concernés par la visite. Selon FedPol, il est encore trop tôt pour en connaître les contours, pour savoir si la Confédération ou l’armée apporteront leur soutien ou pour dire qui prendra en charge les coûts.

En 2004, le pape Jean-Paul II s’était rendu à Berne en visite «pastorale» de deux jours. Il avait été accueilli sur le tarmac de l’aérodrome de Payerne par le président de la Confédération de l’époque, Joseph Deiss, Micheline Calmy-Rey et Samuel Schmid. G.S.

(TDG)

Créé: 28.02.2018, 22h05

Visites en Suisse

2004
C’est la dernière visite d’un pape en Suisse, Jean-Paul II, à Berne. Le souverain pontife est passé quatre fois dans le pays en 1984, 1982, 1985 et 2004. Pour des visites pastorales – aux catholiques du pays, généralement avec des arrêts dans plusieurs villes – comme plus diplomatiques aux organisations internationales. Il a effectué deux escales à Genève, en 1982 et en 1984 – en passant aussi à Fribourg et Sion – avec une visite au Conseil œcuménique des Églises (COE).

1969
Le souverain pontife Paul VI est à Genève, c’est la première visite d’un pape dans cette ville et, depuis le Moyen Âge, en Suisse. Il est aussi le premier pape à se rendre au COE. A.T.

L’essentiel

Joie
La venue du pape à Genève réjouit les milieux catholiques et au-delà.

Sécurité
Le souverain pontife sera reçu comme un chef d’État.

Top secret
La Confédération ne dévoilera pas le déroulé précis de la visite avant vendredi.

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