L’un des terroristes avait été arrêté à Genève et emprisonné un an en France

Attentat dans une église en FranceUn prêtre a été égorgé mardi dans une église. L’un des auteurs, le Français Adel K., avait essayé de rejoindre par deux fois la Syrie l’an passé, tentant de passer par Cointrin, où il avait été arrêté.

Deux terroristes, dont Adel K., équipés notamment d’armes blanches, sont entrés hier vers 9?h?25 dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), où ils ont pris en otage six personnes.?Le prêtre auxiliaire de la commune a été égorgé.

Deux terroristes, dont Adel K., équipés notamment d’armes blanches, sont entrés hier vers 9?h?25 dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), où ils ont pris en otage six personnes.?Le prêtre auxiliaire de la commune a été égorgé. Image: EPA

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Une prise d’otages dans une église près de Rouen. Un prêtre égorgé. Quatre personnes blessées. La France a de nouveau été touchée, mardi, par un attentat commis sous la bannière du groupe Etat islamique, moins de deux semaines après celui de Nice. Les deux auteurs ont été tués sur place par la police. L’un d’eux, Adel K., un Français âgé de 19 ans, en lien avec d’autres jeunes radicalisés dans cette région, avait tenté par deux fois de rejoindre la Syrie, en passant l’an dernier par Genève, où il avait été arrêté, comme nous l’avons révélé mardi sur notre site Internet. Sa mère évoquait à l’époque dans nos colonnes (notre édition du 22 mai 2015) sa radicalisation rapide, sous les yeux de ses proches, impuissants.

Ils ont surgi pendant la messe donnée mardi matin dans une ville de province. Deux terroristes, dont Adel K., équipés notamment d’armes blanches, sont entrés vers 9 h 25 dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) où ils ont pris en otage six personnes. L’une d’elles, une religieuse a pu s’échapper et donner l’alerte. A l’intérieur, Jacques Hamel, 86 ans, prêtre auxiliaire de la commune, a été égorgé et touché au thorax. Les forces de l’ordre ont tenté une négociation, a expliqué mardi soir le procureur de la République de Paris, François Molins. Les assaillants ont finalement été abattus par la Brigade de recherche et d’intervention (BRI).

Dans la foulée, un mineur proche d’Adel K. a été placé en garde à vue. La nouvelle a suscité une vague d’indignation. Le président de la République, François Hollande, a dénoncé un «lâche assassinat du prêtre de la paroisse par deux terroristes se réclamant de Daech». Le groupe terroriste a rapidement revendiqué l’attaque.

Deux départs ratés en Syrie

Qui était Adel K.? La tuerie de Charlie Hebdo en janvier 2015 avait agi comme un détonateur sur ce garçon de Saint-Etienne-du-Rouvray, témoignait sa mère, professeure. Le gamin joyeux, gentil, qui aimait la musique et sortir avec des copines, mais en échec scolaire, s’était refermé, fréquentait assidûment la mosquée de sa région, donnant des leçons à sa famille musulmane non pratiquante. Il s’était radicalisé en moins de trois mois. «Il disait qu’on ne pouvait pas exercer sa religion tranquillement en France. Il parlait avec des mots qui ne lui appartenaient pas. Il a été ensorcelé, comme dans une secte», confiait sa mère, désemparée.

C’est en allant sur l’un de ses multiples comptes Facebook que sa famille avait découvert le «pot aux roses»: il discutait avec des personnes du monde entier tenant des propos radicaux. Recadré par ses proches, il s’était enfui du domicile familial une première fois le 23 mars 2015, suivant des indications transmises par le biais de Facebook. Empruntant l’identité de son frère, le jeune homme avait reçu la marche à suivre d’un ami habitant également à Saint-Etienne-du-Rouvray, déjà parti en Syrie. Sur son profil Facebook, ce dernier avait nargué à la même époque les forces de l’ordre: «Je suis arriver sain et sauf les policier me traquait dans toute leurope mai allah les a aveugler et jai traverser la frontiere de la syrie en courant al hamdoulilah […] Si jaurai eter bloquer en france j’aurai commis de bon meurrtre contre vous habitant de lenfer» (sic).

Contrairement à lui, Adel K. avait pu être stoppé en route, à Munich. Comme il était encore mineur, on l’avait ramené à la maison. Placé sous contrôle judiciaire, il devait signer chaque semaine un acte de présence au commissariat local. Ses parents, ses frères et sœurs essayaient de le raisonner et le surveillaient tant bien que mal, cherchant désespérément un soutien institutionnel.

Passé par la grande mosquée

Déterminé, Adel K., devenu majeur, était reparti un mois et demi plus tard, appliquant probablement le plan B. Il avait débarqué à Genève, sans connaître la ville, accompagné d’un ami mineur, A.E.M., en fugue. Les deux Français avaient rejoint la mosquée du Petit-Saconnex, selon nos sources, sans que l’on sache pour quelles raisons. Là-bas, ils avaient demandé autour d’eux comment se rendre à l’aéroport. Leur comportement avait surpris, à tel point qu’ils avaient été signalés aux autorités. Après une nuit passée à Genève, on ne sait où, ils avaient pris l’avion le 12 mai depuis Cointrin pour gagner Istanbul.

