L’étranger est un électeur presque comme les autres

GenèveSi la participation des étrangers est inférieure à celle des Suisses, cela tient avant tout à leur condition sociale.

Globalement, les étrangers votent comme les Suisses. Mais le questionnaire a permis de constater des différences par communauté, qui s’expliquent par les différences sociales mais également parfois par l’histoire politique des pays d’origine.

Globalement, les étrangers votent comme les Suisses. Mais le questionnaire a permis de constater des différences par communauté, qui s’expliquent par les différences sociales mais également parfois par l’histoire politique des pays d’origine. Image: Martial Trezzini/Keystone

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Depuis 2005, les étrangers résidant depuis au moins huit ans en Suisse ont acquis à Genève le droit de vote au niveau communal (sans l’éligibilité). Or, scrutin après scrutin, leur taux de participation reste moins important que celui des Suisses. Avec toutefois de très grosses variations selon les communautés. Au premier tour des élections municipales, le 19 avril 2015, la participation des Suisses était de 41,5%, celle des étrangers de 27,8%.

Une étude du Forum suisse pour l’étude des migrations et de la population de l’Université de Neuchâtel, menée par Rosita Fibbi et Didier Ruedin, a cherché à comprendre pourquoi. Surprise! Ce n’est principalement pas en raison de leur statut ou de leur degré d’intégration (par exemple les projets de retour ou la fréquence des contacts avec des Suisses) que les électeurs étrangers participent moins. Le comportement politique des communautés étrangères qui s’expriment peu est davantage lié à l’âge moyen (plus bas), au niveau de formation (moins d’années d’études) et de revenu (moins élevé) qui diffèrent de ceux de la moyenne des Suisses.

Ce sont ces variables qui fournissent la meilleure clé et expliquent également les fortes variations de participation entre communautés (voir l’infographie). En effet, si seuls 17% des Portugais disposant du droit de vote s’expriment, les Allemands sont 43,6% à le faire. «C’est effectivement le modèle d’explication le plus pertinent, confirme Rosita Fibbi. La difficulté, en termes d’action politique, c’est que ce sont des éléments sur lesquels il est le moins facile d’intervenir. Il est toutefois possible d’agir, du reste sans forcément cibler les étrangers, en menant des campagnes pour augmenter la participation des jeunes.»

Un travail de longue haleine

Les chercheurs ont travaillé sous mandat du Bureau de l’intégration des étrangers, rattaché au département de Pierre Maudet. Pour le conseiller d’Etat, ce type d’étude est nécessaire si l’on veut améliorer le taux de participation des communautés étrangères. Pour lui, «l’exercice des droits politiques est un indicateur d’intégration car il est révélateur d’une citoyenneté active et constructive».

Nicolas Roguet, le délégué à l’intégration, compte effectivement utiliser les résultats pour rendre plus efficaces les prochaines campagnes d’incitation à la participation électorale. «Ce que je retiens, commente Nicolas Roguet, c’est qu’il faut construire cette appartenance à la citoyenneté au niveau communal dans l’intermède des cinq ans qui séparent deux élections municipales. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut réussir dans les deux semaines précédant le scrutin. Pour ce faire, nous souhaitons développer des programmes avec les communes.»

Les chercheurs ont travaillé sur un sondage représentatif du corps électoral. Les analyses portent sur un échantillon de 832 personnes, qui ont répondu à un questionnaire. A noter que le sondage a également permis d’identifier les préférences politiques par communauté (lire ci-dessous).

Un ancrage local très fort

L’étude relève également que si le taux de participation entre le groupe des Suisses et celui des étrangers diffère, ils sont tout à fait semblables sur d’autres points. Par exemple, les femmes participent autant que les hommes dans les deux cas. «Ce constat permet d’écarter d’emblée l’hypothèse d’une différence imputable à une conception des rôles de genre dans la vie publique plus traditionnelle chez les étrangers que chez les Suisses», écrivent les auteurs de l’étude.

Le degré de confiance dans l’efficacité du système électoral est aussi identique. De même les raisons invoquées pour ne pas voter: dans les deux groupes, la moitié des non-votants se dit peu intéressée par la politique et une même proportion avoue son ignorance totale des programmes des candidats en lice et du fonctionnement du système électoral.

En revanche, et c’est assez surprenant, l’identification avec la commune et la confiance dans les autorités locales sont plus élevées parmi les étrangers questionnés que parmi les Suisses. «Ce résultat est confirmé par d’autres études, précise Rosita Fibbi. Ce à quoi on s’identifie, c’est l’endroit où l’on vit. Parce que c’est du réel. Le niveau cantonal, et encore plus national, est davantage virtuel. La leçon à en tirer est que l’espace local est fondamental pour l’identification et la mobilisation.»

Campagne d’information réussie

Le questionnaire a aussi mis en évidence l’impact de la campagne massive d’information menée auprès des résidents étrangers avant les élections municipales d’avril 2015. «La campagne «J’ai 8 ans, je vote dans ma commune» a permis à une personne étrangère sur six d’apprendre pour la première fois son droit de vote, notent les chercheurs. Et même si tous n’en ont pas fait usage, cela a contribué à augmenter le taux de participation des étrangers de 27% en 2011 à 27,8% en 2015 et à réduire l’écart avec les Suisses de 16,3 points en 2011 à 13,7 points en 2015.»

Un résultat qui ne pouvait que plaire à Pierre Maudet: «A travers cette campagne, nous avions pour ambition d’informer les populations étrangères de leurs droits et devoirs tout en influençant positivement leur participation aux élections communales. Ce double objectif a été atteint.»

Créé: 25.07.2016, 21h47

L'essentiel

Data
Plus jeunes, moins formés, moins riches, les étrangers ayant le droit de vote à Genève l’exercent moins que les Suisses, selon une étude menée sur un échantillon de 832 personnes.

Terroir
La communauté étrangère a une plus grande confiance envers les autorités locales que les Suisses, démontre ce travail.

Passé
Plus on vient de l’est, plus on vote à droite, selon les chercheurs, qui expliquent cette tendance par l’histoire.

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Le vote immigré n’existe pas

Il n’y a pas d’orientation politique spécifique de la communauté immigrée, qu’elle soit de gauche ou de droite. C’est pourtant une vieille lune qui est souvent sous-jacente au refus de certains d’accorder des droits politiques aux étrangers. En réalité, le choix politique varie en fonction des origines nationales.

«Globalement, les étrangers votent comme les Suisses, explique Rosita Fibbi. Mais le questionnaire a permis de constater des différences par communauté, qui s’expliquent par les différences sociales mais également parfois par l’histoire politique des pays d’origine.»

Ainsi, les Portugais se situent très majoritairement à gauche, loin devant les Espagnols et les Italiens. Ils font confiance à des partis défendant les droits et les intérêts des migrants.

En revanche, les ressortissants d’Europe de l’Est qui votent ont une préférence très marquée pour les partis de droite, tout comme dans une moindre mesure les Français ou les Allemands.

Concernant l’Europe de l’Est, l’explication ne peut résider que dans une réaction d’opposition à l’idéologie communiste dominante dans leurs pays d’origine pendant leur jeunesse. Ces souvenirs douloureux les empêchent de faire confiance à la gauche.
E.BY

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