Placé sous mandat d’arrêt international par la France, Adel K. avait été intercepté avec son complice à Istanbul. Renvoyés tous deux le 14 mai à Genève, ils avaient été arrêtés à leur sortie d’avion par la police genevoise. Le mineur avait été renvoyé dans sa famille, tandis qu’Adel K. était resté sept jours en détention à Champ-Dollon. Contacté par le Ministère public à l’époque, l’avocat genevois Bernard Nuzzo n’avait finalement pas été nommé d’office en raison de la procédure d’extradition. «J’avais souhaité le rencontrer mais il avait refusé de me voir», se souvient-il. Lors de son audition devant une procureure genevoise, Adel K., dernier d’une fratrie de cinq enfants, n’avait pas caché ses idées radicales: «Vous me demandez si mes frères et sœurs sont esclaves de la société dans laquelle ils vivent, comme je décris la société actuelle. Oui, bien sûr.» Extradé vers la France, il avait été mis en examen pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme.

Condamné, emprisonné pendant près d’un an dans l’Hexagone, il était sorti de prison en mars de cette année. Sa peine avait été aménagée. Placé sous surveillance électronique, il portait un bracelet. Assigné à résidence, au domicile de ses parents, soumis à des contrôles, il était autorisé à sortir quatre heures par jour. Empêché de rejoindre la zone de conflit, il a finalement commis le pire sur le sol français. (TDG)

Créé: 26.07.2016, 22h50

La tentation de «sortir de l’Etat de droit»

«Les arguties juridiques, les
précautions, les prétextes à une action incomplète ne sont pas admissibles.» La déclaration dure et solennelle de Nicolas Sarkozy, au siège du parti Les Républicains, a donné le ton. Cette nouvelle attaque de «soldats de Daech» sur le sol national a mis en ébullition
la classe politique française. A la surenchère de mesures débordant du cadre de l’Etat de droit ou touchant aux libertés fondamentales, entendues après l’attentat de Nice, s’ajoute désormais l’impatience.
La célérité avec laquelle le président de la République, François Hollande, s’est rendu sur les lieux de l’attentat souligne l’urgence d’une réponse politique. Mais laquelle?

A Saint-Etienne-du-Rouvray, le chef de l’Etat en appelait une nouvelle fois à «l’unité nationale». Une «bonne réponse» pour 74% des Français, si l’on en croit le sondage Odoxa réalisé après l’attentat de Nice et publié hier. Daniel Boy, politologue au Cevipof, à Paris, n’y croit cependant pas. «Même sans l’échéance présidentielle, l’unité nationale ne tiendrait pas. Ce n’est pas dans le tempérament politique français. Il faut remonter à la guerre de 1914 pour retrouver une telle situation dans l’histoire de la République, c’est dire.»

Les mêmes sondés jugent à 80% «indigne» et «pas à la hauteur» leur classe politique. «Malgré un Exécutif
historiquement au plus bas, les Français considèrent que l’opposition ne ferait pas mieux», commente Daniel Boy. Quand Nicolas Sarkozy demande au gouvernement de «mettre en œuvre toutes les propositions de la droite, sans perdre de temps», que demande-t-il? Créer un «Guantánamo à la française pour les radicalisés» ou les «fichés S», comme le suggérait Georges Fenech, rapporteur d’une commission
parlementaire sur le sujet? «Cette proposition revient à enfreindre les droits de l’homme et supprimer l’Etat de droit, c’est impensable», commente le chercheur de Sciences-Po Paris. Jacques Bompard, maire d’Orange et ex-élu FN, ou encore le député des Républicains Eric Ciotti n’hésitent cependant pas à l’exprimer ainsi. Pour le politologue, il n’y a pas réellement de «réponse politique qui empêche
les attentats», sauf une réorganisation du renseignement pour le rendre plus efficace, une mesure proposée par le rapport Fenech.

Pour Marine Le Pen, «la responsabilité de tous ceux qui nous gouvernent depuis trente?ans est immense.
Les voir bavarder est révoltant»,
suggérant qu’ils n’agissent pas. «La gauche a longtemps été jugée laxiste sur la sécurité. Mais cela a changé. Avec 70?000 détenus, le pouvoir actuel détient un record», commente le chercheur.

Le FN est-il le seul à être en situation de profiter de cette série noire? «On le saura au premier tour de 2017. Mais ce type d’événement angoissant profite généralement au plus démagogique», commente Daniel Boy. Néanmoins, le politologue pense que la présidentielle «se jouera d’abord sur le chômage et l’économie».
Olivier Bot

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